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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204410

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204410

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, M. A B, détenu au centre pénitentiaire de Lutterbach (68640), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022, notifié le 5 juillet 2022, par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Brodier, magistrate désignée,

- les observations de Me Schweitzer, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, souligne que l'intéressé a sa vie privée et familiale en France, qu'il est marié à une ressortissante française depuis le 23 mars 2019, qu'ils vivaient ensemble avant son incarcération, qu'elle ne lui a pas rendu visite depuis qu'il est en détention provisoire dès lors qu'elle est sous contrôle judiciaire et a interdiction de rentrer en contact avec lui dans le cadre de l'enquête ;

- les observations de M. B, assisté de Mme D, interprète assermentée en langue arabe, qui indique qu'il connaît sa femme depuis quatre ans, qu'ils sont mariés depuis trois ans, qu'ils correspondent par courrier depuis qu'il est détenu, toutes les deux à trois semaines, qu'elle lui envoie des photos d'elle et de ses enfants.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui indique être entré en France en 2011 ou en 2013, s'est maintenu sur le territoire français en situation irrégulière et en dépit de plusieurs mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 12 février 2016, 9 avril 2017 et 24 novembre 2018. S'il a épousé une ressortissante française le 23 mars 2019, le titre de séjour " conjoint de Français " lui a été refusé par une décision du préfet du Haut-Rhin en date du 29 avril 2021, assortie d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il n'a pas contestée et à l'exécution de laquelle il s'est également soustrait. Il a ensuite été incarcéré le 23 juillet 2021 et le requérant ne produit pas de pièces pour justifier de l'intensité de sa relation maritale. Aussi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de son séjour en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

3. Pour justifier l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. B pour une durée de trois ans, le préfet du Haut-Rhin a tenu compte de ce que l'intéressé n'entretenait pas des liens familiaux intenses et stables en France et ne justifiait pas avoir établi le centre de ses intérêts privés en France en dépit de son mariage, de ce qu'il n'était pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, de ce que son comportement représentait une menace à l'ordre public, et de ce qu'il n'avait pas exécuté quatre précédentes mesures d'éloignement. Eu égard aux conditions du séjour de M. B sur le territoire français et au fait qu'il est défavorablement connu des services de justice, qu'il a fait l'objet de deux condamnations en 2016 et en 2019 et qu'il est détenu depuis le 23 juillet 2021 pour des faits de meurtre et de refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police, le requérant, à qui a été refusée la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française et qui ne justifie pas de l'intensité de sa relation maritale, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Haut-Rhin en date du 1er juillet 2022.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La magistrate désignée,

H. C,

première conseillèreLe greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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