mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2204080 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | FAVREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juin 2022, M. B A, représenté par Me Favrel, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née du silence gardé sur sa demande du 5 août 2019 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois avec autorisation de travail, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer pendant l'instruction de son dossier, sans délai, une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois avec autorisation de travail sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige limite sa situation professionnelle et que les récépissés d'une durée de trois mois qui lui sont délivrés ne lui permettent pas de se rendre sur tous les sites de chantiers chimiques et nucléaires de son employeur et ne lui permettent pas non plus de passer son permis de conduire ou d'accéder à certaines formations ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
- alors qu'il a déposé sa demande de titre de séjour le 5 août 2019 et que depuis son dernier courrier du 28 décembre 2020 le préfet n'a pas sollicité de nouveau document, son dossier doit être regardé comme complet, aussi le silence gardé sur sa demande durant le délai de quatre mois fixé à l'article R. 311-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a fait naître une décision implicite de rejet ;
- la décision n'est pas motivée, la préfecture n'ayant pas répondu à sa demande de communication de motifs ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la condition d'urgence n'est pas remplie alors que le requérant s'est vu remettre un récépissé de demande de carte de séjour régulièrement renouvelé qui l'autorise à séjourner et à travailler régulièrement en France ;
- à titre subsidiaire, la requête est irrecevable dès lors que sa demande de titre de séjour n'a pas été rejetée mais est toujours en cours de traitement.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 23 juin 2022 sous le numéro 2204050 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 4 juillet 2022, en présence de Mme Tho, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Bonifacj, juge des référés ;
- les observations de Me Favrel, avocate de M. A.
Le préfet de la Moselle n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la fin de non-recevoir :
1. M. A, ressortissant malien né le 2 juillet 2001, est entré en France au mois d'octobre 2017 et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Devenu majeur, il a sollicité son admission au séjour le 5 août 2019 et a été mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour. Alors que, par un courrier du 28 décembre 2020, la préfecture a informé le requérant que son dossier n'était pas complet, il n'est contesté que ce dernier a produit les documents qui lui avait été demandés dans le délai qui lui avait été imparti. Si depuis le dépôt de son dossier le requérant bénéficie de récépissés de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, d'une durée de trois mois régulièrement renouvelés, en dernier lieu le 20 mai 2022, aucune réponse expresse n'a été donné à sa demande d'admission au séjour. M. A estimant se heurter à une décision implicite de refus de délivrance de titre de séjour, en a sollicité la communication des motifs le 14 avril 2022, en vain. Par la présente requête, il demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision implicite rejetant sa demande de titre de séjour, et d'enjoindre à l'administration de lui délivrer le titre sollicité.
2. Si le préfet de la Moselle fait valoir que le dossier du requérant est toujours en cours d'instruction, il n'établit ni même n'allègue que le délai de près de trois ans pris pour l'examen de sa demande serait justifié. Il n'est pas davantage établi que depuis le mois de décembre 2020, le dossier du requérant serait incomplet. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que sa demande doit être regardée comme ayant fait l'objet d'un rejet implicite qu'il est recevable à déférer au juge de l'excès de pouvoir. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions tendant à la suspension de la décision attaquée :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en résulte qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui ainsi qu'il a été rappelé au point 1 sollicite depuis près de trois ans la délivrance d'un titre de séjour est placé depuis lors sous récépissés successifs. En plaçant ainsi l'intéressé durablement sous autorisation provisoire de séjour, sans jamais statuer expressément sur sa demande de titre de séjour, les services de la préfecture maintiennent M. A dans un état de précarité administrative permanent qui, notamment dans sa vie professionnelle, préjudicie de façon grave et immédiate à la situation de ce dernier, lequel justifie dans ces conditions d'une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
6. Aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code, dans sa version alors en vigueur : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. ".
7. Dans les circonstances de l'espèce, et alors que les récépissés successifs délivrés à l'intéressé ne font pas obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet, le préfet de la Moselle doit être regardé, ainsi qu'il a été dit au point 2 comme ayant implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. A. Il n'est pas contesté que par un courrier du 14 avril 2021, reçu en préfecture le 16 avril 2021, M. A a sollicité la communication des motifs de ce rejet implicite. Il n'a été répondu à cette demande de communication ni dans le délai d'un mois imparti par les dispositions rappelées au point 6, ni même ensuite. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un vice de forme résultant de l'absence de motivation de la décision implicite contestée est de nature à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
10. Les dispositions du code de justice administrative rappelées au point précédent font obstacle à ce que le juge des référés enjoigne au préfet de délivrer au requérant un titre de séjour. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Moselle de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant le temps de ce réexamen, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de réexaminer la situation administrative de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant le temps de ce réexamen.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Metz.
Fait à Strasbourg, le 13 juillet 2022.
La juge des référés,
J. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026