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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204968

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204968

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2022, M. B A, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 5 juin 2022 par laquelle le président de l'Eurométropole de Metz a rejeté son recours gracieux formé contre la décision implicite de rejet née le 8 février 2022 opposée à sa demande préalable du 8 décembre 2021 de lui verser l'indemnité spécifique de service à compter du 1er janvier 2018 ;

2°) d'enjoindre au président de l'Eurométropole de Metz de réexaminer sa situation personnelle à compter du 1er janvier 2018 et de fixer le coefficient individuel relatif à son régime indemnitaire, dans un délai de deux mois, à compter du jour du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au président de l'Eurométropole de Metz de lui verser l'indemnité spécifique de service, avec intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable, dans un délai de trois mois, à compter du jour du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Eurométropole de Metz la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet née le 5 juin 2022 est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que l'Eurométropole de Metz aurait dû lui verser l'indemnité spécifique de service (ISS) à compter du 1er janvier 2018 en application de la délibération du 29 avril 2004 de la ville de Metz jusqu'à la mise en place du RIFSEEP correspondant à son cadre d'emploi ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le montant versé d'ISS n'a pas été modulé en fonction de sa manière de servir, aucun arrêté individuel n'ayant été préalablement matérialisé.

Par une intervention enregistrée le 17 février 2023, le syndicat CFDT Interco Moselle, représenté par Me Levy, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de M. A.

Il soutient que :

- son intervention est recevable ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire enregistré le 7 août 2023, l'Eurométropole de Metz, représentée par Me Olsazk, conclut au rejet de la requête et à ce que le requérant lui verse la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'intervention du syndicat CFDT Interco Moselle est irrecevable ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, technicien principal de 1re classe est employé au sein des services de l'Eurométropole de Metz depuis le 1er janvier 2018, date de son transfert depuis la commune de Metz. Par un courrier du 7 décembre 2021, M. A a demandé au président de l'Eurométropole de Metz de lui verser rétroactivement l'indemnité spécifique de service, à compter du 1er janvier 2018. Par une décision implicite du 5 juin 2022, dont M. A demande l'annulation, le président de l'Eurométropole de Metz a rejeté son recours gracieux formé le 5 avril 2022 à l'encontre de la décision implicite de rejet du 8 février 2022 opposée à sa demande de versement de l'indemnité spécifique de service à compter du 1er janvier 2018.

Sur l'intervention du syndicat CFDT Interco Moselle :

2. Il ressort des pièces du dossier que le conseil syndical a, le 17 janvier 2023, autorisé son secrétaire général pour le représenter en justice dans le cadre de la procédure " de M. B A contre Metz Métropole ".

3. Le syndicat CFDT Interco Moselle justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par M. A est recevable.

Sur l'étendue du litige :

4. Il appartient au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

5. En l'espèce, il convient donc de rediriger les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A contre la décision implicite du 5 juin 2022 rejetant son recours gracieux, contre la décision du 8 février 2022 du président de l'Eurométropole de Metz.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

7. L'attribution d'un complément de traitement à un montant déterminé ne constitue pas un droit pour l'intéressé remplissant les conditions légales pour obtenir ledit avantage. Par suite, la décision en litige n'avait pas à être motivée et le moyen tiré du défaut de motivation ne peut être utilement invoqué.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5211-4-1 du code général des collectivités territoriales : " I. - Le transfert de compétences d'une commune à un établissement public de coopération intercommunale entraîne le transfert du service ou de la partie de service chargé de sa mise en œuvre. Toutefois, dans le cadre d'une bonne organisation des services, une commune peut conserver tout ou partie du service concerné par le transfert de compétences, à raison du caractère partiel de ce dernier. Les fonctionnaires territoriaux et agents territoriaux non titulaires qui remplissent en totalité leurs fonctions dans un service ou une partie de service transféré en application de l'alinéa précédent sont transférés dans l'établissement public de coopération intercommunale. Ils relèvent de cet établissement dans les conditions de statut et d'emploi qui sont les leurs. () Les agents transférés en vertu des alinéas précédents conservent, s'ils y ont intérêt, le bénéfice du régime indemnitaire qui leur était applicable ainsi que, à titre individuel, les avantages acquis en application du troisième alinéa de l'article 111 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. ".

9. Il résulte des dispositions précitées qui régissent le transfert d'agents du fait d'un transfert de compétences d'une commune à un établissement public de coopération intercommunale que le maintien du régime indemnitaire, à titre individuel, porte sur le niveau de rémunération dont bénéficiait l'agent transféré mais n'implique pas, au sein de la structure nouvelle, le maintien des différentes primes et indemnités en vigueur dans les anciennes structures dont les agents sont issus.

10. En l'espèce, il ressort des fiches de paye de M. A qu'il a perçu, du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2021, une somme de 618,55 euros par mois de prime mensuelle, identique à celle perçue au mois de décembre 2017. Ainsi, il est constant que M. A a perçu une somme correspondant au maintien de son régime indemnitaire à compter du mois de janvier 2018, conformément à son choix opéré sur son formulaire de droit d'option le 28 décembre 2017. Par suite, il ne peut utilement soutenir que sa prime aurait dû être modulée dans les conditions prévues par la délibération du 29 avril 2004 de la ville de Metz et que cette modulation aurait dû prendre la forme d'un arrêté individuel.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Eurométropole de Metz, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme au titre des frais exposés par l'Eurométropole de Metz et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention du syndicat CFDT Interco Moselle est admise.

Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'Eurométropole de Metz sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au syndicat CFDT Interco Moselle et à l'Eurométropole de Metz.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Cormier, conseiller,

Mme Fuchs Uhl, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

Le rapporteur,

R. CORMIER

Le président,

T. GROSLe greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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