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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204768

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204768

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMEDINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Medina, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, a prononcé son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, et a refusé de lui accorder le regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement, subsidiairement de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une personne incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- c'est à tort que, pour lui refuser le renouvellement de son titre de séjour, le préfet, en dépit de l'avis favorable de la commission du titre de séjour, a estimé que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public ;

- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision de refus de regroupement familial doit être annulée par voie de conséquence ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- le refus de délai de départ volontaire est illégal du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- il aurait dû se voir accorder un délai de départ volontaire plus long ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas justifiée ;

- son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen porte atteinte à ses droits fondamentaux, notamment à sa liberté de circulation ;

- l'assignation à résidence est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un jugement du 22 juillet 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal a annulé les décisions du 5 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a prononcé son assignation à résidence, et a renvoyé à une formation collégiale les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions de refus de renouvellement du titre de séjour de l'intéressé et de refus de regroupement familial, ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui en sont le corollaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le gouvernement de la République Française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi publié par le décret n° 94-203 du 4 mars 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022 :

- le rapport de M. Rees, président,

- et les observations de Me Gasimov, substituant Me Medina, pour le requérant.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée

le 28 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :

1. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, () ".

2. Il ressort de la décision du 5 juillet 2022 que le préfet du Haut-Rhin a refusé à M. A le renouvellement du titre de séjour " salarié " dont il bénéficiait depuis le 28 juillet 2017, au motif que son comportement constitue " une menace pour l'ordre public dont la préservation constitue un intérêt fondamental de la société ".

3. Le préfet s'est fondé sur la condamnation de M. A, par un jugement du tribunal correctionnel de Colmar du 22 septembre 2020, à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sur son ex-épouse. Toutefois, le même jugement a condamné cette dernière à la même peine pour des faits de même nature. En outre, les faits qui ont donné lieu à ces condamnations ont été commis entre le 19 avril 2012 et le 20 janvier 2013, soit plus de neuf ans avant la décision contestée. Le préfet s'est également fondé sur la condamnation de M. A, par un jugement du tribunal correctionnel de Colmar du 15 avril 2021, à une peine de huit mois d'emprisonnement pour des faits de harcèlement sexuel par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction et propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste imposés de façon répétée commis du 1er novembre 2017 au 16 avril 2019. Toutefois, la peine infligée à M. A est assortie d'un sursis, il n'a pas été licencié par son employeur et il produit plusieurs attestations de collègues féminines en sa faveur.

Par ailleurs, hormis en ce qui concerne son altercation avec son ex-épouse, dont les circonstances sont très particulières, aucun comportement de cette nature avant 2017 ou après 2019 ne lui est reproché.

4. Le préfet s'est, en outre, fondé sur les conditions dans lesquelles le requérant a rompu avec son ex-épouse en 2013 et sur leur divorce prononcé à ses torts exclusifs, mais ces circonstances sont anciennes et présentent un caractère privé. Il a retenu la mise en cause et l'audition de l'intéressé dans le cadre d'une enquête judiciaire relative à un mariage contracté pour l'obtention d'un titre de séjour, mais ne fournit aucun élément permettant d'établir la réalité et la portée de son implication, ni même la moindre précision à ce sujet.

La circonstance que M. A s'est maintenu sur le territoire français en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 7 mai 2014 ne peut pas être sérieusement retenue dès lors qu'un titre de séjour lui a été délivré le 28 juillet 2017. Enfin, le préfet n'apporte, au sujet du rapport " complexe " que, selon les énonciations de l'arrêté contesté, M. A entretiendrait avec les femmes, aucune précision permettant d'en apprécier l'incidence sur sa capacité à se plier aux lois et valeurs essentielles de la République.

5. Ainsi, prises isolément ou ensemble, ni les condamnations dont a fait l'objet

M. A, ni les autres circonstances sur lesquelles le préfet s'est fondé ne permettent de considérer que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public. Par suite,

M. A est fondé à soutenir qu'en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour pour ce motif, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour.

En ce qui concerne le refus de regroupement familial :

7. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé.

8. Il ressort des énonciations de l'arrêté contesté que le préfet a rejeté la demande de regroupement familial présenté par M. A en faveur de son épouse au motif qu'il lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour. La décision de la demande de regroupement familial étant ainsi intervenue en raison de ce refus, M. A est fondé à en demander l'annulation par voie de conséquence de l'annulation de ce dernier.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif retenu par le tribunal pour annuler la décision de refus de renouvellement du titre de séjour de M. A, et en l'absence de tout autre motif de refus invoqué par le préfet, le présent jugement implique nécessairement que soit délivrée à l'intéressé la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " qu'il a sollicitée. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

10. En revanche, l'annulation par voie de conséquence de la décision de refus du regroupement familial en faveur de l'épouse de M. A implique seulement que le préfet procède au réexamen de la demande. Il y a lieu de lui enjoindre de se prononcer à nouveau sur cette demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Les décisions du 5 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " de M. A et a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de procéder au réexamen de sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse dans un délai de deux mois à compter de la même date.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet

du Haut-Rhin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 19 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

P. REESL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

D. MERRI

La greffière,

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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