vendredi 19 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2204953 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCHALCK |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 31 juillet 2022, 9 août 2022, 10 août 2022 et 16 août 2022, M. C D, représenté par Me Pialat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, de prendre acte de ce que le préfet du Haut-Rhin a procédé au retrait de l'arrêté du 18 juillet 2022 ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, à lui-même le même montant en application de ce dernier article.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 et 17 août 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur le présent recours dès lors qu'il a été procédé au retrait de l'acte attaqué par un arrêté du 1er août 2022 ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 et 16 août 2022, M. C D, représenté par Me Pialat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, à lui-même le même montant en application de ce dernier article.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Le préfet du Haut-Rhin, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense dans le cadre de la présente instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par un courrier, enregistré le 1er août 2022, le préfet du Haut-Rhin a informé le tribunal, en application de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. D, incarcéré à la maison d'arrêt de Mulhouse-Lutterbach était susceptible d'être libéré avant qu'il ne soit statué sur sa requête.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Eymaron, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il y avait lieu de rediriger les conclusions de la requête n° 2204953, ainsi que les moyens développés à leur soutien, contre l'arrêté pris le 2 août 2022 par le préfet du Haut-Rhin et ayant la même portée que celui du 18 juillet 2022 retiré par un arrêté du 1er août 2022 ;
- les observations de Me Schalck, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle soulève, en outre, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Une note en délibéré, produite par le préfet du Haut-Rhin, a été enregistrée le 18 août 2022.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2204953 et n° 2205154, présentées par M. D, sont relatives à la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article R. 776-22 du code de justice administrative : " L'étranger peut, au plus tard avant le début de l'audience, demander qu'un avocat soit désigné d'office. Il en est informé par le greffe du tribunal au moment de l'introduction de sa requête. / Quand l'étranger a demandé qu'un avocat soit désigné d'office, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné en informe aussitôt le bâtonnier de l'ordre des avocats près le tribunal de grande instance dans le ressort duquel se tiendra l'audience. Le bâtonnier effectue la désignation sans délai. ". Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. M. D bénéficie de l'assistance d'un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats près le tribunal judiciaire de Strasbourg dans les conditions prévues par l'article R. 776-22 du code de justice administrative. Il n'y a dès lors pas lieu de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
4. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
5. Par un arrêté du 1er août 2022, le préfet du Haut-Rhin a procédé au retrait de l'arrêté du 18 juillet 2022 obligeant M. D à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Dès lors, eu égard à ce qui a été énoncé au point précédent, les conclusions de la requête n° 2204953 doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 2 août 2022, arrêté qui oblige M. D à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixe le pays de destination et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et qui a ainsi la même portée que l'arrêté du 18 juillet 2022. En revanche, le retrait de cet arrêté du 18 juillet 2022 ayant acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées à son encontre.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. M. D, entré en France, selon ses déclarations, en 2006, se prévaut de ce qu'il est le père d'un enfant français né en 2012. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D a été incarcéré, le 14 mars 2022, à la suite de sa condamnation à quatre mois d'emprisonnement pour, d'une part, n'avoir pas payé les 100 jour-amende auxquels il avait été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Mulhouse pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion et, d'autre part, n'avoir pas exécuté la peine de 200 heures de travail d'intérêt général prononcée à son encontre par un jugement du tribunal correctionnel de Mulhouse pour des faits d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public et menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un chargé de mission de service public et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui. En outre, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a bénéficié, entre 2012 et 2020, de titres de séjour en qualité de parent d'enfant français, les éléments apportés au dossier et présentés lors de l'audience publique ne permettent pas d'établir de manière suffisamment probante que l'intéressé participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de celui-ci, et ce y compris avant le 14 mars 2022, date de son incarcération. Par ailleurs, alors que M. D ne démontre pas avoir résidé de manière continue sur le territoire français entre 2006 et 2012, puis à l'issue de l'expiration de son dernier titre de séjour, en 2020, les certificats de travail versés au dossier indiquant qu'il a effectué, entre 2014 et 2017, différentes missions en qualité d'intérimaire ne suffisent pas à justifier de son insertion. Quant à sa relation alléguée avec sa nouvelle concubine, les pièces produites ne permettent d'en établir ni la réalité, ni l'ancienneté ou la stabilité. Dans ces circonstances, et eu égard à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné et à leur caractère réitéré, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'intérêt supérieur de son fils. Par suite, les moyens tirés de ce que les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ont été méconnues doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
8. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été indiqué au point précédent, M. D n'établit pas remplir les conditions lui permettant de bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin ne pouvait pas légalement l'obliger à quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête n° 2205154, que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37-1 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2204953 et n° 2205154 de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2022.
La magistrate désignée,
A.-L. B La greffière,
L. Cherif
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. Cherif
2, 2205154
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026