jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2203806 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | NEHLIG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 août 2018 et
7 février 2023, M. A, représenté par Me Nehlig, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 8.000 euros en réparation des troubles de toute nature subis dans ses conditions d'existence ainsi que de son préjudice moral ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui " attribuer les compensations qui lui sont dues sous la forme financière pour la période du 1er janvier 2014 au 1er mars 2015 " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2.500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa demande d'injonction est recevable ;
- la note de service du 5 décembre 2013 du directeur central des compagnies républicaines de sécurité (CRS) portant organisation de la veille opérationnelle, annulée par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux en date du 8 décembre 2016, a porté une atteinte illégale à ses droits à congé et constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- la perte de 49 jours de congés non indemnisés lui a occasionné des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, la préfète de la zone de défense et de sécurité Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal ou de l'irrecevabilité de ces mêmes conclusions, si elles devaient être regardées comme une demande indemnitaire, pour cause de forclusion.
Un mémoire complémentaire présenté pour M. A en réponse au moyen d'ordre public soulevé, a été enregistré le 23 février 2023.
Le requérant fait valoir que :
- sa demande d'injonction n'est nullement présentée à titre principal mais vient compléter des demandes indemnitaires visant à réparer un préjudice qui se poursuit du fait du non- respect par l'administration de l'annulation de la note de service par le tribunal administratif de Bordeaux;
- sa demande d'injonction n'est pas forclose, dès lors qu'elle ne présente pas un caractère de nouveauté ni ne procède d'une cause juridique distincte.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre- mer conclut au rejet de la requête.
Il soulève l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'injonction présentées à titre principal et des conclusions indemnitaires pour cause de forclusion. Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Vu l'ordonnance n° 1804945 du tribunal administratif de Strasbourg en date du 24 février 2020, donnant acte du désistement de la requête de M. A ;
Vu l'arrêt n° 20NC00857 de la cour administrative d'appel de Nancy en date du 9 juin 2022, annulant l'ordonnance précitée.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vicard, rapporteure,
- les conclusions de M. Gros, rapporteur public,
- et les observations de Me Nehlig, représentant M. A.
La préfète de la zone de défense et de sécurité Est et le ministre de l'intérieur et des outre- mer, régulièrement convoqués, n'étaient ni présents ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, sous-brigadier au sein de la police nationale affecté au service de veille opérationnelle des directions zonales, a été admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 30 octobre 2016. Par une demande indemnitaire préalable, il a réclamé la somme de
7.350 euros en indemnisation des droits à congé, dont il estime avoir été illégalement privé avant son départ en retraite. Par un courrier du 25 juin 2018, la préfète de la zone de défense et de sécurité Est a rejeté sa demande. Par la présente requête, il doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 8.000 euros en réparation des troubles de toute nature subis dans ses conditions d'existence ainsi que de son préjudice moral et " d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui attribuer les compensations qui lui sont dues sous la forme financière pour la période du 1er janvier 2014 au 1er mars 2015 ".
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la fin de non- recevoir opposée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer :
2. Aux termes de l'article R. 421- 1 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable au litige, " la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle " et aux termes de l'article R. 421- 2 du même code, dans sa version applicable : " sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête ".
3. En l'espèce, le ministre de l'intérieur indique que M. A a formé une demande indemnitaire préalable le 27 février 2018. Une décision implicite de rejet est née le 27 avril 2018, faisant courir un premier délai de recours contentieux de deux mois expirant le 28 juin 2018. Toutefois, une décision explicite de rejet, intervenue le 25 juin 2018, a fait courir un nouveau délai de recours expirant à l'issue d'un délai de deux mois suivant la notification de cette décision. Par suite, les conclusions indemnitaires, enregistrées le 9 août 2018, sont recevables.
En ce qui concerne le bien- fondé :
S'agissant de la responsabilité de l'Etat :
4. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. La responsabilité de l'administration ne saurait être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité.
5. Il résulte de l'instruction que par un jugement du 8 décembre 2016, le tribunal administratif de Bordeaux a prononcé l'annulation de la note de service du préfet directeur central des compagnies républicaines de sécurité du 5 décembre 2013, portant organisation de la veille opérationnelle, en ce qu'elle méconnaissait des seuils et garanties prévus par les dispositions du décret du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat, les dispositions de l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale, les dispositions de l'instruction du 18 octobre 2002 relative à l'organisation du travail dans la police nationale et celles du décret du 29 avril 2003 portant création d'une indemnité spécifique allouée aux fonctionnaires du corps de commandement de la police nationale et du corps d'encadrement et d'application de la police nationale.
6. Il n'est pas contesté que l'application de la note de service du 5 décembre 2013 a occasionné, pour M. A, la perte de trois jours de congés annuels en 2014, deux jours de congés annuels supplémentaires en 2014 et 2015, douze jours de crédit férié, vingt jours ARTT et douze jours de repos de pénibilité spécifiques, soit un total de 49 jours de congé et repos dont il aurait dû bénéficier si ladite note de service ne lui avait pas été illégalement appliquée.
7. Contrairement à ce que soutient l'administration, la circonstance que la privation de droits à congés ait été actée par des décisions individuelles annuelles devenues définitives ne fait pas obstacle au droit de M. A d'obtenir, par le biais d'un contentieux indemnitaire, réparation du préjudice résultant directement de l'application des dispositions réglementaires de la note de service illégale du 5 décembre 2013 fixant le nombre de jours de congés susceptibles de lui être accordés pendant la période en litige. Au demeurant, les décisions individuelles dont se prévaut la préfète de la zone de défense n'ont pas un objet purement pécuniaire, et se sont trouvées privées de base légale du fait de l'annulation de la note de service du 5 décembre 2013. Le fait qu'elles ne puissent plus, le cas échéant, faire l'objet d'une contestation par la voie de l'excès de pouvoir ne saurait avoir pour effet de rendre irrecevables les conclusions tendant à la réparation du préjudice résultant de leur application, à supposer que tel soit le moyen soulevé en défense par la préfète.
8. Il s'ensuit que M. A est fondé à soutenir que la privation illégale de ses droits à congés est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son égard.
S'agissant de la réparation des préjudices :
9. Les droits à congés dont a été privé M. A devaient compenser une charge de travail réalisée dans des conditions pénibles. La suppression de ces droits, dans une proportion conséquente, et la nouvelle organisation du travail induite par la note de service du 5 décembre 2013 doivent être regardées comme ayant occasionné un trouble dans les conditions d'existence du requérant, notamment en termes d'organisation familiale, et comme lui ayant occasionné un préjudice moral. Il sera dès lors fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par le requérant dans ses conditions d'existence ainsi que de son préjudice moral en lui allouant une somme globale de 3.500 euros.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Ces conclusions, tendant à " enjoindre au Ministre de l'Intérieur d'attribuer à M. A les compensations qui lui sont dues sous la forme financière pour la période du 1er janvier 2014 au 1er mars 2015 ", ne sont pas assorties de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier l'objet exact, la portée et le fondement juridique. Elles ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.500 euros hors taxe à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à payer à M. A une somme de 3.500 euros en réparation des troubles subis dans ses conditions d'existence et de son préjudice moral.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1.500 euros hors taxe en application des dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et de l'Outre- mer ainsi qu'au préfet de la zone de défense et de sécurité Est.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.
La rapporteure,
C. VICARD La présidente,
A. DULMET
Le greffier,
S. BRONNER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026