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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2205754

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2205754

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2205754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e chambre
Avocat requérantCHEBBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, Mme D B, représentée par Me Chebbale, agissant au nom de son fils mineur C A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à son fils mineur ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer sans délai le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et notamment l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 8 juin 2022, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- l'entretien de vulnérabilité n'a pas été réalisé ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- la décision ne tient pas compte des éléments de vulnérabilité de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est incompatible avec les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Le directeur général de l'OFII fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe Michel, rapporteur ;

- et les observations de Me Chebbale pour Mme B.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne née en 2000, est entrée irrégulièrement en France le 25 août 2018. La demande d'asile qu'elle a présentée le 5 septembre 2018 a été rejetée successivement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 juin 2019 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 septembre 2020. Elle a sollicité en 2022 la reconnaissance du statut de réfugié pour son fils mineur, C A, né le 28 août 2021 à Strasbourg. Cette demande a été enregistrée le 8 juin 2022 en procédure accélérée. Mme B a sollicité par courriel du 17 juin 2022 le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour le compte de son fils. Par la présente requête, Mme B, agissant au nom de son fils mineur, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a refusé d'accorder à cet enfant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ".

3.

Contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier qu'un entretien d'évaluation de vulnérabilité a été réalisé le 2 août 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des éléments particuliers de vulnérabilité n'auraient pas été pris en considération. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. (). / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Si Mme B soutient que la décision attaquée n'est pas motivée, elle n'établit ni même n'allègue avoir sollicité auprès de l'OFII la communication des motifs de cette décision. Par conséquent, son moyen ne peut pas être accueilli.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable () ". Aux termes de son article L. 521-3 : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ". En application de l'article L. 531-23 du même code : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents présentée dans les conditions prévues à l'article L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable aux enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. " Aux termes de l'article L. 521-13 du même code : " L'étranger est tenu de coopérer avec l'autorité administrative compétente en vue d'établir son identité, sa nationalité ou ses nationalités, sa situation familiale, son parcours depuis son pays d'origine ainsi que, le cas échéant, ses demandes d'asile antérieures. Il présente tous documents d'identité ou de voyage dont il dispose. "

8. Enfin, aux termes de l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. / Le fait que le demandeur ait explicitement retiré sa demande antérieure, ou que la décision définitive ait été prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38, ou encore que le demandeur ait quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine, ne fait pas obstacle à l'application des dispositions du premier alinéa. () ". En application de l'article L. 531-9 du même code : " Si des éléments nouveaux sont présentés par le demandeur d'asile alors que la procédure concernant sa demande est en cours, ils sont examinés, dans le cadre de cette procédure, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'il n'a pas encore statué ou par la Cour nationale du droit d'asile si elle est saisie. "

9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'OFII ou, en cas de recours, la CNDA, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'Office ou, en cas de recours, par la CNDA, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire.

10. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. La demande ainsi présentée au nom du mineur présentant le caractère d'une demande de réexamen, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est refusé à la famille, totalement ou partiellement, conformément aux dispositions de l'article L. 551-15, sous réserve d'un examen au cas par cas tenant notamment compte de la présence au sein de la famille du mineur concerné.

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le fils mineur E, au nom duquel la demande d'asile a été présentée, est né le 28 août 2021, postérieurement au rejet de la demande d'asile de sa mère, par un arrêt du 17 septembre 2020 de la CNDA. Dans ces conditions, la demande formulée au nom de cet enfant mineur avait le caractère d'une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'OFII a pu lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 551-15 du même code.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "

14. Mme B n'est pas fondée à soutenir que par le seul fait qu'elle était parente isolée de deux enfants mineurs, elle se trouvait en situation de vulnérabilité au sens des dispositions ci-dessus reproduites. Si la requérante se prévaut de son état de santé, elle ne donne aucune précision sur la nature de sa pathologie ou sur son traitement. Le certificat médical du 4 juillet 2022, qui se borne à indiquer que l'intéressée " nécessite le soutien en journée de dispositifs d'accueil pour ses enfants ", ne comporte pas davantage de précision sur son état de santé, seulement qualifié de " fragile ", ou sur la prise en charge médicale dont elle bénéficierait. Mme B n'assortit d'aucun commencement de preuve son allégation selon laquelle elle serait privée de ressources. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que sa situation de parente isolée aurait dû conduire l'administration à faire droit à sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sera écarté.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ".

16. Il ne ressort d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil feraient, en toutes circonstances, obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut pas être accueilli.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête E, agissant au nom de son fils mineur, doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et aux dépens.

D É C I D E :

Article 1 : La requête E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Chebbale et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Baptiste Sibileau, président,

Mme Sarah Fuchs Uhl, conseillère,

M. Christophe Michel, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le rapporteur,

C. MICHEL

Le président,

J.-B. SIBILEAU

Le président,

J.-B. SIBILEAU

La greffière,

S. BILGER-MARTINEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

C. BOHN

No 2205754

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