mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2205948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ELSAESSER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, M. A E, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, durant l'instruction, une attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- faute de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant interdiction de quitter le territoire français :
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que la mesure d'éloignement n'est pas exécutoire à la date d'édiction de l'interdiction de retour ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation de son opportunité ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences d'une exceptionnelle gravité.
Sur la décision portant assignation à résidence :
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- - faute de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision est entachée d'incompétence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lusset, magistrat désigné ;
- les observations de Me Elsaesser, avocat de M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article
L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
3. Par un arrêté du 20 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, pendant sa permanence, à M. D C, sous-préfet de l'arrondissement de Molsheim, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des " législations et réglementations relatives à l'entrée, au séjour des étrangers en France et au droit d'asile, ainsi qu'aux mesures restrictives de liberté (placement en rétention, assignation à résidence) et d'éloignement ou de remise à un autre Etat, et à l'interdiction de retour ou de circulation sur le territoire français. " Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. M. E, ressortissant tunisien âgé de 22 ans, est entré irrégulièrement en France il y a environ deux ans, selon ses déclarations. Il est constant qu'il n'a jamais cherché à régulariser sa situation administrative en sollicitant son admission au séjour, se maintenant ainsi de façon irrégulière sur le territoire. S'il se prévaut de sa relation avec une ressortissante algérienne, en situation régulière et mère de deux enfants, avec qui il projette de se marier, cette relation présente un caractère récent, l'intéressée n'ayant sollicité le divorce d'avec son ex-époux, intervenu le 3 juin 2022, que le 5 avril 2022. M. E ne fait par ailleurs état d'aucun autre élément d'intégration. Enfin, il n'allègue pas être isolé dans son pays d'origine. Ainsi, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, la décision ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige doit être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige doit être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
10. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.
11. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, M. E vit en France environ deux ans seulement, selon ses propres déclarations, et il n'établit pas, ni même n'allègue, par ailleurs, qu'il n'aurait plus aucuns liens privés ou familiaux dans son pays d'origine. Par suite, le requérant ne justifie pas, par sa seule relation avec une ressortissante algérienne en situation régulière, de circonstances humanitaires de nature à s'opposer à une interdiction de retour en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'établit pas davantage que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
12. En quatrième et dernier lieu, la circonstance que l'arrêté contesté indique que la décision litigieuse est exécutoire à compter de sa notification constitue une erreur de plume et se trouve, par suite, sans incidence sur la décision litigieuse. En effet, la durée de l'interdiction édictée ainsi que ses conséquences sur l'entrée sur le territoire de l'intéressé et sa régularisation éventuelle ne commencent à courir, selon les termes de l'arrêté, qu'à compter de son exécution effective.
Sur la décision portant assignation à résidence :
13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence doit être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 10 septembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
A. B
Le greffier,
L. Cherif
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. Cherif
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026