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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203911

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203911

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203911
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOTTEMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2022, M. C B, représenté par Me Bottemer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'effacer son signalement du fichier européen de non-admission.

Il soutient que :

- faute de justifier d'une délégation de signature régulière, les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale dès lors que son comportement ne présente pas de trouble à l'ordre public ;

- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et le prive de son emploi ;

- la durée de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français l'empêche de faire valoir ses droits lors de sa convocation devant le tribunal correctionnel en octobre 2023 ;

- la décision portant assignation à résidence est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonnet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bottemer, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que le requérant conteste les faits de vol pour lesquels il a été convoqué par les services de police, que le trouble à l'ordre public que représente son comportement n'est pas démontré et que l'assignation à résidence l'empêche de travailler un jour dans la semaine ;

- les observations de M. B, assisté Mme F, interprète en langue roumaine, qui indique qu'il souhaite pouvoir continuer à travailler.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistré pour M. B, a été enregistrée le 22 juin 2022 à 16h54.

Considérant ce qui suit :

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

1. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné à M. D, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation pour signer tous actes relatifs aux étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

2. En second lieu, il ressort des termes mêmes des décisions attaquées qu'elles mentionnent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes :/ 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ;/ 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle .et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () "

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant roumain né le 13 décembre 1988, a fait l'objet de deux décisions portant obligation de quitter le territoire français en date des 23 juillet 2019 et 20 avril 2021, dont la légalité a été confirmée par des jugements respectifs du tribunal administratif de Nantes du 2 octobre 2019 et du tribunal administratif de Strasbourg du 3 mai 2021. S'il a déclaré aux services de police être parti en Roumanie par ses propres moyens en 2021 afin d'exécuter la seconde mesure d'éloignement, il n'est pas contesté qu'il est revenu une semaine plus tard et s'est maintenu sur le territoire français sans avoir cherché à effectuer des démarches en vue de régulariser sa situation administrative. Par ailleurs, M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol et dégradation répétés et a été incarcéré en 2019. S'il fait valoir qu'il occupe un emploi en qualité de chauffeur routier et dispose d'un logement, il n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'il aurait créé en France des liens stables et intenses ni qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors qu'il se borne à alléguer sans produire aucun élément probant qu'il serait présent en France depuis 12 ans, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en édictant à son encontre une décision d'obligation de quitter le territoire français, la préfète du Bas-Rhin aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision./ L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4, et nonobstant la circonstance que l'intéressé conteste les faits de vol aggravé pour lesquels il a été placé en garde-à-vue le 14 juin 2022, que la préfète du Bas-Rhin a pu à bon droit estimer, eu égard à la menace pour l'ordre public que présentait M. B, qu'il y avait urgence à l'éloigner du territoire français sans délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans :

7. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". L'article L. 251-6 du même code dispose que les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 251-1, aux termes desquelles : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ", sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français.

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 4 qu'eu égard à la situation de M. B, qui ne saurait sérieusement se prévaloir de la circonstance que la décision attaquée le priverait de l'emploi qu'il occupe en France, la préfète du Bas-Rhin a pu sans méconnaître les dispositions précitées ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de circulation d'une durée de deux ans.

9. En dernier lieu, le requérant, qui est convoqué devant le tribunal correctionnel en octobre 2023 pour des faits de vol aggravé, n'établit ni même n'allègue qu'il serait dans l'incapacité de se faire représenter par un avocat dans le cadre de cette procédure. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, par sa durée, le prive de faire valoir ses droits à la défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant assignation à résidence :

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 8 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 14 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La magistrate désignée,

L. A

Le greffier,

C. Bohn La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203911

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