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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204143

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204143

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e chambre
Avocat requérantCHEBBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 juin 2022 et le 16 janvier 2024, M. D, représenté par Me Chebbale, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui octroyer sans délai le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à partir du 3 février 2022 jusqu'au 30 septembre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un défaut d'entretien personnel et d'évaluation de sa vulnérabilité ;

- est entachée d'un défaut de motivation et de prise en compte de sa vulnérabilité ;

- est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- est non conforme à la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 janvier 2024 et le 19 janvier 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir à titre principal que les conclusions de M. C sont irrecevables dès lors qu'elles sont dépourvues d'objet, à titre subsidiaire que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 février 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sibileau, président,

- et les observations de Me Berry, substituant Me Chebbale, avocate de M. C.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant afghan né le 2 février 1995, est entré en France le 5 mars 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté le 19 juin 2019 sa demande d'admission au statut de réfugié. Le 23 novembre 2021, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé la décision de l'OFPRA. Le 3 février 2022, M. C a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Strasbourg a refusé de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil au motif qu'il sollicitait une demande de réexamen de sa demande d'asile. M. C a déposé un recours administratif préalable obligatoire contestant cette décision le 25 mars 2022. Dans le silence de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, une décision implicite de rejet s'est formée le 25 mai 2022, dont M. C demande l'annulation.

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Le requérant ne peut ainsi invoquer utilement des moyens tirés des vices propres de la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par un courriel du 25 mars 2022, M. C a saisi le directeur général de l'OFII d'un recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 3 février 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, la décision implicite rejetant ce recours s'est nécessairement substituée à la décision initiale du 3 février 2022. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette dernière décision doit être écarté comme étant inopérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait adressé au directeur général de l'OFII une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et du compte-rendu d'entretien signé par l'intéressé que l'OFII a procédé à un réexamen de sa vulnérabilité en langue pachto le 3 février 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut d'entretien personnel et d'évaluation de la vulnérabilité ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, le requérant fait valoir que le directeur général de l'OFII n'a pas tenu compte de sa situation de vulnérabilité. Toutefois, en se bornant à faire valoir qu'il est isolé sur le territoire français, qu'il est dénué de toutes ressources et éprouve des difficultés pour se nourrir et subvenir à ses besoins les plus élémentaires, M. C ne produit pas à l'instance d'éléments suffisants pour établir la situation de particulière précarité dont il se prévaut. Dès lors, son moyen ne peut qu'être écarté. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision est entachée d'erreur de droit en ce que le directeur de l'OFII s'est cru, à tort, en situation de compétence liée, et que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

9. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ".

10. Il ne ressort ni des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'aucune autre disposition que les décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil feraient en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 susvisée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si le requérant soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations précitées dès lors qu'elle le place dans une situation de " dénuement matériel extrême ", il ne produit pas à l'instance d'éléments suffisants susceptibles d'établir qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants au sens de ces stipulations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'OFII, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Chebbale et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sibileau, président de chambre,

- Mme Fuchs Uhl, conseillère,

- M. B, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 décembre 2024.

Le président,

J.-B. SIBILEAUL'assesseure la plus ancienne,

S. FUCHS UHL

La greffière,

S. BILGER-MARTINEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. BILGER-MARTINEZ

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