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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2205529

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2205529

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2205529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOTTEMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2022, M. F A, représenté par Me Bottemer, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 de la préfète du Bas-Rhin ordonnant son transfert aux autorités suédoises ;

3°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale.

Il soutient que :

- la décision de transfert est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle n'est pas motivée ;

- il n'a pas été informé de ses droits ;

- les autorités suédoises n'assureront pas sa protection ;

- cette décision méconnait les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux ont été méconnues ;

- la décision portant assignation à résidence sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Faessel, président,

- les observations de Me Zimmermann, substituant Me Bottemer, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que ;

- les observations de M. A, assisté de M. E, interprète en langue albanaise.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, conclut à titre principal à l'annulation des décisions du 5 août 2022 de la préfète du Bas-Rhin portant remises aux autorités suédoises pour l'examen de sa demande d'asile, et assignation à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de transfert :

3. Par un arrêté du 4 mars 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme D G, préfète du Bas-Rhin, a donné à M. B C, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation pour signer les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin et les décisions d'assignation à résidence en application des articles L. 731-1 et L. 751-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'incompétence de son signataire doit être écarté comme manquant en fait.

4. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. En l'espèce, l'arrêté prononçant le transfert de M. A aux autorités suédoises vise le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que deux règlements portant modalité d'application du règlement n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable d'une demande d'asile, relève le caractère irrégulier de l'entrée en France de l'intéressé, rappelle le déroulement de la procédure suivie lorsque qu'il s'était présenté devant les services de la préfecture du Bas-Rhin et précise que la consultation du fichier VIS a révélé la possession d'un visa suisse périmé depuis moins de 6 mois, une telle motivation faisant apparaître qu'il est fait application de l'article 12-4 du règlement. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En se bornant à soutenir qu'il ''n'a pas été informé pleinement de la procédure Dublin et de ses droits'', le requérant ne met pas le tribunal en mesure d'apprécier la valeur ni la portée du moyen qu'il entend ainsi soulever.

6. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () ". La tenue de cet entretien ne revêt toutefois pas un caractère obligatoire si l'administration dispose déjà d'éléments suffisants pour déterminer quel Etat est responsable de l'examen de la demande d'asile. En l'espèce, M. A ne soutient pas qu'il n'a pas été mis en mesure de donner à l'administration les informations qui étaient nécessaires, ni que la préfète n'a pas disposé par ailleurs de celles-ci. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

7. Si le requérant fait valoir que les autorités suédoises l'éloigneront certainement à destination de l'Albanie, où sa sécurité ne sera pas assurée, il ne produit toutefois aucun élément de nature à l'établir effectivement. Le moyen tiré du risque pour lui d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradant doit dès lors être écarté.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant remise aux autorités suédoises, doit être écarté.

9. Il suit de ce qui précède que les conclusions présentées pour M. A à fins d'annulation des décisions litigieuses ainsi que celles à fins d'injonction, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

Le président,

X. Faessel,

Président La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

L. Cherif

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