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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204901

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204901

lundi 8 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2204901 le 29 juillet 2022, M. D A, représenté par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités allemandes ;

3°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un formulaire de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à défaut, de lui verser cette somme s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de transfert :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;

- l'information prévue par l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il ne s'est pas vu notifier la décision d'acceptation de prise en charge par les autorités allemandes ;

- la décision méconnaît l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'Allemagne n'examinera pas correctement sa demande d'asile, alors qu'il risque de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Nigéria.

S'agissant de l'assignation à résidence :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- l'information prévue par les dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été donnée ;

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son caractère disproportionné et de l'obligation qu'elle comprend pour son enfant mineur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2204902 le 29 juillet 2022, Mme F E épouse A, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités allemandes ;

3°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un formulaire de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à défaut, de lui verser cette somme si elle n'était pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de transfert :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;

- l'information prévue par l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;

- elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle ne s'est pas vu notifier la décision d'acceptation de prise en charge par les autorités allemandes ;

- la décision méconnaît l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'Allemagne n'examinera pas correctement sa demande d'asile, alors qu'elle risque de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Nigéria ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- l'information prévue par les dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été donnée ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son caractère disproportionné et de l'obligation qu'elle comprend pour son enfant mineur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme E épouse A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. I en application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duez-Gündel, magistrat désigné ;

- les observations de Me Carraud, substituant Me Gaudron, avocate des requérants, présents à l'audience, assistés de Mme C, interprète en langue albanaise, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens et souligne que les requérants sont commerçants au Kosovo, qu'ils ont fait l'objet de chantage et d'extorsion dans ce pays, qu'ils ont effectué un voyage touristique en Autriche du 26 mai au 13 juin 2022, que leur visa ne leur a cependant pas permis d'entrer sur le territoire français et que l'assignation à résidence est disproportionnée en ce qu'elle oblige leur enfant mineur à satisfaire aux obligations de pointage ;

- les observations de M. G, représentant la préfète du Bas-Rhin.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2204901 et 2204902 concernent la situation d'époux et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme A sont des ressortissants kosovars. Une attestation de demande d'asile en procédure Dublin leur a été délivrée le 28 juin 2022. La consultation du fichier " VIS " a fait ressortir qu'ils étaient en possession de visas délivrés par les autorités allemandes et périmés depuis moins de six mois à la date du dépôt de leur demande d'asile. Saisies le 8 juillet 2022 pour Mme A et le 13 juillet 2022 pour M. A, la prise en charge des intéressés a été acceptée par les autorités allemandes le 15 juillet 2022. Par deux premiers arrêtés du 22 juillet 2022, la préfète du Bas-Rhin a décidé de leur transfert aux autorités allemandes. Par deux second arrêté du même jour, elle a également décidé de les assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. et Mme A demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur les demandes d'admissions provisoires à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

4. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur la compétence du signataire des arrêtés en litige :

5. Par un arrêté du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. B H, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, les moyens tirés de ce que ces décisions, signées par M. H, auraient été prises par une autorité incompétente doivent être écartés.

Sur la légalité des arrêtés de transfert :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. () ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme A se sont vu remettre, le 28 juin 2022, deux brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", toutes les deux rédigées en langue albanaise qu'ils ont déclaré comprendre. La remise de ces deux documents, qui constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, permet aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application de ce règlement. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées sont intervenues en méconnaissance des droits qu'ils tirent de ces dispositions.

8. En deuxième lieu, à la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Ce droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. La méconnaissance de cette obligation d'information dans une langue comprise par l'intéressé ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français remet un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Les moyens doivent donc être écartés comme inopérant.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type (). ".

10. En l'espèce, il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme A ont chacun bénéficié d'un entretien individuel le 28 juin 2022 auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin, conduit en langue albanaise, et dont ils ont signé le résumé. Les requérants ne font état d'aucun élément qui conduirait à penser que ces entretiens ne se sont pas déroulés dans les conditions prévues par les dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.

11. En quatrième lieu, aucune disposition de droit applicable n'oblige la préfète à notifier, à peine d'irrégularité de la décision de transfert, la décision d'acceptation de reprise en charge de l'Etat membre requis. Les moyens soulevés en ce sens doivent ainsi être écartés.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) no 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / () / 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. (). ".

13. Les requérants soutiennent que les visas délivrés par les autorités allemandes, valables du 7 mars au 19 juin 2022, ne leur ont pas permis d'entrer en France pour y déposer leurs demandes d'asile et que, dès lors, les dispositions de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne leur sont pas applicables. Toutefois, ces dispositions n'imposent pas que les visas délivrés par les autorités allemandes aient permis aux requérants d'entrer en France, mais seulement qu'ils leur aient permis d'entrer sur le territoire d'un Etat membre. Or, en l'espèce il est constant que les visas délivrés à M. et Mme A leur ont permis d'entrer en Autriche le 26 mai 2022. Il s'ensuit que la préfète n'a pas entaché ses décisions d'erreur de droit en faisant application des dispositions précitées de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

14. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Par ailleurs, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (). ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

15. Les requérants font valoir qu'ils craignent que leurs demandes d'asile ne soient pas examinées par l'Allemagne et invoquent un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Kosovo. Ils mentionnent à cet égard avoir subi, dans leur profession de commerçants, du chantage et de l'extorsion de fonds qui se seraient aggravés après l'achat d'une nouvelle voiture. Toutefois et d'une part, ils ne peuvent utilement se prévaloir du fait qu'ils encourraient des risques en cas de retour dans leur pays d'origine dès lors que les décisions contestées ont uniquement pour effet de les transférer aux autorités allemandes. D'autre part, ils n'établissent pas que les autorités allemandes n'évalueront pas sérieusement, dans le cadre de l'examen de leurs demandes d'asile, les risques auxquels ils seraient personnellement exposés en cas de retour au Kosovo. Il est à cet égard constant que la prise en charge de M. et Mme A a été acceptée par l'Allemagne sur le fondement de l'article 12-4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et que, dès lors, leurs demandes d'asile n'ont pas encore été examinées dans ce pays. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, à supposer qu'il soit soulevé par les requérants, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché ses décisions d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Sur la légalité des arrêtés portant assignation à résidence :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour (). ".

17. Ces dispositions impliquent que l'auteur de la décision d'assignation à résidence porte à la connaissance de l'étranger assigné à résidence une information supplémentaire explicitant les droits et obligations de ce dernier pour la préparation de son départ. Ces dispositions imposent que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision notifiée, au plus tard lors de la première présentation de la personne assignée à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Il en résulte que l'absence de l'information ainsi prévue est sans incidence sur la légalité des décisions d'assignation à résidence contestées, laquelle s'apprécie à la date de leur édiction. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à l'article L. 561-2-1 du même code invoqué par les requérants, doivent, dès lors, être écartés comme inopérant.

18. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce qu'elles seraient insuffisamment motivées ne peuvent qu'être écartés comme manquant en fait.

19. En troisième lieu, il résulte des points précédents que les moyens formulés par les requérants contre les décisions portant transfert aux autorités allemandes ont été écartés. Par suite, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de celles portant assignation à résidence doivent également être écartés.

20. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; (). ".

21. En l'espèce, pour justifier ses assignations à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur la circonstance que le transfert de M. et Mme A aux autorités allemandes, qui ont donné leur accord pour leur reprise en charge, demeure une perspective raisonnable, que les requérants ne disposent pas des moyens leur permettant de se rendre en Allemagne et qu'étant dépourvus de ressources, ils n'ont pas la possibilité de les acquérir légalement. Or, M. et Mme A ne produisent aucun élément de nature à contredire l'appréciation ainsi portée par la préfète du Bas-Rhin sur leur situation. Par ailleurs, les requérants ne font état d'aucun élément de nature à justifier que la préfète du Bas-Rhin aurait dû déroger à la durée d'assignation à résidence de quarante-cinq jours, prévue par les dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni même à l'obligation de présentation aux autorités, prévue par les dispositions de l'article L. 733-1 du même code. Ils ne sont ainsi pas fondés à soutenir que les décisions en litige seraient entachées d'erreur d'appréciation pour ce motif.

22. En cinquième et dernier lieu, ni les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, ni aucune disposition législative ou règlementaire ou stipulation conventionnelle, ne font obstacle à ce que, pour assurer l'exécution de la décision de transfert, un ressortissant étranger assigné à résidence soit soumis à une obligation de pointage en présence de son enfant mineur. Toutefois, l'obligation de pointage hebdomadaire, qui est une mesure de surveillance, ne peut être regardée comme constituant par elle-même une convocation aux fins d'exécution de la mesure de transfert. Il appartient, dès lors, à l'autorité préfectorale de justifier que l'obligation de pointage, telle qu'elle a été arrêtée, est nécessaire et adaptée à l'objectif poursuivi.

23. En l'espèce, la préfète du Bas-Rhin ne démontre pas que, lorsque M. et Mme A viennent satisfaire à leur obligation de pointage hebdomadaire auprès des services de la police aux frontières de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim, la présence à leurs côtés de leur enfant mineur, prénommé Rejan, serait nécessaire et adaptée à l'objectif poursuivi par les modalités de contrôle des mesures d'assignation à résidence, qui est de s'assurer que les requérants n'ont pas quitté le périmètre où ils sont assignés. Il s'ensuit qu'en imposant une telle modalité de contrôle, la préfète du Bas-Rhin a entaché ses décisions d'erreur d'appréciation.

24. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation des arrêtés du 22 juillet 2022 portant assignation à résidence en tant qu'ils obligent leur enfant mineur à les accompagner lorsqu'ils satisfont à leur obligation hebdomadaire de présentation aux services de la police aux frontières de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par les requérants.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

26. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de l'Etat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés de la préfète du Bas-Rhin du 22 juillet 2022 portant assignation à résidence sont annulés seulement en tant qu'ils obligent M. et Mme A à se présenter avec leur enfant mineur aux services de la police aux frontières de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme F E épouse A, à Me Gaudron et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2022.

Le magistrat désigné,

C. ILa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

Nos 2204901, 220490

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