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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204420

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204420

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP IOCHUM & GUISO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Guiso, demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme du 24 février 2022 par lequel le maire de la commune de Klang a déclaré son projet non réalisable ainsi que la décision du 4 mai 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Klang de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel positif ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Klang le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort qu'il a été estimé que le projet n'était raccordable ni au réseau d'assainissement ni à celui d'eau potable ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 101-2 8° du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,

- et les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représenétes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 décembre 2021, Mme B a sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel afin de construire une maison individuelle sur les parcelles cadastrées section 8 n°s 66, 67 et 68, situées à Klang. Par une décision du 24 février 2022, le maire de la commune de Klang, agissant au nom de l'Etat, a déclaré l'opération non réalisable. Mme B a, par courrier du 29 mars 2022, formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été rejeté le 4 mai 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions des 24 février 2022 et 4 mai 2022.

Sur la légalité des décisions contestées :

2. Pour refuser de délivrer à Mme B un certificat d'urbanisme positif, le maire s'est fondé sur les motifs tirés de ce que le projet méconnaît les articles L. 111-3, R. 111-5, R. 111 8, R. 111-9 du code de l'urbanisme.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; / 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; / 2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles, lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production et dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées. Ces constructions et installations ne peuvent pas être autorisées dans les zones naturelles, ni porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ; / 3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ; / 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application ".

4. Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans de situation et photographies versés au dossier par la requérante, que les parcelles en litige ouvrent sur un vaste espace naturel et se situent au-delà de la zone urbanisée de la commune de Klang. La circonstance que se trouvent à proximité de ces parcelles quelques constructions éparses ne permet pas de regarder le projet comme étant inclus dans les parties urbanisées de la commune. Par ailleurs, la circonstance que, par des délibérations des 7 février 1995 et 12 décembre 1995, le conseil municipal de la commune de Klang se soit prononcé en faveur d'un droit de constructibilité limitée sur la parcelle cadastrée section 8 n° 66 ne suffit pas à démontrer que le projet en litige, dans sa version actuelle, serait susceptible de faire partie des constructions susceptibles d'être autorisées en dehors des parties urbanisées de la commune en vertu des exceptions énumérées à l'article L. 111-4 précité. Quant à la circonstance que des autorisations d'urbanisme aient été délivrées pour des projets situés à proximité, elle ne suffit pas à remettre en cause l'appréciation portée sur le projet en litige, alors notamment qu'il n'est pas établi que ces autorisations porteraient sur des projets comparables à celui de l'intéressée. Par suite, la requérante n'est fondée à soutenir ni que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 111-3 du même code.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. ".

7. L'autorité compétente et, en cas de recours, le juge administratif doivent s'assurer qu'une ou plusieurs voies d'accès au terrain d'assiette du projet pour lequel un permis de construire est demandé permettent de satisfaire aux exigences posées par les règles d'urbanisme citées ci-dessus. A cette fin, pour apprécier les possibilités d'accès au terrain pour le propriétaire ou les tiers, il incombe à l'autorité compétente et au juge de s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie. Il résulte par ailleurs des dispositions des articles L. 1424-2 à L. 1424-4 du code général des collectivités territoriales que les services publics d'incendie et de secours sont, dans le cadre de leurs missions de protection et de secours, en droit d'intervenir sur tout le territoire de la commune, sans que puisse leur être opposé le caractère privé des voies qu'ils doivent emprunter. Dès lors, pour apprécier les possibilités d'accès de ces services au même terrain d'assiette, il appartient seulement à l'autorité compétente et au juge de s'assurer que les caractéristiques physiques d'une voie d'accès permettent l'intervention de leurs engins, la circonstance que cette voie ne serait pas ouverte à la circulation publique ou grevée d'une servitude de passage étant sans incidence.

8. Il ressort des pièces du dossier que si la rue de la Mairie, servant de voie de desserte au projet en litige, est, dans sa partie longeant le terrain d'assiette du projet, recouverte de simples gravillons, elle dispose néanmoins d'une largeur suffisante ainsi que d'accotements bien délimités et stables. Alors que le projet, qui porte sur la construction d'une maison individuelle, ne se traduira que par un trafic d'ampleur très limitée, il n'est ainsi pas démontré par la commune que les caractéristiques de la voie de desserte ne seraient pas à même de garantir que la circulation s'y effectuera dans des conditions satisfaisantes de sécurité. Dans ces circonstances, et eu égard à ce qui a été rappelé au point précédent quant aux modalités d'intervention des véhicules d'incendie et de secours, c'est à tort que le maire a estimé que le projet en litige méconnaissait les dispositions précitées de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme : " L'alimentation en eau potable et l'assainissement des eaux domestiques usées, la collecte et l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement ainsi que l'évacuation, l'épuration et le rejet des eaux résiduaires industrielles doivent être assurés dans des conditions conformes aux règlements en vigueur ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet n'est pas raccordé au réseau public d'assainissement. Si Mme B indique qu'elle procédera à la mise en place, sur ses parcelles, d'un dispositif d'assainissement non collectif qui aurait reçu l'aval du syndicat intercommunal des eaux de l'Est Thionvillois, les pièces qu'elle produit à l'instance ne permettent pas d'établir que l'installation envisagée serait à même de garantir que l'assainissement se fera dans des conditions conformes aux règlements en vigueur. Au demeurant, la commune n'est pas tenue d'accepter une telle offre de prise en charge de la part du pétitionnaire. Par suite, le maire de la commune de Klang pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme, refuser de délivrer le certificat d'urbanisme sollicité.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-9 du code de l'urbanisme :" Lorsque le projet prévoit des bâtiments à usage d'habitation, ceux-ci doivent être desservis par un réseau de distribution d'eau potable sous pression raccordé aux réseaux publics ". Aux termes de l'article L. 332-15 du même code : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. / Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures () "

12. Aucun élément du dossier ne permet d'établir qu'un renforcement de la capacité du réseau public d'eau potable serait rendu nécessaire par la construction projetée. Il ressort, en outre, des éléments non sérieusement contestés produits par la requérante que le projet en litige nécessite un simple raccordement au réseau d'eau potable, sur une distance de 82 mètres linéaires. Eu égard à la configuration des lieux et à l'ampleur limité des travaux de raccordement, il n'est pas démontré que ceux-ci auraient vocation à permettre la desserte en eau potable d'autres constructions existantes ou futures. Par suite, c'est à tort que le maire de la commune de Klang a estimé que le projet de Mme B méconnaissait les dispositions précitées de l'article R. 111-9 du code de l'urbanisme.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : () 8° La promotion du principe de conception universelle pour une société inclusive vis-à-vis des personnes en situation de handicap ou en perte d'autonomie dans les zones urbaines et rurales. ".

14. Si la requérante se prévaut de la méconnaissance des prescriptions de l'article L. 101-2 8° du code de l'urbanisme, ces dispositions, applicables aux schémas de cohérence territoriale, plans locaux d'urbanisme et cartes communales, ne sauraient être utilement invoquées directement à l'encontre d'un certificat d'urbanisme. En tout état de cause, il n'est pas démontré que le projet serait de nature à méconnaître le principe tendant à inclure les personnes en situation de handicap dans les zones rurales.

15. Si la requérante est ainsi fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles R. 111-5 et R. 111-9 du code de l'urbanisme, il résulte néanmoins de l'instruction que le maire de la commune de Klang aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les motifs tirés de ce que le projet méconnaît les dispositions des articles L. 111-3 et

R. 111-8 du code de l'urbanisme, qui sont de nature à fondre légalement la décision opposée à la requérante.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

17. Le certificat d'urbanisme en litige ayant été délivré par le maire de Klang au nom de l'Etat, la commune n'a pas la qualité de partie à l'instance et les conclusions dirigées à son encontre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée à la commune de Klang.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Perabo-Bonnet, première conseillère,

Mme Eymaron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

A.-L. EYMARON

La présidente,

A. DULMET

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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