jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2203607 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 1er juin 2022 et 27 septembre 2023, M. H G, Mme F D, M. A E et Mme B C, représentés par Me Dangel, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 avril 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Riquewihr a décidé de préempter la parcelle cadastrée section 1/79 n° 1 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Riquewihr le versement d'une somme de
4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle a été adoptée au-delà du délai de deux mois imparti par les dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;
- le service des domaines n'a pas été consulté ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;
- il n'est pas justifié de ce que le projet motivant la décision de préemption attaquée répondrait à un objectif d'intérêt général.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, la commune de Riquewihr, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 4 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Dangel, avocat des requérants,
- et les observations de Me Arab, avocate de la commune de Riquewihr.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 janvier 2022, M. E et Mme C ont adressé à la commune de Riquewihr une déclaration d'intention d'aliéner portant sur la parcelle cadastrée section 1/79 n° 1. Par une décision du 4 avril 2022, le conseil municipal de la commune de Riquewihr a décidé de préempter cette parcelle. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal d'annuler cette décision du 4 avril 2022.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme D et M. G ont, par un contrat de prêt conclu le 27 janvier 2022, obtenu un prêt pour l'acquisition du bien situé sur la parcelle préemptée. Il ne peut dès lors être soutenu que le compromis de vente qu'ils ont conclu le 5 janvier 2022 avec M. E et Mme C serait devenu caduc au motif que la condition suspensive liée à l'obtention d'un prêt par l'acquéreur n'aurait pas été satisfaite. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Riquewihr et tirée de ce que les requérants, respectivement acheteurs et vendeurs du bien préempté, seraient dépourvus d'intérêt à agir en raison de la caducité du compromis de vente relatif à la parcelle préemptée en litige ne peut être accueillie.
Sur la légalité de la décision du 4 avril 2022 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ; (). ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que les conditions d'exercice de la délégation définies par le conseil municipal ne concernent pas la délégation au maire lui-même de l'exercice du droit de préemption urbain. En l'absence de toute délibération ultérieure rapportant cette délégation, le conseil municipal doit être regardé comme s'étant dessaisi de sa compétence.
4. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 30 juin 2020, le conseil municipal de la commune de Riquewihr a délégué au maire de la commune la compétence pour exercer, en son nom, l'exercice des droits de préemption définis par le code de l'urbanisme. Contrairement à ce qui est soutenu, il résulte des termes mêmes de cette délibération que cette délégation ne se limite pas aux seules opérations dont le montant n'excède pas 100 000 euros. Aucun élément du dossier ne permettant d'établir qu'une délibération ultérieure aurait rapporté la délégation consentie au maire de la commune de Riquewihr, le conseil municipal de cette dernière doit ainsi être regardé comme s'étant dessaisi de sa compétence. Par suite, la délibération du 4 avril 2022 par laquelle le conseil municipal a préempté la parcelle cadastrée section 1/79 n°1 est entachée d'incompétence.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme : " Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. Le délai est suspendu à compter de la réception de la demande mentionnée au premier alinéa ou de la demande de visite du bien. Il reprend à compter de la réception des documents par le titulaire du droit de préemption, du refus par le propriétaire de la visite du bien ou de la visite du bien par le titulaire du droit de préemption. Si le délai restant est inférieur à un mois, le titulaire dispose d'un mois pour prendre sa décision. Passés ces délais, son silence vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / Lorsqu'il envisage d'acquérir le bien, le titulaire du droit de préemption transmet sans délai copie de la déclaration d'intention d'aliéner au responsable départemental des services fiscaux. La décision du titulaire fait l'objet d'une publication. Elle est notifiée au vendeur, au notaire et, le cas échéant, à la personne mentionnée dans la déclaration d'intention d'aliéner qui avait l'intention d'acquérir le bien. Le notaire la transmet aux titulaires de droits d'emphytéose, d'habitation ou d'usage, aux personnes bénéficiaires de servitudes, aux fermiers et aux locataires mentionnés dans la déclaration d'intention d'aliéner. / Le titulaire du droit de préemption peut demander à visiter le bien dans des conditions fixées par décret (). ".
6. Il résulte de ces dispositions que les propriétaires qui ont décidé de vendre un bien susceptible de faire l'objet d'une décision de préemption doivent savoir de façon certaine, au terme du délai de deux mois imparti au titulaire du droit de préemption pour en faire éventuellement usage, le cas échéant prorogé par une demande unique de communication de documents ou une demande de visite du bien, s'ils peuvent ou non poursuivre l'aliénation entreprise. Dans le cas où le titulaire du droit de préemption décide de l'exercer, les mêmes dispositions, combinées avec celles des articles L. 2131-1, L. 2131-2, L. 2541-22 et L. 2541-23 du code général des collectivités territoriales, imposent que la décision de préemption soit exécutoire au terme du délai de deux mois, le cas échéant prorogé, c'est-à-dire non seulement prise mais également notifiée au propriétaire intéressé, ou à son mandataire, et transmise au représentant de l'Etat. La réception de la décision par le propriétaire intéressé, ou son mandataire, et par le représentant de l'Etat dans le délai de deux mois, éventuellement prorogé, à la suite respectivement de sa notification et de sa transmission, constitue, par suite, une condition de la légalité de la décision de préemption.
7. Par ailleurs, aux termes de l''article D. 213-13-4 du code de l'urbanisme : " La demande de la visite du bien visée à l'article D. 213-13-1 indique les références de la déclaration prévue à l'article L. 213-2. Cette demande reproduit, en caractères apparents, les dispositions de l'article L. 213-2 et celles des articles D. 213-13-2 et D. 213-13-3. / Elle mentionne le nom et les coordonnées de la ou des personnes que le propriétaire, son mandataire ou le notaire peut contacter pour déterminer les modalités de la visite. / Elle indique que la visite doit être faite en présence du propriétaire ou de son représentant et du titulaire du droit de préemption ou de la personne mandatée par ce dernier. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration d'intention d'aliéner a été reçue en mairie de Riquewihr le 21 janvier 2022. Par un courrier du 1er mars 2022, la commune de Riquewihr a adressé aux propriétaires de la parcelle en litige un courrier par lequel elle sollicite communication de documents et présente une demande de visite de bien. Il ressort des éléments non sérieusement contestés versés au dossier par la commune, et notamment du courrier du 10 mars 2022 émanant du maire de celle-ci, que la visite du bien a été réalisée le 9 mars 2022. Ce même courrier fait, en outre, état de ce que les pièces sollicitées ont été reçues par la commune le 10 mars 2022. Dès lors, le délai de préemption mentionné par les dispositions précitées, qui avait été suspendu par le courrier du 1er mars 2022, a recommencé à courir, pour un délai d'un mois, à compter du 10 mars 2022. S'il ressort des pièces du dossier que la décision de préemption en litige a été transmise au représentant de l'Etat, le 5 avril 2022, il n'est, en revanche, démontré par aucun élément du dossier que cette décision aurait été notifiée, dans le délai légal, aux propriétaires de la parcelle en litige ou au notaire en charge de la vente. Dans ces circonstances, et alors que la notification de la décision de préemption par le propriétaire intéressé, ou son mandataire, dans le délai imparti est une condition de sa légalité, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme.
9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision attaquée.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision du 4 avril 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Riquewihr a préempté la parcelle cadastrée section 1/79 n° 1.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Riquewihr le versement aux requérants d'une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
12. Ces mêmes dispositions font, en revanche, obstacle à ce que soit mis à la charge des requérants qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la commune de Riquewihr demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : La décision du 4 avril 2022 est annulée.
Article 2 : La commune de Riquewihr versera à M. G, à Mme D, à M. E et à Mme C une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Riquewihr en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. H G, à Mme F D, à M. A E, à Mme B C et à la commune de Riquewihr.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Perabo-Bonnet, première conseillère,
Mme Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
A.-L. EYMARON
La présidente,
A. DULMET
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026