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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203567

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203567

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantBENICHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2022, Mme D B épouse C, représenté par Me Benichou, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 mai 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de faire doit à sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'autoriser le regroupement familial dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B épouse C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Faessel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante turque née le 14 octobre 1994, est entrée en France le 1er avril 2006 et réside régulièrement sur le territoire français sous couvert d'une carte de résident valable du 25 avril 2013 au 24 avril 2023, renouvelée du 25 avril 2023 au 24 avril 2033. Le 2 octobre 2020, elle a épousé M. C, également ressortissant turc. Elle a présenté, le 30 mars 2022, une demande de regroupement familial en faveur de son époux. Par décision du 2 mai 2022, la préfète du Bas-Rhin a refusé de faire droit à cette demande. Par sa requête, Mme B épouse C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas celle en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que M. E, signataire de la décision attaquée, ne disposait pas d'une délégation de compétence doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 434-7 dudit code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. " Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes (). ". Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

4. Mme B ne conteste pas qu'au cours des douze mois précédant sa demande, ses ressources étaient inférieures à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance. La requérante ne produit aucun élément relatif à l'évolution des ressources qu'elle a perçues entre la date du dépôt de sa demande et la décision contestée du 3 mai 2022 et elle n'établit pas ainsi le caractère stable et suffisant de ses ressources à cette dernière date. Si la requérante produit un contrat de travail à durée déterminée signé le 12 mai 2022, une promesse d'embauche de son époux datée du 24 mai 2022, un contrat de travail à durée déterminée signé le 3 octobre 2022 et un courrier du 17 octobre 2022 indiquant la transformation de ce dernier contrat de travail à durée déterminée en contrat à durée indéterminée à compter du 7 avril 2023, ainsi qu'une fiche de paie de septembre 2022, tous ces éléments sont postérieurs à la décision contestée du 3 mai 2022. Dans ces conditions, la préfète n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par Mme B, au motif que celle-ci ne disposait pas de ressources suffisantes.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse C, à Me Benichou et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Faessel, président,

M. Gros, premier conseiller

Mme Klipfel, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le président-rapporteur,

X. FAESSEL

Le conseiller, premier assesseur,

T. GROS

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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