vendredi 17 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2203661 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8e chambre |
| Avocat requérant | GAUDRON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2022, M. B A, représenté par Me Gaudron, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a prolongé son délai de transfert aux autorités roumaines, a refusé de renouveler son attestation de demandeur d'asile et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer un formulaire de demandeur d'asile, sans délai, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de condamner l'Etat aux dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision de prolongation du délai de transfert :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète du Bas-Rhin n'a pas informé l'Etat responsable de sa demande d'asile avant l'expiration du délai de transfert ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement UE n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, la préfète ne pouvant prolonger le délai de transfert dès lors qu'il n'était pas en fuite ;
- elle méconnaît l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la France est devenue responsable de sa demande d'asile ;
Sur la décision de refus de renouveler l'attestation de demande d'asile :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les articles L. 541-1, L. 521-7 et L. 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'en l'absence de preuve contraire, il a la qualité de demandeur d'asile et le droit de se maintenir sur le territoire français ;
- elle le place dans une situation de vulnérabilité en raison de la suspension des conditions matérielles d'accueil ;
Sur le refus d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement UE n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, la préfète ne pouvant prolonger le délai de transfert dès lors qu'il n'était pas en fuite ;
- elle méconnaît l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la France est devenue responsable de sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 18 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n°118/2014 du Parlement européen et du Conseil du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe Michel, rapporteur ;
- et les observations de Me Gaudron, avocate de M. A, absent à l'audience.
Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 3 février 1997, est entré en France en 2021 et a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été enregistrée le 28 juin 2021 en procédure Dublin et il s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile. Par décision du 22 juillet 2021, la préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert aux autorités roumaines responsables de l'examen de sa demande d'asile. Saisi d'un recours, le tribunal a confirmé, par jugement du 8 septembre 2021, la légalité de la décision de transfert. L'attestation de demandeur d'asile du requérant n'a pas été renouvelée à son expiration. Le requérant, estimant que la décision de transfert n'avait pas été exécutée dans les délais, a sollicité, par courriels des 17 mars et 6 avril 2022, l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et l'attribution d'une attestation de demande d'asile. En l'absence de réponse, des décisions implicites de rejet sont nées. Par sa requête, il demande l'annulation des décisions implicites par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a prolongé son délai de transfert aux autorités roumaines, a refusé de renouveler son attestation de demandeur d'asile et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 susvisé prévoit que le transfert s'effectue dans un délai de six mois, qui peut être porté à dix-huit mois maximum si la personne concernée prend la fuite. Ainsi, lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'Etat responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Enfin, le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours.
3. La notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Si le fait pour l'intéressé de ne pas déférer à l'invitation de l'autorité administrative de se présenter aux services de la police aux frontières en vue de l'exécution de cette mesure d'éloignement constitue un indice d'un tel comportement, il ne saurait suffire à lui seul à établir que son auteur ait pris la fuite au sens des dispositions précitées.
4. En l'espèce, le préfet du Bas-Rhin se prévaut de l'ordonnance du 26 juillet 2022 par laquelle le juge des référés a rejeté la demande de suspension des décisions en litige au motif qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'était de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de ces décisions. Toutefois, si les ordonnances par lesquelles le juge des référés fait usage de ses pouvoirs de juge de l'urgence sont exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires, elles ont, en vertu de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, un caractère provisoire, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé, et sont ainsi dépourvues de l'autorité de chose jugée. Par ailleurs, la circonstance, invoquée par le préfet du Bas-Rhin, que M. A ne se soit pas manifesté auprès de l'administration depuis le 9 mai 2022, est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées, qui s'apprécie à la date à laquelle elles ont été prises. Dans ces conditions, le préfet du Bas-Rhin n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il était fondé à regarder M. A comme s'étant soustrait de manière intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative dans le but de faire obstacle à son transfert. Le requérant est, par suite, fondé à soutenir que les décisions de prolongation de délai de transfert, de refus de reconnaissance de la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de refus de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile procédure normale sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler les décisions implicites par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a prolongé le délai de transfert aux autorités roumaines de M. A, a refusé de renouveler son attestation de demandeur d'asile et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
6. Les motifs du présent jugement impliquent nécessairement que le préfet du Bas-Rhin procède à l'enregistrement de la demande d'asile de M. A en procédure normale et lui remette, après cet enregistrement, l'attestation de demande d'asile afférente. Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les dépens :
7. Dès lors que M. A n'établit pas avoir exposé des dépens dans le cadre de cette instance, ses conclusions tendant à l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gaudron, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gaudron de la somme de 1 000 euros hors taxes.
D É C I D E :
Article 1 : Les décisions implicites par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a prolongé le délai de transfert aux autorités roumaines de M. A, a refusé de renouveler son attestation de demandeur d'asile et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin d'enregistrer en procédure normale la demande d'asile de M. A et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Gaudron la somme de 1 000 (mille) euros hors taxes, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Gaudron renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gaudron et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sibileau, président,
Mme Fuchs Uhl, conseillère,
M. C, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.
Le rapporteur,
C. C Le président,
J.-B. SIBILEAU
Le président,
J.-B. SIBILEAU
La greffière,
S. BILGER-MARTINEZ
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. BILGER-MARTINEZ
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026