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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206016

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206016

mercredi 7 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHENTZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2022, Mme B, représentée par Me Hentz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, à défaut, de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte

de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision est fondée sur des faits matériellement inexacts ; (

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le délai de départ :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par ordonnance du 19 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée

au 27 octobre 2022.

Un mémoire en défense, présenté par la préfète du Bas-Rhin, a été enregistré

le 9 novembre 2022 et non communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 novembre 2022 :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Hentz, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante mauricienne, née le 13 août 1987, est entrée régulièrement en France le 18 septembre 2021 sous couvert d'un visa long séjour valable du 18 septembre 2021 au 18 mai 2022. Le 10 mai 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par arrêté du 20 juillet 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions prises en matière de séjour et d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en litige, signées par M. C, seraient entachées du vice d'incompétence doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des énonciations de l'arrêté contesté que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

4. En deuxième lieu, les erreurs commises par la préfète quant au patronyme de la requérante, qui n'est pas Arasen, nom de son ancien mari, mais B, et quant à la possibilité, pour la requérante, de bénéficier du regroupement familial, alors qu'elle n'est pas mariée, sont sans incidence sur la légalité de la décision contestée, dès lors que la préfète ne s'est méprise ni sur l'identité de l'intéressée, ni sur la portée de sa demande d'admission au séjour.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Mme B se prévaut de sa relation et de la conclusion d'un pacte civil de solidarité avec un compatriote titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'au 16 octobre 2030. Toutefois, Mme B n'était présente sur le territoire français, et ne vivait avec son compagnon, que depuis moins d'un an à la date de l'arrêté contesté. Elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans et où résident sa mère et son frère. Dans ces conditions, la préfète n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a refusé de l'admettre au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, et alors que Mme B, qui n'est pas autorisée à travailler en France, ne peut pas se prévaloir de l'activité professionnelle qu'elle y exercerait, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées en estimant que son admission au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires et n'est pas justifiée par des motifs exceptionnels.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dans l'intérêt supérieur du fils du compagnon de Mme B, qu'elle ne voit que depuis septembre 2021 à raison d'un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaire, de ne pas être séparé de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

11. En sixième lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées aux points 6 et 10, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision de refus de séjour sur la situation personnelle de la requérante.

12. En dernier lieu, la requérante est fondée à soutenir que la préfète a commis une erreur de droit en se fondant sur la circonstance que son visa de long séjour portant la mention " dispense de carte de séjour " ne lui permettait pas, à l'expiration de sa durée de validité, d'obtenir la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Toutefois, la préfète ne s'est pas fondée uniquement sur ce motif, mais également sur les motifs tirés de ce que l'intéressée ne remplissait pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour prévues par les dispositions sur lesquelles elle a fondé sa demande. Il ressort des pièces du dossier que la préfète aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ces motifs qui, ainsi qu'il vient d'être dit, sont légaux. Par suite, l'illégalité du motif tenant à la détention d'un visa de long séjour portant la mention " dispense de carte de séjour " n'entache pas d'illégalité la décision contestée.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Pour les mêmes raisons que celles indiquées précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de la requérante doivent être écarté.

Sur la décision portant refus de délai de départ :

14. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

16. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 20 juillet 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Hentz et à la préfète du Bas-Rhin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 7 décembre 2022.

Le président-rapporteur

P. AL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. MERRI

La greffière,

M-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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