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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203938

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203938

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantOLSZAKOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2022, M. C B, représenté par Me Olszakowski demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités allemandes ;

3°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence.

Il soutient que :

- la décision de transfert est entachée d'erreur de fait, dès lors que la préfète s'est fondée sur des faits non établis pour refuser de prendre en compte la présence de sa concubine en France ;

- la décision portant assignation à résidence sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'étaient ni présentes, ni représentées.

Le rapport de Mme Bonnet, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, est entré irrégulièrement en France et a sollicité son admission au séjour pour lui permettre de déposer une demande d'asile et s'est vu remettre une attestation de demande d'asile en procédure Dublin le 17 mai 2022. La consultation du fichier Eurodac a révélé que l'intéressé avait préalablement sollicité l'asile auprès des autorités allemandes. La préfète du Bas-Rhin a saisi les autorités allemandes le 20 mai 2022 d'une demande de prise en charge de l'intéressé sur le fondement des dispositions de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou apatride. Le 24 mai 2022, les autorités allemandes ont explicitement donné leur accord. Par deux arrêtés du 8 juin 2022, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a décidé de son transfert aux autorités allemandes et l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3.

En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de transfert :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé pour des faits de violence aggravées à l'encontre de son ex-concubine le 1er décembre 2021. Le requérant soutient que la préfète du Bas-Rhin ne saurait se fonder sur ces faits pour refuser de tenir compte de sa situation de couple au motif qu'il n'a pas fait l'objet de poursuites judiciaires. Toutefois, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la relation avec une ressortissante française dont M. B se prévaut, qui a commencé en mai 2021, est très récente et a pris fin à la suite des faits reprochés à l'intéressé. En outre, le requérant a lui-même déclaré, lors de l'entretien individuel effectué à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile le 17 mai 2022, qu'il était célibataire. Au demeurant, M. B n'apporte aucun élément de nature à établir que cette relation aurait repris et qu'il aurait fondé en France une vie de couple ancienne, stable et durable avec une ressortissante française, telle que la décision attaquée aurait porté à sa vie privée une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dans ces conditions, et à supposer même que la matérialité des faits reprochés à l'intéressé ne serait pas établie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de transfert serait entachée d'illégalité.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'assignation à résidence :

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de transfert, ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 8 juin 2022.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Olszakowski et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La magistrate désignée,

L. A

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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