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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2205707

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2205707

mercredi 7 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2205707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDA COSTA DAUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 30 août et

6 septembre 2022, M. E A, représenté par Me Da Costa Daul, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 août 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays de destination, pris pour l'exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée par le juge pénal.

Il soutient que :

- faute de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonnet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Da Costa Daul, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que M. A, contrairement à ce qu'il a indiqué dans sa requête, soutient être entré en France en 1989 et non en 1992 et qu'en Algérie il n'aura pas les moyens de payer le traitement médical nécessaire à son état de santé ;

- les observations de M. A, assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe, qui indique qu'il est malade.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du

4 novembre 1950 ".

2. Par la présente requête, M. A, ressortissant algérien, demande l'annulation de la décision du 19 septembre 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en exécution de l'interdiction définitive du territoire français prononcée par un jugement du tribunal judiciaire de Draguignan en date du 2 octobre 1995.

3. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné à M. C, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation pour signer tous actes relatifs aux étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 1 qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. M. A soutient d'une part que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui a reconnu un taux d'incapacité compris entre 50% et 75% et qu'il bénéficie de l'allocation pour adulte handicapé et d'autre part qu'il ne sera pas en mesure de financer le traitement médical nécessaire au traitement des troubles psychiatriques dont il souffre en Algérie. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que M. A serait personnellement exposé à des traitements prohibés par stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il ne pourrait pas bénéficier des soins requis par son état de santé en cas de retour en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

6. En dernier lieu, les conséquences d'un éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale de M. A résultent de cette décision judiciaire d'interdiction du territoire dont il a été l'objet et non de la décision en litige par laquelle le préfet s'est borné à fixer le pays de renvoi en exécution de cette sanction pénale. Il s'ensuit que le requérant ne peut utilement faire valoir que l'arrêté en litige porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 août 2022.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Da Costa Daul et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 7 septembre 2022.

La magistrate désignée,

L. B

Le greffier,

C. Bohn La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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