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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203953

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203953

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLUISIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la société Orange SA du 19 avril 2022, en tant qu'elle refuse de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts et soins postérieurs au 29 juillet 2021 correspondant à la date de consolidation des lésions de l'accident de service dont il a été victime le 6 juin 2018 ;

2°) d'annuler la décision révélée dans le courrier de notification de la décision précitée du 19 avril 2022, par laquelle la société Orange SA a retenu un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) de 4% pour les séquelles du genou gauche ;

3°) d'annuler la décision révélée dans le courrier de notification de la décision précitée du 19 avril 2022, par laquelle la société Orange SA a implicitement refusé de retenir l'existence d'une incapacité permanente partielle pour les séquelles de la cheville gauche.

Il soutient que :

- les douleurs qu'il continue de ressentir au niveau du genou gauche et de la cheville gauche nécessitent des soins réguliers et permanents ;

- les soins réalisés après le 29 juillet 2021 sont directement imputables à l'accident de service ;

- les douleurs et gênes persistantes de la cheville gauche établissent l'existence d'une incapacité permanente partielle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, la société Orange SA conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vicard,

- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, fonctionnaire de la société Orange SA, a été victime d'un accident de service le 6 juin 2018. Par une décision du 19 avril 2022, la société Orange SA, faisant sien l'avis de la commission de réforme du 14 avril 2022, a fixé la date de consolidation des lésions de l'accident au 29 juillet 2021 et dit que les arrêts et soins postérieurs à cette date, non imputables à l'accident de service, ne seront pas pris en charge. Dans le courrier de notification de cette décision, la société Orange SA a en outre précisé au requérant qu'eu égard au taux d'incapacité permanente partielle de 4 % retenu pour les séquelles de son genou gauche, il ne pourrait prétendre au bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 19 avril 2022 en tant qu'elle refuse de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts et soins postérieurs à la date de consolidation et d'annuler les décisions par lesquelles la société Orange SA a retenu un taux d'IPP de 4% pour les séquelles du genou gauche et implicitement refusé de retenir un taux d'IPP pour les séquelles de sa cheville gauche.

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de la poste et à France Télécom : " Les personnels de La Poste et de France Télécom sont régis par des statuts particuliers, pris en application de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État () ".

3. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie () Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".

4. Le droit pour les fonctionnaires au remboursement des honoraires médicaux et des frais visés par ces dispositions est subordonné au caractère d'utilité directe de ces frais pour parer aux conséquences de l'accident. Lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice de la prise en charge des arrêts de travail est subordonné, dans ce cas, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais plus généralement à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain, mais non nécessairement exclusif, avec l'accident de service.

5. Il ressort des pièces du dossier, à savoir des comptes rendus d'imagerie par résonance magnétique de la cheville gauche et du genou gauche réalisés en février 2022, de l'avis thérapeutique et du compte-rendu d'échographie respectivement établis les 26 juillet et 21 septembre 2022 par un médecin rhumatologue, que M. A présente des douleurs persistantes du genou gauche et de la cheville gauche en lien avec l'accident de service du 6 juin 2018, pour lesquelles il a continué de recevoir des soins après la date de consolidation fixée au 29 juillet 2021. Ces documents médicaux, précis et circonstanciés, émanant de professionnels de santé spécialisés, permettent d'une part d'établir l'existence d'un lien direct et certain entre ces soins et les lésions du genou et de la cheville gauche résultant de l'accident de service survenu le 6 juin 2018, d'autre part de remettre sérieusement en cause l'absence de séquelles affectant la cheville gauche. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la société Orange SA a commis une erreur d'appréciation en estimant que les arrêts et soins postérieurs au 29 juillet 2021 n'étaient pas imputables au service d'une part, en ne retenant aucune incapacité permanente partielle résultant des lésions de la cheville gauche d'autre part.

6. En revanche, aucun des éléments médicaux produits ne vient sérieusement remettre en cause la fixation du taux d'incapacité permanente partielle du genou gauche à 4 %, dont 2 % d'état antérieur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du taux d'incapacité permanente partielle du genou gauche, doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la décision de la société Orange SA du 19 avril 2022 doit être seulement annulée, en tant qu'elle a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts et soins prescrits à M. A après le 29 juillet 2021, et qu'elle n'a retenu aucune incapacité permanente partielle pour les lésions de la cheville gauche.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la société Orange SA en date du 19 avril 2022 est annulée, en tant qu'elle a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts et soins prescrits à M. A après le 29 juillet 2021 ni retenu aucune incapacité permanente partielle pour les lésions de la cheville gauche.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et la société Orange SA.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

C. VICARD

La présidente,

A. DULMET

La greffière,

C. LAMOOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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