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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204527

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204527

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCORSIGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 11 juillet 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Strasbourg le dossier de la requête de M. A C, en application des dispositions des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nancy le 29 juin 2022 et le 12 juillet 2022 au greffe du tribunal administratif de Strasbourg, et un mémoire, enregistré le 9 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022, par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

-la décision a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;

-la décision est entachée de défaut de motivation ;

-la décision méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne prévoyant le droit d'être entendu préalablement à une décision administrative d'éloignement ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

-elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il possède un droit au séjour compte tenu de l'instruction en cours de sa demande de titre de séjour auprès de la préfecture de la Moselle ;

-elle viole les dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle viole les dispositions de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

-le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

-la décision a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;

-la décision est entachée de défaut de motivation ;

-elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation des faits, l'administration ne pouvant caractériser un risque de fuite au sens de l'article L. 612-2, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, l'administration ne pouvant qualifier son comportement de menace à l'ordre public au sens de l'article L. 612-2, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

-la décision attaquée a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;

-la décision est entachée de défaut de motivation ;

-le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

-la décision a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;

-la décision est entachée de défaut de motivation ;

-le préfet a commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne constituait une menace à l'ordre public ;

-le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience par décision du 13 septembre 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Corsiglia, représentant M. C.

Une note en délibéré, présentée pour M. C, a été enregistrée le 29 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant kazakhe, est entré irrégulièrement en France en juin 2018 selon ses dires. Il a présenté une demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 avril 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 novembre 2019. Sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 31 décembre 2019. Le préfet de la Moselle a prononcé à son encontre, le 10 février 2020, une obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, à laquelle il n'a pas déféré. Le 8 juin 2021, le requérant a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Cette demande a fait l'objet d'un rejet implicite le 9 octobre 2021. Par un arrêté du 28 juin 2022 dont le requérant sollicite l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

4. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 8 septembre 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 9 septembre 2021, donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, " à l'effet de signer tous les arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'État dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par conséquent, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition produit, que M. C a été entendu par les services de police le 28 juin 2022 et mis à même de faire valoir toutes les observations qu'il jugeait utiles sur sa situation administrative et personnelle. Ainsi, dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu tiré du principe général du droit de l'Union européenne susmentionné.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par le requérant le 8 juin 2021 a, du fait du silence gardé par l'administration, été implicitement rejetée quatre mois plus tard. Par ailleurs, le requérant n'établit pas, qu'à la date de la décision attaquée, il était titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour en cours de validité. En tout état de cause, le refus implicite susmentionné a eu pour effet d'abroger ce récépissé. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne pouvait pas légalement prendre à son encontre une mesure d'éloignement sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En cinquième lieu, aucune disposition légale ou réglementaire n'imposait à l'administration, avant d'adopter la décision en litige, d'examiner d'office si le requérant pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet a vérifié si le requérant pouvait bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour.

12. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tel qu'il est présenté dans la requête, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé.

13. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que le préfet pouvait légalement, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prendre la mesure d'éloignement attaquée. Or, ce motif suffisait à lui seul pour fonder la décision en litige et le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que c'est à tort que le préfet a estimé représentait une menace à l'ordre public.

14. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantissent pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, le requérant se prévaut de la durée de son séjour sur le territoire français, de la présence en France de son épouse et de ses trois enfants qui sont scolarisés, ainsi que de sa mère, de son frère et de ses neveux et de son activité professionnelle. Toutefois, la durée de son séjour sur le territoire français est en grande partie liée à l'examen de sa demande d'asile rejetée et à son refus de déférer à une précédente mesure d'éloignement. Son épouse réside également de manière irrégulière en France et a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine. Le requérant n'a pas vocation à vivre avec sa mère dont il n'est, au demeurant, pas justifié qu'elle réside régulièrement sur le territoire français. Il n'est pas davantage établi que le requérant serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, l'activité professionnelle dont il se prévaut présenté un caractère irrégulier et précaire. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ladite décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Dans les circonstances susrappelées, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

16. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

17. Le requérant se prévaut, en plus des motifs exposés au point 15, de sa situation professionnelle en France, à savoir la création d'une autoentreprise depuis le 6 décembre 2019. Néanmoins, cette circonstance et celles précédemment évoquées ne sont pas de nature à établir que sa situation répondrait à des considérations humanitaires ou serait justifiée par des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

18. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée qui n'implique pas par elle-même le retour dans son pays d'origine.

En ce qui concerne les moyens propres au refus de délai de départ volontaire :

19. En premier lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par conséquent, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

21. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire, qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 10 février 2020 et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en l'absence de tout document d'identité ou de voyage et de justification d'un lieu de résidence effectif et permanent sur le territoire français. Dans ces circonstances, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation en regardant le risque de fuite comme établi, et décidant pour ce motif de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

22. En troisième lieu, le requérant ne saurait utilement faire valoir que son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public dès lors que le préfet, bien qu'ayant relevé que l'intéressé était défavorablement connu des services de police en raison d'infractions routières, ne s'est pas fondé sur cette circonstance pour lui refuser un délai de départ volontaire.

23. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée qui n'implique pas par elle-même le retour dans son pays d'origine.

24. En cinquième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 15, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut pas être accueilli.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

25. En premier lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par conséquent, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

26. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

27. Le requérant soutient courir un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, alors au demeurant que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté sa demande d'asile, il n'assortit ses allégations quant aux risques encourus d'aucun élément probant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

28. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 15, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut pas être accueilli.

En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :

29. En premier lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par conséquent, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

30. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Par ailleurs, l'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".

31. En l'espèce, eu égard à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire susmentionné et à l'absence de circonstances humanitaires, le préfet a pu légalement prendre l'encontre du requérant une interdiction de retour. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la situation personnelle du requérant rappelée au point 15, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de séjour sur le territoire français, sans qu'il soit besoin d'examiner si le requérant constituait une menace à l'ordre public.

32. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée qui n'implique pas par elle-même le retour dans son pays d'origine.

33. En quatrième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 18, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut pas être accueilli.

34. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Corsiglia et au préfet de Meurthe-et-Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

V. B

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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