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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204870

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204870

lundi 8 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHEBRARD LEA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2022, Mme C G E, représentée par Me Hebrard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est disproportionnée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme G E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. H en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duez-Gündel, magistrat désigné ;

- les observations de Me Hebrard, avocate de la requérante, absente à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G E, ressortissante soudanaise, a fait l'objet d'une décision de transfert aux autorités espagnoles et d'une première assignation à résidence le 3 juin 2022. Par un jugement n° 2201628 du 20 juin 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté le recours formé contre l'arrêté de transfert mais a annulé l'arrêté portant assignation à résidence en tant qu'il obligeait l'intéressée à se présenter deux fois par semaine avec ses deux enfants mineurs à l'hôtel de police de Nancy. Par un arrêté du 21 juillet 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a de nouveau prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme G E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; (). ". L'article L. 733-1 du même code dispose que : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ".

En ce qui concerne la décision prise dans son ensemble :

5. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A F, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision, signée par M. F, aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.

6. En deuxième lieu, pour justifier son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur la circonstance que le transfert de Mme G E aux autorités espagnoles, qui ont donné leur accord pour leur reprise en charge, demeure une perspective raisonnable, que la requérante ne dispose pas des moyens lui permettant de se rendre en Espagne et qu'étant dépourvue de ressources, elle n'a pas la possibilité de les acquérir légalement. Or, Mme G E ne produit aucun élément de nature à contredire l'appréciation ainsi portée par la préfète du Bas-Rhin sur sa situation. Il s'ensuit que le moyen tiré du caractère disproportionné de la mesure d'assignation à résidence doit être écarté.

7. En dernier lieu, si la requérante fait valoir qu'elle dispose de garanties de représentation permettant de prévenir le risque qu'elle se soustrait à l'exécution de la décision de transfert dont elle fait l'objet, c'est précisément cette circonstance, relevée par la décision en litige, qui justifie son assignation à résidence et non son placement en rétention administrative. Dès lors, à supposer qu'elle ait ainsi entendu soulever un moyen distinct, il doit être écarté.

En ce qui concerne les modalités de contrôle :

8. Si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation, et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. En l'espèce, il est constant que la préfète du Bas-Rhin a fait obligation à la requérante d'être présente sur son lieu d'hébergement du lundi au vendredi entre 8 heures et 11 heures, ainsi que de se présenter avec ses deux enfants mineurs, prénommés D et B, les mardis, hors jours fériés, à 14 heures auprès des agents des forces de l'ordre de l'HUDA de Benfeld.

9. D'une part, la requérante ne fait état d'aucun élément de nature à justifier que la préfète du Bas-Rhin aurait dû déroger à la durée d'assignation à résidence de quarante-cinq jours, prévue par les dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni même à l'obligation de présentation aux autorités, prévue par les dispositions de l'article L. 733-1 du même code. Par ailleurs, il est constant que l'intéressée est sans emploi et qu'elle ne fait valoir aucune considération spécifique qui serait entravée par l'obligation d'être présente sur son lieu d'hébergement du lundi au vendredi entre 8 heures et 11 heures, ni par l'obligation de se présenter aux autorités une fois par semaine sur ce même lieu d'hébergement. Mme G E n'est ainsi pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur d'appréciation pour ce motif.

10. D'autre part, ni les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, ni aucune disposition législative ou règlementaire ou stipulation conventionnelle, ne font obstacle à ce que, pour assurer l'exécution de la décision de transfert, un ressortissant étranger assigné à résidence soit soumis à une obligation de pointage en présence de son enfant mineur. Toutefois, l'obligation de pointage hebdomadaire, qui est une mesure de surveillance, ne peut être regardée comme constituant par elle-même une convocation aux fins d'exécution de la mesure de transfert. Il appartient, dès lors, à l'autorité préfectorale de justifier que l'obligation de pointage, telle qu'elle a été arrêtée, est nécessaire et adaptée à l'objectif poursuivi.

11. En l'espèce, la préfète du Bas-Rhin ne démontre pas que, lorsque Mme G E vient satisfaire à son obligation de pointage hebdomadaire auprès des agents des forces de l'ordre de l'HUDA de Benfeld, la présence à ses côtés de ses deux enfants mineurs serait nécessaire et adaptée à l'objectif poursuivi par les modalités de contrôle de la mesure d'assignation à résidence, qui est de s'assurer que la requérante n'a pas quitté le périmètre où elle est assignée. Il s'ensuit qu'en imposant une telle modalité de contrôle, la préfète du Bas-Rhin a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, que la requérante est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2022 portant assignation à résidence en tant qu'il oblige ses deux enfants mineurs à l'accompagner lorsqu'elle satisfait à son obligation hebdomadaire de présentation à l'HUDA de Benfeld.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de l'Etat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : Mme G E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 21 juillet 2022 portant assignation à résidence est annulé seulement en tant qu'il oblige Mme G E à se présenter avec ses deux enfants mineurs à l'HUDA de Benfeld.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G E, à Me Hebrard et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Saverne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2022.

Le magistrat désigné,

C. HLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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