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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203312

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203312

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSONNENMOSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 18 mai 2022, 5 mai 2022 20 avril 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 20 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Duttlenheim a approuvé le plan local d'urbanisme ;

2°) d'enjoindre à la commune de Duttlenheim de procéder à la suppression de l'emplacement réservé n° 5 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Duttlenheim le versement d'une somme de 150 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée, en tant qu'elle procède à la création de l'emplacement réservé

n° 5, est insuffisamment motivée ;

- les pièces du plan local d'urbanisme ne permettent pas de connaître la superficie de l'emplacement réservé n° 5 ;

- la création de l'emplacement réservé n°5 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte au principe d'égalité de traitement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, la commune de Duttlenheim, représentée par Me Sonnenmoser, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,

- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de M. A,

- les observations de Me Sonnenmoser, avocat de la commune de Duttlenheim.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 20 mai 2015, le conseil municipal de la commune de Duttlenheim a prescrit la révision de son plan d'occupation des sols et sa transformation en plan local d'urbanisme. Par une délibération du 20 décembre 2021, le conseil municipal de Duttlenheim a approuvé le plan local d'urbanisme. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la délibération du 20 décembre 2021.

Sur la légalité de la délibération du 20 décembre 2021 :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme que : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; / 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques ; / 4° Dans les zones urbaines et à urbaniser, des emplacements réservés en vue de la réalisation, dans le respect des objectifs de mixité sociale, de programmes de logements qu'il définit () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 151-34 de ce code : " Dans les zones U, AU, A et N les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : () 4° Les emplacements réservés aux équipements et installations d'intérêt général en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires ". L'article R. 151-48 du même code ajoute que : " Dans les zones U, AU, A et N, le ou les documents graphiques du règlement font, en outre, apparaître, s'il y a lieu : () 2° Les emplacements réservés aux voies publiques délimités en application du 1° de l'article L. 151-41, en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'intention d'une commune de réaliser un aménagement sur une parcelle suffit à justifier légalement son classement en tant qu'emplacement réservé, compte-tenu du parti d'urbanisme retenu sans qu'il soit besoin pour elle de faire état d'un projet précisément défini. L'appréciation portée sur ce point par l'autorité compétente ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir, à qui il n'appartient pas d'apprécier l'opportunité de la localisation en cause par rapport à d'autres localisations possibles, que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation fait état de l'objectif poursuivi par la création de l'emplacement réservé n° 5. Cet emplacement figure, en outre, sur le règlement graphique du plan local d'urbanisme, ce qui permet ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, d'en identifier les caractéristiques, notamment au droit de la parcelle cadastrée section 2 n° 222, et d'en apprécier la superficie. Alors que ni l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme, ni aucune autre disposition de ce code n'impose que les documents d'urbanisme justifient de manière détaillée les motifs ayant conduit à retenir un emplacement réservé ou les caractéristiques de ce dernier, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée, en tant qu'elle procède à la délimitation de l'emplacement réservé n° 5, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, alors qu'il ressort du projet d'aménagement et de développement durables que les auteurs du plan local d'urbanisme ont pour objectif de favoriser le développement des liaisons douces inter-quartiers, il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies versées à l'instance, que la rue des Vergers présente un rétrécissement de la chaussée au droit de l'emplacement réservé n° 5. Les éléments avancés par M. A, qui s'appuie notamment sur l'avis défavorable rendu par le commissaire enquêteur, ne permettent pas de sérieusement remettre en cause le constat de la commune et tiré de ce que le rétrécissement de la chaussée nuit à une cohabitation harmonieuse entre les différents usagers de la voie publique, les piétons ne bénéficiant notamment d'aucun emplacement sécurisé en raison de l'absence de trottoir au niveau de la partie en litige de la rue des Vergers. Alors que la délimitation de l'emplacement réservé n° 5 en vue de procéder à l'aménagement d'un espace sécurisé pour les piétons n'est pas de nature à rendre impossible la création dans le secteur d'une zone de rencontre, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établies les allégations du requérant selon lesquelles il en résulterait un risque accru pour la sécurité des usagers. La circonstance que l'objectif de sécurisation recherché pourrait être poursuivi par la simple mise en place d'une voie partagée, forçant les véhicules à ralentir, et sans identification d'un trottoir dédié aux piétons, n'est pas en elle-même de nature à entacher d'illégalité l'institution de l'emplacement réservé en litige. Par ailleurs, il n'est pas davantage justifié de ce que la partie de la parcelle du requérant incluse dans l'emplacement réservé n° 5 présenterait des caractéristiques naturelles particulières justifiant sa préservation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de l'institution de l'emplacement réservé n° 5 doit être écarté.

6. En dernier lieu, alors qu'il n'appartient pas au juge d'apprécier l'opportunité de la localisation d'un emplacement réservé par rapport à d'autres localisations possibles, la configuration de la rue des Vergers diffère de celle de la rue de la Paix, ainsi que le reconnaît le requérant lui-même dans ses écritures. Il ne peut ainsi être utilement soutenu que le principe d'égalité de traitement aurait été méconnu en raison du choix de délimiter un emplacement réservé au droit de la rue des Vergers. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de

M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Duttlenheim qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. A demande au titre des frais liés au litige.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Duttlenheim au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Duttlenheim présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Duttlenheim.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Eymaron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La rapporteure,

A.-L. EYMARON

Le président,

M. RICHARD

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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