mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2203423 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8e chambre |
| Avocat requérant | CHEBBALE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 24 mai 2022, 3 novembre 2023 et 30 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Chebbale, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil du 2 février 2022 ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 2 février 2022, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
4°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la compétence de la signataire de la décision n'est pas établie ;
- il n'a pas bénéficié préalablement d'un entretien personnel de vulnérabilité ;
- sa vulnérabilité et ses besoins personnels n'ont pas été pris en considération ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les dispositions de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 octobre et 10 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fuchs Uhl, conseillère,
- et les observations de Me Chebbale, représentant M. B.
L'OFII n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 20 mai 1992 et de nationalité albanaise, a déclaré être entré en France en 2016 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 4 décembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une ordonnance du 21 mai 2021. Le 2 février 2022, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 22 février 2022, notifiée le 4 avril 2022. Par une décision du 29 septembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié. Par une décision du 2 février 2022 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (ci-après " OFII ") il s'est vu refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B a déposé, le 24 février 2022, un recours administratif préalable obligatoire contestant cette décision qui a donné lieu à une décision implicite de rejet de la part de l'OFII. Il s'agit de la décision dont il demande l'annulation.
2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".
3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Le requérant ne peut ainsi invoquer utilement des moyens tirés des vices propres de la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 24 février 2022, M. B a saisi le directeur général de l'OFII d'un recours préalable obligatoire dirigé contre la décision du 2 février 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, la décision implicite rejetant ce recours s'est nécessairement substituée à la décision initiale du 2 février 2022. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette dernière décision doit être écarté comme étant inopérant.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait adressé à la directrice territoriale de l'OFII une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Par suite, il ne peut utilement soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et du compte-rendu d'entretien signé par l'intéressé, que lors de l'enregistrement de sa demande de réexamen, le 2 février 2022, il a bénéficié d'un entretien, en langue albanaise, au cours duquel sa situation de vulnérabilité a pu être évaluée. Il a notamment été interrogé sur son état de santé sur lequel le médecin coordonnateur de zone, par un avis du 10 mars 2022, l'a déclaré en niveau 2 de vulnérabilité, correspondant à une priorité haute pour un hébergement en urgence. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié préalablement à l'édiction de la décision attaquée d'un entretien personnel de vulnérabilité.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".
9. D'abord, compte tenu de ce qui a été exposé au point 6, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait omis de procéder à l'examen de situation de vulnérabilité et de ses besoins.
10. Puis, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le directeur général de l'OFII se serait cru en situation de compétence liée pour refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut donc qu'être écarté.
11. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier, en particulier du certificat médical établi le 10 août 2018 par une neurologue que M. B souffre " d'une maladie neuromusculaire rare et invalidante () entraînant un handicap moteur ", il est constant que l'intéressé a bénéficié d'un hébergement durant l'examen de sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Par suite, et alors que le médecin coordinateur préconisait, dans son avis du 10 mars 2022, de placer le requérant en niveau 2, avec une priorité haute pour un hébergement, il n'est pas contesté par l'intéressé que son hébergement était en adéquation avec les recommandations médicales. En outre, s'il se prévaut du dénuement matériel dans lequel il se trouvait, et notamment des difficultés financières faisant obstacle à l'achat de billets de transport pour se rendre aux différents rendez-vous médicaux, il n'apporte au soutien de ses allégations aucun élément probant, alors même que l'intéressé résidait à Nancy et bénéficiait d'un suivi médical dans cette même ville. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".
13. Il ne ressort d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil feraient, en toutes circonstances, obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.
14. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait pour objet ou pour effet d'exposer M. B aux traitements et peines prohibés par les stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qu'il précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision de la directrice territoriale de l'OFII de Metz du 2 février 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Chebbale et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sibileau, président,
- Mme Fuchs Uhl, conseillère,
- M. C, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
S. FUCHS UHLLe président,
J.-B. SIBILEAU
La greffière,
S. BILGER-MARTINEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
C. BOHN
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026