lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2204604 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP JEAN-CHARLES SEYVE - MATTHIEU SEYVE & LAETITIA LORRAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 juillet 2022, le 5 juin 2023 et le 21 juin 2023, l'exploitation agricole à responsabilité limité (EARL) A et son gérant M. B A, représentés par Me Verdin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Cappel a refusé de permettre l'accès aux chemins ruraux cadastrés section 24 n°51, section 23 n°66 et section 28 n° 54 ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cappel d'ordonner la démolition du portail fermant l'accès au chemin rural cadastré section 24 n° 51 ou à défaut de remettre la clé à l'EARL A et à M. B A ou de laisser ce portail ouvert ainsi que de prendre les mesures de police nécessaires au rétablissement et à l'utilisation des chemins ruraux cadastrés section 23 n° 66 et section 28 n° 54 ;
3°) de condamner la commune de Cappel à leur verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnait l'article 2 de l'arrêté municipal du 12 avril 1999 ;
- elle porte atteinte au principe d'égalité devant les charges publiques ;
- elle est constitutive d'un détournement de procédure et d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 septembre 2022 et le 19 juin 2023, la commune de Cappel, représentée par Me Seyve, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de l'EARL A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués par l'Earl A et M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales,
- le code rural et de la pêche maritime,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jordan-Selva,
- les conclusions de M. Guth, rapporteur public,
- et les observations de Me Vergobbi substituant Me Verdin, représentant M. A et l'EARL A.
La commune de Cappel, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est exploitant agricole de parcelles situées sur la commune de Barst et sur la commune de Cappel. Il est gérant de l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) A. Par une lettre du 1er juillet 2022, M. A, en son nom propre et au nom de la société EARL A, a demandé au maire de la commune de Cappel, par l'intermédiaire de son conseil, de lui permettre de circuler sur le chemin rural cadastré section 24 n° 51 en lui fournissant la clef de la barrière qui en limite l'accès. Il a demandé également le rétablissement de l'assiette des chemins ruraux cadastrés section 23 n° 66 et section 28 n° 54, dont l'emprise aurait été incluse dans la surface exploitée par l'un des agriculteurs exerçant dans la commune de Cappel. Par une lettre du 7 juillet 2022, dont M. A et l'EARL A demandent l'annulation, le maire de la commune de Cappel doit être regardé comme ayant explicitement rejeté la demande des intéressés concernant le chemin rural cadastré section 24 n° 51 et implicitement rejeté leurs demandes concernant les deux autres chemins ruraux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le chemin rural cadastré section 24 n° 51 :
2. Aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune. " Aux termes de l'article L. 161-2 du même code : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale. / Lorsqu'elle est ainsi présumée, cette affectation à l'usage du public ne peut être remise en cause par une décision administrative. / La destination du chemin peut être définie notamment par l'inscription sur le plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée. " L'article L. 161-5 du même code prévoit que " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux. " et l'article D. 161-10 précise que : " Dans le cadre des pouvoirs de police prévus à l'article L. 161-5, le maire peut, d'une manière temporaire ou permanente, interdire l'usage de tout ou partie du réseau des chemins ruraux aux catégories de véhicules et de matériels dont les caractéristiques sont incompatibles avec la constitution de ces chemins, et notamment avec la résistance et la largeur de la chaussée ou des ouvrages d'art. ".
3. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend, notamment : 1° tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ".
4. Il appartient à l'autorité municipale de concilier les exigences de la sécurité publique avec le principe de la libre circulation sur les chemins ruraux affectés à l'usage du public. Il n'est pas contesté que la barrière mise en place sur le chemin rural cadastré section 24 n° 51 a été installée pour des raisons de sécurité publique, en application de l'arrêté municipal du 12 juillet 1999 interdisant la circulation de tout véhicule tous les jours sur ce chemin reliant le village à la route nationale 56. Il ressort toutefois des termes mêmes de l'article 2 de cet arrêté municipal que l'interdiction ainsi prononcée n'est pas applicable à certaines catégories de personnes et de véhicules, notamment aux personnes propriétaires d'un terrain desservi par ledit chemin et aux véhicules d'exploitation. Il est constant que M. A exploite des terres agricoles sur le ban de la commune de Cappel et que ses parcelles sont desservies par ce chemin rural. En se bornant à faire valoir que l'interdiction de circulation n'a pas pour effet d'enclaver les terres du requérant et que ce dernier peut y accéder par un autre chemin rural, le maire de la commune de Cappel n'invoque aucune considération de sécurité publique qui ferait obstacle à ce que les requérants puissent bénéficier des dispositions dérogatoires prévues à l'article 2 de l'arrêté municipal du 12 juillet 1999. Ainsi, en ayant refusé aux requérants l'autorisation de circuler sur le chemin rural au seul motif que M. A disposait d'un accès à ses terres par une autre voie, sans invoquer aucun motif tiré des nécessités de la conservation du chemin rural ou de celles de la circulation publique, le maire de la commune de Cappel a commis une erreur de droit.
En ce qui concerne les chemins ruraux cadastrés section 23 n° 66 et section 28 n° 54 :
5. Aux termes de l'article D. 161-11 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsqu'un obstacle s'oppose à la circulation sur un chemin rural, le maire y remédie d'urgence. / Les mesures provisoires de conservation du chemin exigées par les circonstances sont prises, sur simple sommation administrative, aux frais et risques de l'auteur de l'infraction et sans préjudice des poursuites qui peuvent être exercées contre lui. " Aux termes de l'article D. 161-14 du même code : " Il est expressément fait défense de nuire aux chaussées des chemins ruraux et à leurs dépendances ou de compromettre la sécurité ou la commodité de la circulation sur ces voies, notamment : / 1° D'y faire circuler des catégories de véhicules et de matériels dont l'usage a été interdit par arrêté du maire, dans les conditions prévues à l'article D. 161-10 ; / () 3° De labourer ou de cultiver le sol dans les emprises de ces chemins et de leurs dépendances ; () 6° De détériorer les talus, accotements, fossés, ainsi que les marques indicatives de leurs limites ; / 7° De rejeter sur ces chemins et leurs dépendances des eaux insalubres ou susceptibles de causer des dégradations, d'entraver l'écoulement des eaux de pluie, de gêner la circulation ou de nuire à la sécurité publique ; () 12° De déposer sur ces chemins des objets ou produits divers susceptibles de porter atteinte à la sécurité de la circulation, notamment d'y jeter des pierres ou autres matières, d'y amener par des véhicules, en provenance des champs riverains, des amas de terre, d'abandonner sur la chaussée des produits tombés de chargements mal assurés, tels que fumiers, pulpes, graviers, gravois, et d'une manière générale de se livrer à tout acte portant atteinte ou de nature à porter atteinte à l'intégrité des chemins ruraux et des ouvrages qu'ils comportent, à en modifier l'assiette ou à y occasionner des détériorations. ".
6. En se bornant à alléguer sans l'établir que les chemins ruraux en cause ne sont pas inaccessibles, alors que les requérants produisent en réplique une photographie tendant à démontrer que l'assiette desdits chemins n'est plus visible, le maire de la commune de Cappel n'établit pas qu'il a respecté les obligations qui s'imposent à lui en application des articles D. 161-11 et D. 161-14 du code rural et de la pêche maritime.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le maire de Cappel doit être regardé comme ayant implicitement refusé de faire droit aux demandes de M. A et de l'EARL A de rétablir l'accès aux chemins ruraux en litige doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au maire de Cappel de prendre les mesures permettant à M. A et à l'EARL A de circuler sur le chemin rural cadastré section 24 n° 51, en application de l'article 2 de l'arrêté municipal du
12 juillet 1999, en lui remettant les clefs de la barrière entravant le passage. Elle implique également d'enjoindre au maire de la commune de Cappel de prendre les mesures de police nécessaires au rétablissement et à l'utilisation des chemins ruraux cadastrés section 23 n° 66 et section 28 n° 54. Il y a lieu d'enjoindre au maire d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de cet article font obstacle à ce que l'EARL A et M. A qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, versent à la commune de Cappel une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Cappel la somme totale de 1 500 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 7 juillet 2022, y compris en ce qu'elle a implicitement refusé de rétablir l'accès aux chemins ruraux cadastrés section 23 n° 66 et section 28 n° 54 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Cappel de prendre, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, les mesures permettant à M. A et à l'EARL A de circuler sur le chemin rural cadastré section 24 n° 51, en application de l'article 2 de l'arrêté municipal du 12 juillet 1999 et de prendre les mesures de police nécessaires au rétablissement et à l'utilisation des chemins ruraux cadastrés section 23 n° 66 et section 28 n° 54.
Article 3 : La commune de Cappel versera à M. A et à l'EARL A la somme totale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'Earl A, à M. B A et au maire de la commune de Cappel.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Iggert, président,
Mme Bouzar, premier conseiller,
Mme Jordan-Selva, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La rapporteure,
Stéphanie JORDAN-SELVA
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026