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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2205824

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2205824

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2205824
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2022, sous le numéro 225824, M. A C, représenté par Me Gaudron, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 3 août 2022 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en tant que demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder sans délai le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en tant que demandeur d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui indiquer un lieu d'hébergement dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros TTC à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la recevabilité de la requête :

- il a formé un recours administratif préalable obligatoire contre la décision attaquée le 31 août 2022, et il est, dès lors, recevable à introduire un référé ;

Sur la condition d'urgence :

- il se trouve dans une situation d'urgence dès lors que sa famille se trouve dans une situation précaire, qu'il n'est pas autorisé à travailler et que sa famille, sans hébergement, éprouve les plus grandes difficultés à se nourrir, se vêtir, et accéder aux produits d'hygiène ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, et notamment de la situation de santé de son épouse ;

- la décision a été prise en attendre l'avis du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration concernant son épouse ;

- le directeur s'est cru à tort en situation de compétence liée pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et les articles L. 522-1 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne tient pas compte de sa situation de vulnérabilité ;

- - il satisfait aux conditions pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;

- La décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors, d'une part, que le requérant, qui ne perçoit plus l'allocation pour demandeurs d'asile depuis le mois de juin 2022, doit bénéficier d'aides privées ou associatives, d'autre part, que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté la demande d'asile du requérant le 7 juin 2022, et enfin, que la vulnérabilité du requérant n'est pas démontrée ;

- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la mesure contestée, les moyens invoqués n'étant pas fondés.

II- Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2022, sous le numéro 225825, Mme B D épouse C, représentée par Me Gaudron, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 3 août 2022 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en tant que demandeuse d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder sans délai le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en tant que demandeuse d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui indiquer un lieu d'hébergement dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros TTC à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la recevabilité de la requête :

- elle a formé un recours administratif préalable obligatoire contre la décision attaquée le 31 août 2022, et elle est, dès lors, recevable à introduire un référé ;

-

Sur la condition d'urgence :

- elle se trouve dans une situation d'urgence dès lors que sa famille se trouve dans une situation précaire, qu'elle n'est pas autorisé à travailler et que sa famille, sans hébergement, éprouve les plus grandes difficultés à se nourrir, se vêtir, et accéder aux produits d'hygiène ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, et notamment de sa situation de santé;

- la décision a été prise sans attendre l'avis du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration;

- le directeur s'est cru à tort en situation de compétence liée pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et les articles L. 522-1 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne tient pas compte de sa situation de vulnérabilité ;

- elle satisfait aux conditions pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors, d'une part, que la requérante, qui ne perçoit plus l'allocation pour demandeurs d'asile depuis le mois de juin 2022, doit bénéficier d'aides privées ou associatives, d'autre part, que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté la demande d'asile de la requérante le 7 juin 2022, et enfin, que la vulnérabilité de la requérante n'est pas démontrée ;

- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la mesure contestée, les moyens invoqués n'étant pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les recours administratifs préalables obligatoires adressés le 31 août 2022 au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dulmet pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 août 2022 :

- le rapport de Mme Dulmet, juge des référés ;

- les observations de Me Gaudron, représentant M.et Mme C, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures, et insiste sur la vulnérabilité particulière de Mme C, eu égard à son état de santé, et la précarité de la situation de la famille, qui ne dispose pas de façon pérenne de nourriture et de produit d'hygiène, ni d'un hébergement par les dispositifs d'urgence.

Le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants nigérians, ont présenté une demande d'asile sur le territoire français le 21 janvier 2019. Le même jour, ils ont accepté l'offre de prise en charge. Ils ont par la suite bénéficié des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Leur demande d'asile a cependant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis la Cour nationale du droit d'asile, le 7 juin 2022. Le 3 août 2022, ils ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeurs d'asile. Par leurs requêtes, M ; et Mme C demandent à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution des décisions portant refus d'attribution des conditions matérielles d'accueil.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2205824 et 2205825, présentées respectivement pour M. et Mme C sont relatives à la situation des membres d'une même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence de la situation, il y a lieu d'admettre provisoirement M. et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

5. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : ()/ 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ;() / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables.(). ". Aux termes de l'article L. 522-3 : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "

6. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par M. et Mme C à l'appui de leur demande de suspension, tels qu'ils sont précisément analysés dans les visas, ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées. Par suite, sans même qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions des requêtes de M. et Mme C présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Mme B C, à Me Gaudron et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Strasbourg, le 29 septembre 2022.

La juge des référés,

A. Dulmet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2205824 - 2205825

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