lundi 8 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2204873 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | WASSERMANN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2204873 le 27 juillet 2022, M. I B, représenté par Me Wassermann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que l'arrêté est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2204874 le 27 juillet 2022, Mme C E, représentée par Me Wassermann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le traité sur l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. J en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duez-Gündel, magistrat désigné ;
- M. G, représentant la préfète du Bas-Rhin, qui n'a pas formulé d'observation.
M. B et Mme E n'étaient ni présents ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2204873 et 2204874 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
2. M. B et Mme E, ressortissants ivoiriens, ont fait l'objet de décisions de transfert aux autorités italiennes le 28 février 2022. Par un jugement nos 2202013 et 2202014 du 8 avril 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté le recours formé contre les arrêtés de transfert. Par deux arrêtés du 18 juillet 2022, dont ils demandent l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a prononcé l'assignation à résidence de M. B et de Mme E pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
4. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B et Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur la légalité des arrêtés portant assignation à résidence :
5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; (). ". L'article L. 733-1 du même code dispose que : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ".
En ce qui concerne les décisions prises dans leur ensemble :
6. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A H, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige, et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. D F, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière. Il ne ressort pas des pièces des dossiers et n'est d'ailleurs pas allégué que M. H n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature des décisions en litige. Par suite, les moyens tirés de ce que ces décisions, signées par M. F, auraient été prises par une autorité incompétente doivent être écartés.
7. En deuxième lieu, pour justifier l'assignation à résidence des requérants pour une durée de quarante-cinq jours, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur la circonstance que le transfert de M. B et Mme E aux autorités italiennes, qui ont donné leur accord pour leur reprise en charge, demeure une perspective raisonnable, que les requérants ne disposent pas des moyens leur permettant de se rendre en Italie et qu'étant dépourvus de ressources, ils n'ont pas la possibilité de les acquérir légalement. Or, M. B et Mme E ne produisent aucun élément de nature à contredire l'appréciation ainsi portée par la préfète du Bas-Rhin sur sa situation. Il s'ensuit que le moyen tiré du caractère disproportionné de la mesure d'assignation à résidence doit être écarté.
8. En dernier lieu, si les requérants font valoir qu'ils disposent de garanties de représentation permettant de prévenir le risque qu'ils se soustraient à l'exécution des décisions de transfert dont ils font l'objet, c'est précisément cette circonstance, relevée par les décisions en litige, qui justifie leur assignation à résidence et non leur placement en rétention administrative. Dès lors, à supposer qu'ils aient ainsi entendu soulever des moyens distincts, ils doivent être écartés.
En ce qui concerne les modalités de contrôle :
9. Si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation, et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. En l'espèce, il est constant que la préfète du Bas-Rhin a fait obligation aux requérants de se présenter avec leur enfant mineur, prénommé Daouda, les jeudis, hors jours fériés, entre 9 heures et 10 heures au commissariat de Thionville.
10. D'une part, les requérants ne font état d'aucun élément de nature à justifier que la préfète du Bas-Rhin aurait dû déroger à la durée d'assignation à résidence de quarante-cinq jours, prévue par les dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni même à l'obligation de présentation aux autorités, prévue par les dispositions de l'article L. 733-1 du même code. Par ailleurs, il est constant que M. B et Mme E sont sans emploi et qu'ils ne font valoir aucune considération spécifique qui serait entravée par l'obligation de se présenter une fois par semaine au commissariat de Thionville. Enfin, si les requérants font valoir qu'ils sont hébergés au sein de l'HUDA de Woippy, que le trajet en train entre Woippy et Thionville dure 25 minutes et qu'il représente un coût de 12 euros par personne pour un aller-retour, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces modalités de contrôle seraient disproportionnées par rapport au but en vue duquel elles leur ont été imposées. M. B et Mme E ne sont ainsi pas fondés à soutenir que les décisions en litige seraient entachées, pour ce motif, d'erreur d'appréciation ni qu'elles contreviendraient au respect de leur vie privée et familiale.
11. D'autre part, ni les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, ni aucune disposition législative ou règlementaire ou stipulation conventionnelle, ne font obstacle à ce que, pour assurer l'exécution de la décision de transfert, un ressortissant étranger assigné à résidence soit soumis à une obligation de pointage en présence de son enfant mineur. Toutefois, l'obligation de pointage hebdomadaire, qui est une mesure de surveillance, ne peut être regardée comme constituant par elle-même une convocation aux fins d'exécution de la mesure de transfert. Il appartient, dès lors, à l'autorité préfectorale de justifier que l'obligation de pointage, telle qu'elle a été arrêtée, est nécessaire et adaptée à l'objectif poursuivi.
12. En l'espèce, la préfète du Bas-Rhin ne démontre pas que, lorsque M. B et Mme E viennent satisfaire à leur obligation de pointage hebdomadaire auprès des services de police du commissariat de Thionville, la présence à leurs côtés de leur enfant mineur, âgé de moins d'un an, serait nécessaire et adaptée à l'objectif poursuivi par les modalités de contrôle des mesures d'assignation à résidence, qui est de s'assurer que les requérants n'ont pas quitté le périmètre où ils sont assignés. Il s'ensuit qu'en imposant une telle modalité de contrôle, la préfète du Bas-Rhin a entaché ses décisions d'erreur d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation des arrêtés du 18 juillet 2022 portant assignation à résidence en tant qu'ils obligent leur enfant mineur à les accompagner lorsqu'ils satisfont à leur obligation hebdomadaire de présentation au commissariat de Thionville.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
14. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de l'Etat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : M. B et Mme E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les arrêtés de la préfète du Bas-Rhin du 18 juillet 2022 portant assignation à résidence sont annulés seulement en tant qu'ils obligent M. B et Mme E à se présenter avec leur enfant mineur au commissariat de Thionville.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. I B, à Mme C E, à Me Wassermann et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Metz.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2022.
Le magistrat désigné,
C. JLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Nos 2204873, 2204874
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026