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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2205071

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2205071

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2205071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (6)
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante:

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 août 2022 et le 9 septembre 2022, Mme C A épouse D, représentée par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour durant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans délai de 15 jours avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours avec une astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

4°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la signataire, Mme B, ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle ; il est considéré à tort qu'elle est séparée de son compagnon alors qu'elle est toujours mariée et vit avec son époux qui est demandeur d'asile ;

- le droit d'être entendue a été méconnu ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que sa situation familiale n'a pas été prise en compte ni la circonstance que son époux est toujours demandeur d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur le pays de destination :

- la signataire, Mme B, ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision est entaché d'un défaut de motivation ;

- la décision n'a pas de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est irrégulière ; n'est pas motivée ;

- la décision méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, son fils vivant en France.

Sur l'interdiction de retour :

- la signataire, Mme B, ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision est entaché d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision n'a pas de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est irrégulière ;

- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application des articles L. 222-2-1 du code de justice administrative et L. 512-1 devenu L. 614-5 (3e alinéa) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 septembre 2022 à 14 heures :

- le rapport de M. E, magistrat-désigné ;

- les observations de Me Berry, représentant Mme D, assistée d'un interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

1. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a accordé à Mme B, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement délégation en matière de police des étrangers en cas d'absence ou d'empêchement de M. F dans des conditions qui ne sont pas contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en cause manque en fait et doit être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort de la décision en cause qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée et que le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. La seule circonstance que la décision mentionne qu'elle est séparée de son époux alors que tel ne serait pas le cas est sans incidence dès lors que ce dernier ne dispose pas d'un droit au séjour en France et fait également l'objet d'une mesure d'éloignement.

3. En troisième lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fait suite au refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire à l'étranger et à l'absence du bénéfice du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le droit d'être entendu n'implique pas, dans ce cas, que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressée à même de présenter ses observations de façon spécifique en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle est amenée à prendre à son encontre, dès lors qu'elle a déjà été entendue, comme en l'espèce, dans le cadre de sa demande d'asile. Par suite, le moyen soulevé tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu issu des principes généraux du droit de l'Union européenne tel qu'énoncé au 2 de l'article 41 et à l'article 51 de la charte des droits fondamentaux doit être écarté.

4. En quatrième lieu, contrairement à ce que la requérante soutient, son mari s'est vu opposer une mesure d'éloignement. Par suite, la décision, qui ne repose sur aucune erreur de fait, n'est pas entachée d'erreur de droit.

5. En cinquième lieu, Mme D, de nationalité bosnienne, née en 1999, est entrée en France le 7 septembre 2021. Son époux fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Le couple est isolé sur le territoire où il vit de manière précaire, Dans ces conditions, la décision ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En sixième lieu, en se limitant à affirmer sans aucune autre précision que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne lui aurait pas été notifiée, Mme D n'apporte aucun élément de nature à contredire l'extrait de l'application TélemOfrpa, produite en défense, qui fait apparaître le contraire.

Sur le pays de destination :

7. En premier lieu, comme il a été dit au point 1, Mme B a reçu une délégation du préfet du Haut-Rhin pour signer la décision en cause.

8. En deuxième lieu, il ressort de la décision en cause qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

9. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire étant régulière, la fixation du pays de destination dispose d'une base légale.

10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 5, la décision ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En cinquième lieu, Mme D qui au demeurant s'est vu refuser une protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apporte pas d'éléments probants de nature à justifier qu'elle courrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision ne méconnaît pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que, Mme D étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, le surplus des conclusions de la requête de Mme D à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, à fin d'injonction et d'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Mme D est admise provisoirment à l'aide jurdictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse D et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

M. E

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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