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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2205880

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2205880

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2205880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP DELATTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 12 septembre 2022, M. B C, détenu à la Maison d'arrêt de Strasbourg et représenté par Me Delattre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par un auteur incompétent pour ce faire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation en droit et en fait et d'examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle dès lors qu'il a des attaches familiales en France et qu'il est intégré à la société française ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application des dispositions de l'article L.614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Michel Richard, magistrat désigné,

- les observations de Me Torun, substituant Me Delattre, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les moyens communs :

1. En premier lieu, la préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 4 mars 2022, donné délégation à M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer ou de viser, dans les limites des attributions dévolues à cette direction, tous actes, décisions et pièces. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées, signées par M. A E, serait entachées du vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

2. En second lieu, les moyens consistant à cocher des cases sans autre précision sur la situation propre du requérant ou le fondement juridique invoqué, dans les écritures ou à l'audience, ne sont pas assortis de précisions suffisantes de nature à permettre d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Il résulte des termes de la décision que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation du requérant et que la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que cette décision retrace le parcours de l'intéressé, notamment le rejet de sa demande d'asile, le fait qu'il ait fait l'objet d'une précédente décision d'obligation de quitter le territoire français et fait référence à sa situation familiale en France et dans son pays d'origine, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Le requérant indique qu'il a vécu sur le territoire français pendant vingt ans, qu'il maîtrise la langue française, qu'il est intégré à la société française, ayant obtenu une promesse d'embauche et que ses attaches familiales se situent en France dès lors que sa mère, sa tante et sa sœur, toutes trois en situation régulière, résident en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée définitivement par décision de la cour nationale du droit d'asile le 9 novembre 2020 et qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. De plus, il a été condamné par le tribunal correctionnel à plusieurs reprises pour des faits de vol et de port d'arme et a été incarcéré à la maison d'arrêt de Strasbourg le 12 mai 2022. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne disposerait plus d'attache privée et familiale dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de sa vie avant son arrivée ou ses allers retours avec la France.

6. Si le requérant indique ne pas représenter de menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné à plusieurs reprises à des peines d'emprisonnement pour des faits de vol et qu'il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Strasbourg le 12 mai 2022, qu'il a indiqué aux gendarmes, lors de sa garde à vue, être dépendant à la cocaïne et avoir dérobé de la marchandise pour " revendre et acheter de la drogue ". Son comportement peut dès lors être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public.

7. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales familiale ou commis une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle et familiale en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens invoqués en ce sens doivent être écartés.

8. Si requérant soutient que la préfète du Bas-Rhin a méconnu le principe du respect des droits de la défense, il n'indique pas les éléments qu'il n'a pas été en mesure de porter à la connaissance de la préfète et qui auraient été susceptibles de conduire à l'édiction d'une décision différente. Par suite, le moyen tiré de ce que la méconnaissance du principe du respect des droits de la défense aurait été méconnu doit en tout état de cause être écarté.

Sur la légalité de la décision refusant le délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () "

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il représente une menace pour l'ordre public. Par suite, son moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin a entaché sa décision lui refusant un délai de départ volontaire d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur de droit doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et compte-tenu de ce qui a été dit au point 6, qu'en se fondant notamment sur la soustraction de M. C à une précédente mesure d'éloignement et sur la menace à l'ordre public qu'il représente, la préfète, ait entaché sa décision de lui interdire le retour sur le territoire français d'une erreur d'appréciation. Il résulte de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision quand bien même il aurait des membres de sa famille en France, contrairement à ce qu'indique l'arrêté en litige.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin en date du 7 septembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Delattre et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière,

L. Cherif La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

L. Cherif

N°2205880

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