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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204106

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204106

mardi 29 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 juin et 19 octobre 2022, Mme E B épouse D, représentée par Me Blanvillain, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2022 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme D soutient que :

- la compétence du signataire de la décision contestée n'est pas établie ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise sans que le préfet l'a préalablement invitée à formuler ses observations, comme exigé par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Moselle fait valoir que les moyens invoqués par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bouzar a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante kosovare née en 1987, a déclaré être entrée en France le 6 décembre 2016. Après avoir vu sa demande d'asile rejetée, elle a sollicité, par courriers des 28 juillet 2018, 23 août 2019 et 14 décembre 2020 un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 313-14 et L. 313-11-7° alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 février 2021, le préfet de la Moselle a refusé de faire droit à sa demande. Par une ordonnance du 28 septembre 2021, la présidente de la 5e chambre du tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions d'annulation de Mme D dirigées contre cet arrêté au motif que par un arrêté postérieur, du 19 juillet 2021, le préfet de la Moselle avait retiré son arrêté du 22 février 2021. Par un courrier du 21 octobre 2021, Mme D a sollicité à nouveau un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 26 avril 2022, le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Mme D demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision du 26 avril 2022.

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 décembre 2021, régulièrement publié le 8 décembre 2021, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les actes administratifs se rapportant aux matières relevant de cette direction, à l'exclusion de certaines catégories d'actes auxquelles n'appartient pas la décision en litige, et à Mme F C, adjointe à la cheffe du bureau de l'admission au séjour, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A. Il n'est ni établi ni même allégué que Mme A n'a pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, la décision contestée comporte de manière suffisante les considérations de droit et de fait qui la fondent. Le préfet n'était pas tenu, sous peine de motiver insuffisamment sa décision, de rappeler les premières demandes par lesquelles Mme D a cherché à régulariser sa situation, tel que rappelé au point 1, ou la circonstance qu'elle suit des cours de langue française. Ce moyen, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il résulte de ces dispositions que les décisions prises en considération de la personne sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable, à l'exception toutefois du cas où il est statué sur une demande. En l'espèce, la décision du 26 avril 2022 a été prise par le préfet de la Moselle statuant sur la demande de titre de séjour formulée par Mme D. Par conséquent, cette dernière ne peut utilement invoquer les dispositions précitées. Ce moyen, inopérant, doit par suite être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui déclare être entrée en France en 2016, a épousé le 25 mars 2017 à Yutz M. B, compatriote titulaire d'une carte de résident valide jusqu'en 2023, et que deux enfants sont nés de cette union en 2017 et en 2020 à Thionville. Il ressort cependant des pièces du dossier que Mme D ne peut faire la preuve d'aucune intégration particulière dans la société française, l'intéressée ne justifiant pas même ses allégations selon lesquelles elle suivrait des cours de langue française. De plus, ainsi que le fait valoir le préfet de la Moselle, l'époux de Mme D peut solliciter au profit de cette dernière le bénéfice du regroupement familial. Eu égard à l'ensemble de ces éléments et en l'absence de circonstances particulières, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Moselle a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise, et méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. La décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme D de ses enfants. Le moyen doit par suite être écarté.

9. En sixième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, Mme D ne peut justifier d'aucune considération humanitaire ou de motifs exceptionnels, dont il résulterait qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Moselle aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

10. En septième lieu, en rappelant dans sa décision qu'en vertu du 4° de l'article R. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger qui fait venir son conjoint ou ses enfants en dehors de la procédure de regroupement familial peut se voir retirer son titre de séjour, le préfet de la Moselle a simplement informé l'intéressée que son époux était invité à solliciter, à son bénéfice, le regroupement familial auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ainsi, cette simple information ne constitue pas un motif fondant la décision de refus de séjour contestée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté comme inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par Mme D contre la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B épouse D, à Me Blanvillain et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2023.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

La greffière,

O. WAGNER

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2204106

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