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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204107

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204107

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (3)
Avocat requérantROUSSEL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 25 juin 2022, sous le n° 2204107, M. E F, représenté par Me Roussel demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a enjoint de procéder à la remise de son passeport et l'a obligé à se présenter une fois par semaine aux services de police et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de délivrer une autorisation provisoire de séjour.

M. F soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Sur les conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement :

- dès lors que les craintes dont il se prévaut présentent un caractère sérieux et que sa mère présente des problèmes de santé, la mesure d'éloignement prise à son encontre doit être suspendue.

II. Par une requête enregistrée le 25 juin 2022, sous le n° 2204108, Mme A D veuve F, représentée par Me Roussel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a enjoint de procéder à la remise de son passeport et l'a obligée à se présenter une fois par semaine aux services de police et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Mme D soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet s'est cru lié par l'appréciation portée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides sur sa situation ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Sur les conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement :

- dès lors que les craintes dont elle se prévaut présentent un caractère sérieux et qu'elle présente des problèmes de santé, la mesure d'éloignement prise à son encontre doit être suspendue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet des requêtes.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F et Mme D veuve F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. B C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F et Mme D, veuve F, ressortissants géorgiens sont entrés en France le 20 septembre 2021, selon leurs déclarations. Ils ont présenté une demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 mars 2022. Par un arrêté du 7 juin 2022, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet du Haut-Rhin les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, leur a enjoint de procéder à la remise de leur passeport et les a obligés à se présenter une fois par semaine aux services de police et leur a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Les requêtes 2204107 et 2204108 ayant fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient les requérants, les décisions attaquées qui comportent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des obligations de quitter le territoire en litige ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre des obligations de quitter le territoire prises à leur encontre.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

5. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

6. Les requérants n'apportent pas d'éléments probants de nature à établir qu'ils courraient personnellement des risques en cas de retour dans leur pays d'origine alors qu'au demeurant, leur demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont remplacé l'article L. 513-2 invoqué dans la requêté, ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

8. En premier lieu, les décisions attaquées qui comportent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions en litige ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, il est constant que les requérants, à la date des décisions attaquées ne séjournaient en France que depuis quelques mois. Leur séjour en France présentait donc un caractère très récent. En outre, ils n'établissent, ni même n'allèguent, avoir des attaches privées ou familiales en France. La requérante ne justifie par ailleurs pas de ses problèmes de santé. Dès lors, et alors même que les requérants n'ont pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'ils ne représentent pas une menace à l'ordre public, le préfet du Haut-Rhin a pu, sans entacher ses décisions d'une erreur d'appréciation, prononcer à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Dans les circonstances de l'espèce susrappelées, les requérants n'établissent pas davantage que les décisions en litige seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension des mesures d'éloignement en litige :

10. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".

11. Si les requérants sollicitent la suspension des mesures d'éloignement prises à leur encontre jusqu'à l'issue de la procédure devant la Cour nationale du droit d'asile, ils ne produisent aucun élément nouveau ou suffisamment sérieux justifiant leur maintien sur le territoire français jusqu'à ce que la cour se soit prononcée. Par suite, les conclusions susmentionnées aux fins de suspension de l'exécution des mesures d'éloignement attaquées doivent être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. F et Mme D veuve F sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à Mme A D veuve F et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

C. CLe greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

Nos 2204107, 2204108

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