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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204197

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204197

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2022, M. A, représenté par

Me C, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 31 mai 2022 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- les décisions sont entachées de défaut de motivation ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022 :

- le rapport de Mme Merri, première conseillère ;

- et les observations de Me C, avocate de M. A, présent à l'audience.

-

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 1er janvier 1963, titulaire d'un titre de séjour italien, est régulièrement entré en France en 2019 en compagnie de son épouse et de leurs deux premiers enfants. Un troisième enfant est né le 11 avril 2021. Le 19 janvier 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par des décisions du 31 mai 2022, la préfète du

Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté, qui ne sont pas stéréotypés, que celui-ci mentionne l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et notamment la référence aux conditions d'entrée et de séjour du requérant, sa situation familiale et professionnelle. Par suite, et dès lors que la préfète du

Bas-Rhin n'est pas tenue de faire état de l'ensemble des circonstances propres à la situation du requérant, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. M. A soutient qu'il vit sans discontinuité en France depuis mai 2019 avec son épouse, que ses enfants sont scolarisés, que son frère, de nationalité française, réside en France, qu'il occupe un emploi et dispose d'un logement pour sa famille. Toutefois, la seule présence de son frère en France ne saurait suffire à caractériser des liens suffisamment anciens, intenses et stables sur le territoire national, alors que le requérant ne se prévaut d'aucune autre attache privée ou familiale en France, qu'il n'allègue même pas qu'il serait dépourvu de toute attache privée ou familiale dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 56 ans, ni qu'il serait dans l'impossibilité d'y reconstituer sa cellule familiale, qui s'est formée dans ce pays. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. En l'absence de toute circonstance mettant le requérant dans l'impossibilité d'emmener avec lui ses enfants mineurs, dont il n'est pas établi que la scolarité ne pourrait se poursuivre dans leur pays d'origine ou tout autre pays dans lequel ils seraient admissibles, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin a méconnu les stipulations précitées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de

M. A, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi

du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C et à la préfète du Bas-Rhin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 19 octobre 2022.

La rapporteure,

D. MERRI

Le président,

P. REES

La greffière

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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