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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203258

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203258

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (5)
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, M. B D, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de produire son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté en date du 2 mai 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a retiré son attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) à titre subsidiaire, de suspendre la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) ainsi que d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile jusqu'à qu'il soit définitivement statué sur son recours par la CNDA, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il revient à la préfète de produire la décision attaquée et de communiquer l'entier dossier sur la base duquel a été pris l'arrêté attaqué ;

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

o elle méconnaît le droit d'être entendu ;

o elle est entachée d'un défaut d'examen ;

o la préfète s'est crue à tort en situation de compétence liée ;

o elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

o elle est illégale du fait de l'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

o elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- s'agissant de la décision de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

o il présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français pendant la durée de l'examen de sa demande par la CNDA.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- elle a modifié l'arrêté attaqué par décision du 22 juin 2022 afin de prendre en compte l'avis défavorable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 16 décembre 2021 le concernant ;

- aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milbach, magistrate désignée ;

- et les observations de M. A, représentant la préfète du Bas-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens.

Le requérant, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par la préfète du Bas-Rhin, a été enregistrée le 23 juin 2022.

Une note en délibéré, présentée pour le requérant, a été enregistrée le 27 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien né le 28 janvier 1984, est entré sur le territoire français le 28 juin 2021. Sa demandes d'asile ont été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 mars 2022. Par arrêté en date du 2 mai 2022, la préfète du Bas-Rhin a retiré son attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. D et demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du

28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de production par la préfète de l'entier dossier du requérant :

4. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. () ".

5. Il ne résulte pas de ces dispositions que le juge serait tenu de donner suite à la demande du requérant autrement que par le simple respect du principe du contradictoire inhérent à toute procédure contentieuse administrative. En l'espèce, il n'est pas établi ni même allégué que la préfète se serait fondée sur des pièces qu'elle n'aurait pas produites ou dont le requérant n'aurait pas eu connaissance. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, il n'apparait pas nécessaire d'ordonner la communication de l'entier dossier de l'intéressé détenu par l'administration. Il suit de là qu'il n'y a pas lieu d'ordonner à l'administration de produire ledit dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué produit en défense par la préfète :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.

8. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire a été prise sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet de la demande d'asile du requérant, de sorte que l'administration n'avait pas à le mettre à même de présenter spécifiquement des observations sur cette mesure. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents susceptibles d'avoir une influence sur le contenu de la décision en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète se serait crue en situation de compétence liée. Le moyen doit ainsi être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen préalable de la situation du requérant. Si le requérant soutient qu'il a déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé le 7 septembre 2021 et qui est toujours en cours d'instruction, une décision implicite de rejet est née le 7 janvier 2022 en application de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et cette circonstance ne faisait, en tout état de cause, pas obstacle à ce que la préfète édicte la décision attaquée. Au demeurant, postérieurement à l'introduction de la requête, la préfète du Bas-Rhin a modifié l'arrêté attaqué afin de prendre en compte " l'avis défavorable du collège des médecins de l'OFII en date du 16 décembre 2021 " le concernant. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

12. Si le requérant se prévaut de la protection contre l'éloignement en raison de son état de santé, la préfète produit en défense l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 16 décembre 2021 selon lequel si l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé et son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Les certificats médicaux produits par le requérant ne permettent pas de contredire l'avis du collège des médecins. Ainsi, la préfète n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

15. En second lieu, la décision attaquée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

17. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. / Elle est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 753-7 à L. 753-11 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application du c du 1° de l'article L. 542-2. ".

18. En l'état du dossier, le requérant ne présente pas d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l'examen du recours qu'il a formé devant la CNDA. Ses conclusions à fin de suspension doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation et de suspension, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

20. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil du requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

C. C

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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