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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203553

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203553

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET GALLAND YANNICK & KIEFFER EMMANUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai 2022 et 13 juin 2023,

M. C A, représenté par Me Galland, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Strasbourg a décidé de ne plus lui " proposer de contrat pour exercer des fonctions d'enseignement au sein de l'académie de Strasbourg ", ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 18 février 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée, qui constitue une mesure prise en considération de sa personne, est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis à même d'obtenir communication préalable de son dossier ;

- elle est entachée d'erreurs de fait, dès lors qu'il conteste avoir remis en cause sa hiérarchie ou s'être affranchi de son obligation de correction, de dignité, de neutralité et de respect envers celle- ci ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, en ce qu'elle présente un caractère disproportionné au regard des griefs formulés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Par une ordonnance du 15 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 22 avril 1905 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vicard,

- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,

- et les observations de M. B, représentant le recteur de l'académie de Strasbourg.

M. A, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par un contrat à durée déterminée, M. C A a été engagé, du

1er septembre 2021 au 2 janvier 2022, en qualité de maître délégué et affecté à l'institut Sonnenberg à Carspach pour y enseigner l'économie-gestion ainsi que les sciences économiques et sociales. Par un courrier du 21 décembre 2021, la rectrice de l'académie de Strasbourg a décidé " de ne plus [lui] proposer de contrat pour exercer des fonctions d'enseignement au sein de l'académie de Strasbourg à l'issue de [son] contrat en cours ". M. A demande au tribunal d'annuler cette décision, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

2. La décision attaquée, indiquant en objet " non renouvellement de contrat " et en référence " votre contrat d'engagement du 01/09/2021 au 02/01/2022 ", a eu pour unique objet de signifier à M. A le non-renouvellement du contrat précité à l'échéance du terme. Elle doit dès lors être regardée comme valant uniquement décision de non-renouvellement d'un contrat à durée déterminée, et non pas refus de tout engagement futur.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, un agent dont le contrat est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas renouveler ce contrat est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur l'aptitude professionnelle de l'agent et, de manière générale, sur sa manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de la personne, elle n'est, sauf à revêtir le caractère d'une sanction disciplinaire, pas au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de prendre connaissance de son dossier.

4. En l'espèce, M. A est un agent contractuel non titulaire qui ne peut se prévaloir d'aucun droit au renouvellement de son contrat arrivé à échéance le 2 janvier 2022. Il n'est pas démontré ni même allégué que la décision de la rectrice de ne pas renouveler ce contrat revêtirait le caractère d'une sanction disciplinaire. Dès lors, alors même qu'elle a été prise pour des motifs tirés du comportement professionnel de l'intéressé, la décision de la rectrice a pu légalement intervenir sans que M. A ait été mis à même de demander la communication de son dossier. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de respect des droits de la défense doit être écarté comme étant inopérant.

5. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, au terme d'un contrat, ce n'est que pour un motif tiré de l'intérêt du service que l'administration peut légalement décider de ne pas le renouveler. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision de non-renouvellement du contrat de

M. A est fondée sur sa manière de servir. Pour contester les griefs dont il est fait état dans la décision attaquée, à savoir les insuffisances professionnelles, un comportement irrespectueux à l'égard de la hiérarchie et des absences répétées, celui-ci se prévaut d'une fiche d'évaluation de suppléance datant du mois de juin 2018, le décrivant comme un enseignant aimable, serviable et apprécié de tous. Toutefois, ce seul document ne permet pas de contredire sérieusement le rapport établi le 27 septembre 2021 par la directrice déléguée aux formations professionnelles et technologiques qui a relaté de manière circonstanciée les insuffisances pédagogiques relevées lors d'un cours auquel elle avait assisté le même jour. Par ailleurs, le recteur a également produit aux débats les courriers électroniques échangés au début du mois de décembre 2021 entre le requérant et le bureau de l'enseignement privé du rectorat, dans lesquels M. A évoque, en des termes peu mesurés, le chef d'établissement de l'institut Sonnenberg, dont il souhaite " faire taire immédiatement les allégations mensongères ". En outre, il ressort d'un courrier électronique d'une inspectrice de l'académie de Besançon que cette dernière a émis en septembre 2021 un avis défavorable pour l'octroi d'un poste à M. A dans le ressort de cette académie, " en raison de son manque de fiabilité et de son irrespect envers la hiérarchie ", cette appréciation de la manière de servir du requérant corroborant ainsi celle formulée par la rectrice de l'académie de Strasbourg. Aussi, les griefs d'insuffisances professionnelles et de comportement irrespectueux envers la hiérarchie, dont la matérialité est suffisamment établie au vu des pièces du dossier, sont de nature à justifier, dans l'intérêt du service, la décision de la rectrice de ne pas renouveler à l'échéance de son terme le contrat d'enseignement de M. A. Enfin, si la rectrice a cru bon de relever surabondamment ses absences répétées, alors que celles-ci étaient justifiées par des arrêts maladie et un congé de paternité, il résulte de ce qui précède que la décision attaquée aurait été la même si la rectrice n'avait pas relevé ce motif. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la rectrice de l'académie de Strasbourg a entaché sa décision d'erreurs de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent dès lors être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la rectrice de l'académie de Strasbourg de ne pas renouveler le contrat de M. A à son terme doivent être rejetées, ainsi que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le requérant au titre des frais non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Faessel, président,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteure,

C. VICARD

Le président,

X. FAESSELLe greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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