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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204256

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204256

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, M. B A, représenté par Me Grün, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Grün en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- les médecins du collège n'ont pas été régulièrement désignés ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il souffre de nombreuses pathologies qui ne sont pas traitées dans son pays d'origine et qu'il n'a pas les moyens financiers d'accéder à des soins ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

- elle n'est pas motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui accordant " un délai de 30 jours " pour quitter le territoire alors que les circonstances de l'espèce devaient le conduire à lui accorder un délai supplémentaire ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Moselle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2022.

Par une ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né en 1982 à Bruçaj Skoder (Albanie), est entré en France selon ses déclarations le 14 septembre 2013 et a vu sa demande d'asile rejetée en 2014. Il s'est vu délivrer, en raison de son état de santé, des autorisations provisoires de séjour et des cartes de séjour temporaire entre le 16 avril 2015 et le 7 avril 2020, la dernière carte lui ayant été délivrée en 2021, d'une durée de validité expirant le 4 décembre 2021. Il a sollicité, le 15 novembre 2021, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 20 avril 2022, le préfet de la Moselle a refusé de renouveler son titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté du 20 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 31 décembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 4 janvier 2021, donné délégation à M. Olivier Delcayrou, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tout arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. D, signataire de la décision contestée, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait, non stéréotypées, qui la fondent, et est ainsi suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". Il ressort des pièces du dossier que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de trois médecins qui a émis l'avis du 24 février 2022 au vu duquel le préfet a pris sa décision. Il ressort également des pièces du dossier que ces trois médecins ont été régulièrement désignés par une décision du 7 juin 2021 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure suivie doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de la Moselle a procédé à un examen de la situation personnelle de l'intéressé alors que ce dernier, par ailleurs, ne fait état d'aucun élément dont le préfet n'aurait pas tenu compte.

6. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII pour décider de refuser de renouveler le titre de séjour de M. A.

7. En sixième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

9. Il ressort de l'arrêté contesté que le préfet de la Moselle a refusé de renouveler le titre de séjour M. A au motif que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. A se borne à alléguer, sans produire le moindre élément en ce sens, que la pathologie dont il souffre ne peut être traitée dans son pays d'origine et qu'il n'a pas les moyens financiers d'accéder à des soins. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que, en refusant pour le motif évoqué de lui délivrer un titre de séjour pour soins, le préfet de la Moselle a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

10. En septième lieu, M. A n'apporte aucun élément sur l'intensité et la réalité alléguées de ses attaches privées et familiales en France. Il n'est pas fondé, par suite, à soutenir que le préfet de la Moselle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en tout état de cause celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. En dernier lieu, pour les motifs exposés aux points 9 et 10, et en l'absence de tout autre élément, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte des motifs exposés au point 3 que le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée manque en fait.

13. En deuxième lieu, le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 31 décembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 4 janvier 2021, donné délégation à M. Olivier Delcayrou, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tout arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. D, signataire de la décision contestée, manque en fait et doit être écarté.

14. En troisième lieu, il résulte des motifs exposés aux points 2 à 11 que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui entacherait, selon l'intéressé, la décision de refus de séjour.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Il résulte de ce qui a été exposé au point 9 qu'il n'est pas établi que M. A ne pourra pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Albanie. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, en se prévalant des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En cinquième lieu, si M. A soutient qu'il vit en France avec l'ensemble de sa famille et qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine, il ne produit aucun document à l'appui de ses allégations. Il n'est pas fondé, par suite, à soutenir que le préfet de la Moselle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles en tout état de cause de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

17. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en adoptant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Moselle a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

18. Contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de la Moselle ne lui a pas accordé un délai de départ volontaire de 30 jours mais a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne mentionne pas les motifs pour lesquels un délai supérieur à 30 jours ne lui a pas été accordé et le moyen tiré de ce qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle ne lui accorde pas un délai supérieur à 30 jours doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, cette décision, qui comporte les considérations de droit et fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

20. En second lieu, si M. A soutient qu'il s'expose à des risques de persécutions en cas de retour en Albanie, pays qu'il a dû fuir, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

21. En premier lieu, le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 31 décembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 4 janvier 2021, donné délégation à M. Olivier Delcayrou, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tout arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. D, signataire de la décision contestée, manque en fait et doit être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". La décision, qui rappelle les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne notamment que l'interdiction de retour de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, ce dernier, célibataire et sans enfants, n'ayant pas attesté avoir établi sa vie privée et familiale en France. Ainsi, cette décision est suffisamment motivée.

23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / ()". Contrairement à ce qui est soutenu, il ressort de l'arrêté contesté que le préfet a tenu compte, pour adopter la décision contestée, de la durée de présence de M. A en France, de la nature de ses liens avec la France et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir, en tout état de cause, que le préfet ne s'est pas prononcé sur chacun des critères d'appréciation énumérés à l'article L. 612-10 précité et a commis, ce faisant, une erreur de droit.

24. En quatrième lieu, pour les motifs déjà exposés aux points 10 et 16, faute de produire tout élément sur sa vie privée et familiale en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

No 2204256

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