mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2205706 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MAURIN-PILATI ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2022, la société Nil Promotion, représentée par la SELARL Maurin Pilati Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le maire de Gandrange a sursis à statuer sur sa demande de permis de construire portant sur la construction de 3 maisons individuelles sur les parcelles cadastrées n° 604 et 605, section 195 et n° 511, section 194 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Gandrange une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de légalité externe dès lors qu'il comporte une erreur sur le numéro des parcelles concernées ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, d'une part, un certificat d'urbanisme opérationnel positif a été délivré, le 6 mai 2020, par le maire de la commune et, d'autre part, le projet ne compromet pas, ni de rend plus onéreuse, l'exécution du futur plan local d'urbanisme.
La clôture d'instruction immédiate a été fixée par une ordonnance du 24 avril 2023.
Sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été produites, à la demande du tribunal, par la commune de Gangrange le 24 avril 2023 qui n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Michel Richard,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Maurin, avocat de la société Nil Promotion.
La commune de Gandrange, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. La société Nil Promotion a déposé, le 15 mars 2022, une demande de permis de construire portant sur la construction de trois maisons individuelles sur les parcelles cadastrées section 1 n° 551, 604 et 605. Par un arrêté du 30 juin 2022, le maire de Gandrange a opposé un sursis à statuer sur la demande de permis de construire. Par la requête susvisée, la société Nil Promotion demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté du 30 juin 2022 :
2. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".
3. Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus () aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code (). / () / Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. L'autorité compétente ne peut, à l'expiration du délai de validité du sursis ordonné, opposer à une même demande d'autorisation un nouveau sursis fondé sur le même motif que le sursis initial. Si des motifs différents rendent possible l'intervention d'une décision de sursis à statuer par application d'une disposition législative autre que celle qui a servi de fondement au sursis initial, la durée totale des sursis ordonnés ne peut en aucun cas excéder trois ans. À l'expiration du délai de validité du sursis à statuer, une décision doit, sur simple confirmation par l'intéressé de sa demande, être prise par l'autorité compétente chargée de la délivrance de l'autorisation, dans le délai de deux mois suivant cette confirmation. Cette confirmation peut intervenir au plus tard deux mois après l'expiration du délai de validité du sursis à statuer. Une décision définitive doit alors être prise par l'autorité compétente pour la délivrance de l'autorisation, dans un délai de deux mois suivant cette confirmation. À défaut de notification de la décision dans ce dernier délai, l'autorisation est considérée comme accordée dans les termes où elle avait été demandée. / () ".
4. Un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de permis de construire, sur le fondement de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, postérieurement au débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable, qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.
5. Il est constant que le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable a eu lieu lors de la délibération du conseil municipal de Gandrange le 9 novembre 2021. Pour opposer un sursis à statuer à la demande de permis de construire présentée par la société requérante, le maire de Gandrange s'est fondé sur la circonstance que, dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme, le projet de révision prévoit de créer une zone naturelle de jardin sur une partie des parcelles concernées par le projet. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier et la commune qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'établit pas qu'à la date de la décision attaquée, l'avancement du projet de révision du plan local d'urbanisme était suffisamment avancé et de nature à lui permettre de fonder la décision de sursis à statuer, en raison notamment de l'absence de plan de zonage ou de projet de règlement concernant précisément les parcelles en litige.
6. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé entre des parcelles déjà construites, à l'est, au sud et à l'ouest. De plus, si le projet porte sur la création de 3 maisons individuelles, ces constructions sont mitoyennes et occupent une surface limitée de 360,16m². Le projet prévoit aussi la création de jardin de type verger à l'arrière des constructions afin d'assurer une transition avec la zone naturelle. Pour sa part, la commune a pour objectif de préserver l'identité architecturale de la commune, des cités ouvrières et de leurs jardins et de créer une zone naturelle de jardin sur une partie des parcelles concernées et a produit en ce sens et à la demande expresse du tribunal sur le fondement de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative, des éléments de zonage et de règlement. De tels éléments ne suffisent toutefois pas à établir que le projet de la société Nil Promotion, qui permet notamment de préserver l'existence de jardins, compromettrait, ou rendrait plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Gandrange a fait une inexacte application des dispositions des articles L.424-1 et L.153-11 du code de l'urbanisme.
7. Pour l'application de l'article L.600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparait, en l'état du dossier, susceptible d'entrainer l'annulation de la décision contestée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2022 portant sursis à statuer opposé à sa demande de permis de construire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
10. Aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire. ". Doit être regardée comme un refus, au sens de ces dernières dispositions, une décision de sursis à statuer prise sur le fondement de l'article L. 153-11 du même code.
11. Aux termes de l'article L.424-3 du code de l'urbanisme: "Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle () oppose un sursis à statuer ()".
12. Enfin, aux termes de l'article L.421-6 du code de l'urbanisme: " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique()".
13. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou s'il s'en saisit d'office après en avoir informé les parties conformément à l'article R 611-7-3 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation.
14. Il appartient également au juge d'ordonner à l'autorité compétente la délivrance de l'autorisation demandée, lorsque, aucune règle d'urbanisme applicable au projet ne justifiant un refus d'autorisation, le service instructeur oppose, à tort, un sursis à statuer au motif que le projet serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan.
15. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, en vertu de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, demeurent applicables à la demande, interdisent d'y faire droit, pour un motif que l'administration n'a pas relevé à l'issue de l'instruction qu'elle a nécessairement et préalablement menée au regard de la règlementation visée à l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme, soit que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
16. Il ne résulte pas de l'instruction qu'au regard de ce qui a été indiqué au point précédent et alors que la commune n'a produit aucune défense ni observation dans le cadre du présent litige, un motif soit de nature à faire obstacle à ce qu'il soit enjoint au maire de la commune de Gandrange de délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Gandrange le paiement à la société Nil Promotion de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté 30 juin 2022 par lequel le maire de Gandrange a opposé un sursis à statuer à la demande de permis de construire déposée par la société Nil Promotion est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Gandrange de délivrer le permis de construire sollicité par la société Nil Promotion dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Gandrange versera à la société Nil Promotion une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Nil Promotion et à la commune de Gandrange.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
Mme Kalt, première conseillère,
Mme Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La première assesseure,
L. KALT
Le président rapporteur,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet de Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026