jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2204254 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SONNENMOSER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 1er juillet 2022 et 24 avril 2023, M. A B et Mme C B, représentés par la Selarl-Dôme Avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 20 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Duttlenheim a approuvé le plan local d'urbanisme ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Duttlenheim le versement d'une somme de
2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- les dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ont été méconnues ;
- le rapport de présentation méconnaît les dispositions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme ;
- la délibération attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme ;
- la création de l'emplacement réservé n°5 méconnaît les dispositions de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, la commune de Duttlenheim, représentée par Me Sonnenmoser, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Verdin, avocat de M. et Mme B,
- les observations de Me Sonnenmoser, avocat de la commune de Duttlenheim.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 20 mai 2015, le conseil municipal de la commune de Duttlenheim a prescrit la révision de son plan d'occupation des sols et sa transformation en plan local d'urbanisme. Par une délibération du 20 décembre 2021, le conseil municipal de Duttlenheim a approuvé le plan local d'urbanisme. M. et Mme B ont, par courrier du 14 février 2022, formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté qui a été implicitement rejeté par la commune de Duttlenheim. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler la délibération du 20 décembre 2021.
Sur la légalité de la délibération du 20 décembre 2021 :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3 ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 20 mai 2015, le conseil municipal de la commune de Duttlenheim a prescrit la révision du plan d'occupation des sols afin que celui-ci soit transformé en plan local d'urbanisme. S'il n'est pas contesté que le plan d'occupation des sols est devenu caduc avant que n'ait été adopté le plan local d'urbanisme et que le conseil municipal a, en conséquence et par délibération du 15 octobre 2018, décidé du passage au contenu modernisé du plan local d'urbanisme, il ne résulte ni des dispositions précitées
de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire que le conseil municipal aurait été tenu de prendre une nouvelle délibération prescrivant l'élaboration de son plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance pour ce motif des dispositions précitées de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services./ Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'approbation du plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. Il établit un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation détaille, en sa partie C, la consommation foncière ainsi que les capacités de densification et de mutation sur le territoire de la commune de Duttlenheim. Au-delà de l'inventaire de la consommation foncière sur le territoire communal jusqu'en 2018, cette partie permet, grâce à une orthographie des évolutions de l'enveloppe urbaine, d'apprécier quelles seront les caractéristiques de cette dernière en 2020 et procède, par le biais de cartes détaillant notamment les dents creuses et le bâti disponible à moyen et long terme, à une analyse du potentiel foncier effectivement mobilisable dans les quinze années à venir. Contrairement à ce qui est soutenu, la combinaison de ces cartes et des estimations chiffrées quant au nombre de logements susceptibles d'être créés à moyen et long terme permettent d'apprécier avec suffisamment de pertinence l'évolution de la consommation non seulement jusqu'en 2018 mais également au-delà de cette année. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation comporte une partie E, portant sur la prise en compte de l'environnement et détaillant l'ensemble des zones ouvertes à l'urbanisation sur le territoire communal, dont celle ayant vocation à accueillir l'aire de service du grand contournement Ouest de Strasbourg. Dans ces circonstances, et faute pour les requérants d'établir que les données à leur disposition n'ont pas mis à même les auteurs du plan local d'urbanisme d'arrêter leur parti d'aménagement en toute connaissance de cause, aucune insuffisance du rapport de présentation ne peut être relevée à cet égard. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durables fixe un objectif de limitation de la consommation foncière et de l'étalement urbain, qui passe notamment par la mobilisation des dents creuses et la réduction du développement résidentiel de la commune hors de son enveloppe bâtie. Alors que le rapport de présentation procède à une estimation chiffrée du nombre de logements à créer et fait état de ce que les besoins en extension urbains seront d'un hectare maximum, caractérisant d'ailleurs un objectif clair et précis de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain, la circonstance que le projet d'aménagement et de développement durables, document de portée générale qui doit être lu à la lumière des éléments figurant dans ce rapport de présentation, ne comporte en lui-même aucun objectif chiffré de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain n'a pas été de nature à traduire une insuffisance de son contenu au regard des dispositions précitées de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dernières doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme que : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; / 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques ; / 4° Dans les zones urbaines et à urbaniser, des emplacements réservés en vue de la réalisation, dans le respect des objectifs de mixité sociale, de programmes de logements qu'il définit () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 151-34 de ce code : " Dans les zones U, AU, A et N les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : () 4° Les emplacements réservés aux équipements et installations d'intérêt général en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires ". L'article R. 151-48 du même code ajoute que : " Dans les zones U, AU, A et N, le ou les documents graphiques du règlement font, en outre, apparaître, s'il y a lieu : () 2° Les emplacements réservés aux voies publiques délimités en application du 1° de l'article L. 151-41, en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires () ".
9. Il résulte de ces dispositions que l'intention d'une commune de réaliser un aménagement sur une parcelle suffit à justifier légalement son classement en tant qu'emplacement réservé, compte-tenu du parti d'urbanisme retenu sans qu'il soit besoin pour elle de faire état d'un projet précisément défini. L'appréciation portée sur ce point par l'autorité compétente ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir, à qui il n'appartient pas d'apprécier l'opportunité de la localisation en cause par rapport à d'autres localisations possibles, que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. D'une part, contrairement à ce qui soutenu et dès lors que ni l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme, ni aucune autre disposition de ce code n'impose que les documents d'urbanisme justifient de manière détaillée les motifs ayant conduit à retenir un emplacement réservé ou les propriétés de ce dernier, les éléments figurant dans le rapport de présentation ainsi que sur le règlement graphique du plan local d'urbanisme permettent d'identifier sans ambiguïté l'objectif poursuivi par la création de l'emplacement réservé n° 5 ainsi que les caractéristiques de ce dernier. D'autre part, alors qu'il ressort du projet d'aménagement et de développement durables que les auteurs du plan local d'urbanisme ont pour objectif de favoriser le développement des liaisons douces inter-quartiers, il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies versées à l'instance, que la rue des Vergers présente un rétrécissement de la chaussée au droit de l'emplacement réservé n° 5. Les éléments avancés par les requérants, qui s'appuient notamment sur l'avis défavorable rendu par le commissaire enquêteur, ne permettent pas de sérieusement remettre en cause le constat de la commune et tiré de ce que le rétrécissement de la chaussée nuit à une cohabitation harmonieuse entre les différents usagers de la voie publique, les piétons ne bénéficiant notamment d'aucun emplacement sécurisé en raison de l'absence de trottoir au niveau de la partie en litige de la rue des Vergers. Quant à la circonstance que le secteur fasse l'objet d'un emplacement réservé depuis 1983, elle ne peut suffire à remettre en cause l'intention de la commune de réaliser le projet envisagé, dès lors notamment qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune aurait d'ores et déjà eu l'opportunité de le réaliser mais ne l'aurait pas saisie ou qu'elle ait de facto renoncé de façon claire à poursuivre le projet d'élargissement de la voie en cause. Enfin, la circonstance que l'objectif de sécurisation recherché pourrait être poursuivi par la simple mise en place d'une voie partagée, forçant les véhicules à ralentir, et sans identification d'un trottoir dédié aux piétons, n'est pas en elle-même de nature à entacher d'illégalité l'institution de l'emplacement réservé en litige. Par suite, les requérants ne sont fondés à soutenir ni que la décision méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de M. et Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Duttlenheim qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais liés au litige.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme B, sur le fondement de ces mêmes dispositions, le versement à la commune de Duttlenheim d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : M. et Mme B verseront à la commune de Duttlenheim une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B et à la commune de Duttlenheim.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
La rapporteure,
A.-L. EYMARON
Le président,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026