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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203797

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203797

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSNOECKX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, M. B A C, représenté par Me Snoeckx, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux à ses conditions matérielles d'accueil à compter de cette date ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et de le faire bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du mois de mars 2022, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à son avocate au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle n'est pas motivée ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 25 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés et qu'il convient, le cas échéant, de substituer, comme base légale de la décision contestée, les dispositions de l'article L. 551-15 à celles de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-634 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 25 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 27 mai 2024.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jordan-Selva a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant somalien né en 1988, est entré en France en octobre 2021 et s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile le 15 octobre 2021. Il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il demande l'annulation de la décision du 31 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de cette date.

2. En premier lieu, par une décision du 14 octobre 2020, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme E D, directrice territoriale à Strasbourg à l'effet de signer tous actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à cette direction. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la signataire de la décision attaquée ne justifierait pas d'une délégation de signature, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte de manière suffisante les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A C a bénéficié d'un entretien afin d'évaluer sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 15 octobre 2021. Il n'a pas fait état de problème de santé particulier, hormis une impossibilité de porter des charges lourdes en raison d'un handicap affectant son bras gauche. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'OFII a informé M. A C de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, par un courrier du 14 février 2022 régulièrement notifié au requérant, qui disposait alors d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations. Si dans sa requête, M. A C soutient qu'il " a tenté d'exposer qu'il souffre de problèmes de santé (notamment de cauchemars, des crises de somnambulisme) ce qui ne lui permettait pas de partager une chambre en colocation ", il n'établit pas avoir présenté des observations en ce sens auprès de l'OFII dans le délai imparti. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé, avant l'édiction de la décision attaquée, à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". L'article L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. ". L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. "

6. D'autre part, l'article L. 551-15 du même code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A C, ressortissant somalien, a demandé l'asile en France le 15 octobre 2021 auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin. Il s'est engagé le jour même à accepter le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII et en particulier tout hébergement qui lui serait proposé. Par une lettre du

6 janvier 2022, l'Office a proposé à M. A C un hébergement situé à Chaumont, en Haute-Marne, qu'il a refusé. Le 31 mars 2022, à la suite de ce refus, l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil en se fondant sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par cette décision, l'OFII doit être regardé comme ayant en réalité refusé à M. A C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à raison de son refus de la proposition d'hébergement qui lui a été faite. Compte tenu de ce qui a été énoncé au point 7 et ainsi que le fait valoir l'OFII en défense, cette décision trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 551-15 du même code, qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 551-16, dès lors que l'Office dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces fondements et que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie. Par conséquent, les moyens tirés du défaut de base légale et de l'erreur de droit doivent être écartés.

9. En cinquième et dernier lieu, si M. A C se prévaut de problèmes de santé qui rentraient impossible toute colocation et qui seraient par suite incompatibles avec l'hébergement proposé par l'OFII le 6 janvier 2022, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A C ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La rapporteure

S. JORDAN-SELVA

La présidente,

A. DULMET

Le greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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