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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204440

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204440

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204440
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e chambre
Avocat requérantHAMZA-SANCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, M. B D C, représenté par Me Hamza-Sanchez, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 1er juin 2022 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et dans l'hypothèse où il ne serait pas bénéficiaire de l'aide juridictionnelle de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 précité.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un courrier du 26 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution des stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise signée à Dakar le 1er août 1995 aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme base légale de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour en litige.

Par un mémoire, enregistré le 2 octobre 2024, le préfet de la Moselle a présenté ses observations en réponse au moyen d'ordre public.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Fuchs Uhl, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D C, ressortissant sénégalais, né le 2 avril 1992, est entré en France le 3 octobre 2018 sous couvert d'un visa étudiant valable jusqu'au 28 septembre 2019. Il s'est vu délivrer des récépissés pour la période du 18 janvier 2021 au 5 juillet 2021 et une carte de séjour temporaire valable du 28 avril 2021 au 31 décembre 2021. Le 2 novembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en sa qualité d'étudiant. Le préfet de la Moselle, par un arrêté du 1er juin 2022, a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 octobre 2022. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise visée ci-dessus : " Les ressortissants de chacun des Etats cocontractants désireux de poursuivre des études supérieures () sur le territoire de l'autre Etat, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu par l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi (). Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". Par ailleurs, l'article 13 de la même convention stipule : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). "

4. Il résulte des stipulations précitées de l'article 13 de la convention franco-sénégalaise que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants sénégalais désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention. Par suite, l'arrêté contesté ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. La décision de refus de renouvellement de titre de séjour contestée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par l'arrêté contesté, dès lors, d'une part, que ces stipulations et dispositions sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient et, d'autre part, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation, notamment sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé, pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Il y a donc lieu de procéder à cette substitution de base légale.

6. Pour l'application de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise précité, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité des études et à la progression du bénéficiaire dans celles-ci.

7. Pour refuser à M. C le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet de la Moselle s'est notamment fondé sur la circonstance que son inscription auprès de l'organisme privé Studi Digital Education qui se déroule intégralement à distance, ne justifie pas la nécessité d'être présent sur le territoire français pour réaliser sa formation.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France le 3 octobre 2018 sous couvert d'un visa étudiant et s'est vu renouveler sa carte de séjour temporaire jusqu'au 31 décembre 2021. Il s'est inscrit en mai 2022 à une formation en ligne en marketing et développement auprès de l'organisme Studi Digital School. Il ressort de l'attestation de formation que ce cursus est suivi intégralement en distanciel pour un total de 240 heures sur dix-sept mois soit l'équivalent de quatorze heures de connexion mensuelle. Par suite, le suivi de cet enseignement à distance ne nécessite pas le séjour de l'intéressé sur le territoire français. En outre, si le requérant soutient que cette formation comprend l'accomplissement d'un stage d'une durée de trente-et-une semaines, il ne démontre pas que ce dernier ne pouvait être réalisé ailleurs qu'en France, ni qu'il serait obligatoire dans le cadre de son cursus. Par suite, le préfet de la Moselle, en refusant de l'admettre au séjour pour ce motif, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En second lieu, les moyens tirés d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux sont inopérants pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction, d'astreinte et au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C, à Me Hamza-Sanchez et au préfet de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sibileau, président,

- Mme Fuchs Uhl, conseillère,

- M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 novembre 2024.

La rapporteure,

S. Fuchs UhlLe président,

J.-B. Sibileau

La greffière,

S. Bilger

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

C. Bohn

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