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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2205821

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2205821

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2205821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e chambre
Avocat requérantCHEBBALE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de M. A, un ressortissant de Sierra Leone, contestant le refus implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil lors de sa demande de réexamen d'asile. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la décision de refus était fondée sur l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, car M. A avait présenté une demande de réexamen. Il a également jugé que les moyens soulevés, notamment l’absence d’entretien de vulnérabilité et le défaut de motivation, n’étaient pas fondés, la décision initiale étant écrite et motivée. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions de M. A, y compris celles relatives aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Chebbale, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer sans délai l'allocation pour demandeur d'asile à partir du 4 mai 2022, en tenant compte de la composition familiale, et sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence dès lors qu'elle confirme la décision initiale du 4 mai 2022, elle-même entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que n'ont été réalisés aucun entretien personnel et aucune évaluation de la vulnérabilité ;

- la décision attaquée n'est pas motivée et n'est pas écrite en méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle :

- la décision attaquée méconnaît lest articles 20§5 et 25 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable parce qu'elle est dépourvue d'objet et que la décision attaquée ne fait pas grief au requérant ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sibileau, président,

- et les observations de Me Chebbale, pour M. A, non présent.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de Sierra Leone né le 15 juin 1997, est entré en France selon ses dires en 2018. Le 12 décembre 2018, il a présenté une demande d'asile au guichet unique de la préfecture de la Moselle, enregistrée en procédure normale et accepté la prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté 6 avril 2021 sa demande d'admission au statut de réfugié. Le 25 octobre 2021 la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé la décision de l'OFPRA. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 4 mai 2022. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Strasbourg a refusé de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Il est constant que M. A a déposé un recours administratif préalable obligatoire contestant cette décision et que dans le silence de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, une décision implicite de rejet s'est formée le 16 juillet 2022, dont M. A demande l'annulation. Le 23 mai 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande de réexamen de l'intéressé pour irrecevabilité.

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Le requérant ne peut ainsi invoquer utilement des moyens tirés des vices propres de la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle.

4. En l'espèce, il est constant que M. A a saisi le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'un recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 4 mai 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, la décision implicite rejetant ce recours s'est nécessairement substituée à la décision initiale du 4 mai 2022. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette dernière décision doit être écarté comme étant inopérant.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et du compte-rendu d'entretien signé par l'intéressé que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un réexamen de sa vulnérabilité en langue anglaise le 4 mai 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut d'entretien personnel et d'évaluation de la vulnérabilité ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait adressé au directeur général de l'OFII une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.

8. En quatrième lieu, le requérant fait valoir que le directeur général de l'OFII n'a pas tenu compte de sa situation de vulnérabilité. Toutefois, en se bornant à faire valoir qu'il a subi une intervention chirurgicale du genou en 2019, qu'il ne peut se vêtir, se nourrir ou accéder aux produits d'hygiènes nécessaires, M. A ne produit pas à l'instance d'éléments suffisants pour établir la situation de particulière précarité dont il se prévaut. Dès lors, son moyen ne peut qu'être écarté. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision est entachée d'erreur de droit en ce que le directeur de l'OFII s'est cru, à tort, en situation de compétence liée, et que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ". t aux termes du paragraphe 1er de l'article 25 de la directive n° 2013/33 citée précédemment : " Les États membres font en sorte que les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres violences graves, reçoivent le traitement que nécessitent les dommages causés par de tels actes et, en particulier, qu'elles aient accès à des traitements ou des soins médicaux et psychologiques adéquats ".

10. Il ne ressort ni des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'aucune autre disposition que les décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil feraient en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 susvisée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".Ces stipulations n'excluent pas la possibilité que la responsabilité de l'État soit engagée sous l'angle de l'article 3 par un traitement dans le cadre duquel un requérant totalement dépendant de l'aide publique serait confronté à l'indifférence des autorités alors qu'il se trouverait dans une situation de privation ou de manque à ce point grave qu'elle serait incompatible avec la dignité humaine.

12. Toutefois, M. A n'établit par ses seules allégations ni que l'administration aurait été indifférente à sa situation ni qu'il se serait trouvé, du seul fait de la décision attaquée dans une situation qui atteindrait le seuil de gravité propre aux stipulations précitées, par conséquent le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Sibileau, président,

- Mme Malgras, première conseillère,

- M. C, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 février 2025.

Le président-rapporteur,

J.-B. SIBILEAUL'assesseure la plus ancienne,

S. MALGRAS

La greffière,

S. BILGER-MARTINEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Bilger-Martinez

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