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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203266

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203266

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (5)
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, Mme F H, représentée par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 avril 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a retiré son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre la décision en date du 27 avril 2022 par laquelle la préfète du Bas-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours jusqu'à ce que la cour nationale du droit d'asile ait statué ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de renouveler son attestation de demandeur d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- s'agissant de la décision portant retrait de l'attestation de demandeur d'asile :

o elle est entachée d'incompétence ;

o elle est entachée d'erreur de droit en ce que la préfète s'est crue à tort en situation de compétence liée ;

o elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o elle est entachée d'incompétence ;

o elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

o elle est entachée d'incompétence ;

o elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme H n'est fondé.

Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milbach, magistrate désignée ;

- et les observations de M. B, représentant la préfète du Bas-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense, par les mêmes moyens.

Mme H, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante géorgienne née le 11 juillet 1990, est entrée en France le 22 janvier 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 11 avril 2019, rejet confirmé par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 novembre 2019. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA en date du 22 mars 2022. Par un arrêté en date du 27 avril 2022, la préfète du Bas-Rhin a retiré son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme H demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Par un arrêté du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A G, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige et en cas d'absence ou d'empêchement, à M. C D, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que M. G n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demandeur d'asile :

3. Aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; () ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ".

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin se serait crue en situation de compétence liée. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

5. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti de précisons suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut ainsi qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait de l'attestation de demandeur d'asile doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. La requérante ne soulève aucun motif d'illégalité d'une éventuelle décision de refus de titre de séjour. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté. Les conclusions tendant à son annulation doivent ainsi être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. La requérante ne produit pas d'éléments suffisants de nature à établir qu'elle encourrait personnellement des risques en cas de retour dans son pays d'origine, alors que sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet par l'OFPRA, confirmé par la CNDA le 21 novembre 2019 et que sa demande de réexamen a été rejetée par l'OFPRA le 22 mars 2022. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension :

11. Eu égard à ce qui a été dit aux points 5 et 9 du présent jugement, la requérante n'apporte pas d'élément suffisant de nature à justifier la suspension de la mesure d'éloignement. Les conclusions présentées en ce sens doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de la requérante la somme que celui-ci réclame au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F H, à Me Berry et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

C. E

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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