mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2206061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEONEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 septembre 2022 et 17 janvier 2023, Mme A E, représentée par la SELARL Lediscorde-Deleau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel le maire d'Haguenau a accordé à la SARL Altexia-Sojuor un permis de construire trois immeubles d'habitation, pour un total de 53 logements et une surface de plancher de 3 484,75 mètres carrés, sur un terrain situé rue de Baudel, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Haguenau une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme, ainsi que les dispositions des articles 1 UD, 3 UD et 12 UD du règlement du plan local d'urbanisme d'Haguenau.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 novembre 2022 et 22 février 2023, la SARL Altexia Sojuor, représentée par la SELARL Leonem, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 novembre 2022 et 14 février 2023, la commune d'Haguenau, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction immédiate a été fixée par une ordonnance du 16 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Huck, avocat de la commune de Haguenau,
- les observations de Me Juliac-Degrelle, avocat de la société Altexia-Sojuor.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 décembre 2021, la SARL Altexia-Sojuor a présenté une demande de permis de construire portant sur la construction de trois immeubles d'habitation, pour un total de 53 logements et une surface de plancher de 3 484,75 mètres carrés, sur un terrain situé rue de Baudel à Haguenau. Par un arrêté du 22 mars 2022, le maire a accordé le permis sollicité. Le 20 mai 2022, Mme E a formé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par une décision du 19 juillet 2022. Le 24 octobre 2022, le maire d'Haguenau a délivré à la SARL Altexia-Sojuor un permis de construire modificatif. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022.
Sur la légalité des permis de construire :
2. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
3. En premier lieu, par un arrêté du 2 juillet 2021, régulièrement publié, le maire d'Haguenau a délégué à Mme F C ses fonctions en matière d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée du vice d'incompétence doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, par une convention du 14 avril 2022, jointe au dossier de demande de permis de construire modificatif, la société pétitionnaire et la commune d'Haguenau ont convenu que les lots n° 1 et 3 du projet, constituant la voirie interne, seront rétrocédés à la commune et intégrés au domaine public. Il en résulte que le projet ne prévoit ainsi pas de voies ou espaces communs justifiant que soit joint au dossier un projet de constitution d'association syndicale. Par suite, le moyen articulé en ce sens doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 1 UD du règlement du plan local d'urbanisme : " () 4. Dans les secteurs délimités comme inondables dans le document risques du règlement graphique, en l'absence de connaissance de l'aléa et dans les secteurs d'aléa fort, toutes constructions, installations et remblai sont interdits, à l'exception d'une seule extension limitée des constructions existantes, dans la limite de 20 m² de surface de plancher pour les habitations et de 20 % de l'emprise au sol pour les équipements publics et les activités / Dans les secteurs d'aléa faible à moyen, les constructions, les installations et les travaux sont interdits s'ils augmentent l'exposition au risque des biens et des personnes. Sont en particulier interdits ceux qui, par leur nature, leur implantation ou leur destination, présentent une exposition particulière par rapport au risque d'inondation, c'est-à-dire : / - les constructions particulièrement vulnérables, telles les hôpitaux, crèches, prisons / - la réalisation de locaux habitables ou aménageables à une hauteur les rendant vulnérables à la submersion et notamment la réalisation de garages ou de sous-sols enterrés, / - les constructions et installations faisant obstacle à l'écoulement des eaux dont la longueur transversale au flux d'écoulement principal est supérieure à 25 m, / - tout stockage de produits dangereux au sens de la nomenclature des installations classées et du règlement sanitaire départemental ou de produits susceptibles de polluer par contact avec l'eau, - les bassins de décantation. / Dans les secteurs délimités comme inondables dans le document risques du règlement graphique et concernés par un aléa faible à moyen, la réalisation de remblais est interdite en dehors de ceux strictement nécessaires techniquement à la réalisation d'une construction ou d'une installation admise ".
7. Il ressort certes des pièces du dossier, en particulier du règlement graphique du plan local d'urbanisme, que le terrain en litige est situé en " secteur inondable ". Il ressort toutefois du rapport de présentation que ce zonage a été délimité, alors que le plan de prévention du risque d'inondation de la Moder était seulement en cours d'élaboration. Dans l'attente de l'arrêté préfectoral fixant ce PPRI, les auteurs du plan local d'urbanisme se sont fondés sur " le principe de précaution ", en édictant une interdiction générale de construction, en l'absence de connaissance du niveau d'aléa de chaque zone. Le rapport de présentation précise à cet égard que, dès lors que des études ou l'état des connaissances permettraient de déterminer la nature de l'aléa, des constructions seraient autorisées en fonction de l'intensité de cet aléa. Il ressort désormais du PPRI arrêté le 8 avril 2021, notamment de la carte d'aléa inondation, que le terrain en litige n'est pas situé dans un secteur affecté d'un aléa d'inondation. Dans ces conditions, et quand bien même le plan local d'urbanisme n'aurait pas intégré ces circonstances nouvelles lors de modifications ultérieures, le projet ne peut se voir appliquer les restrictions des droits à construire prévus à l'article 1 UD, qui ne concernent que les zones sujettes à un aléa ou pour lesquelles l'aléa n'est pas connu. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1 UD du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 UD du règlement du plan local d'urbanisme : " 3. Voirie / 3.1. Les voies nouvelles ou les rénovations complètes de voies existantes, dès lors que les contraintes de site et d'exploitation le permettent, doivent être aménagées de façon à permettre une circulation sécurisée des vélos ".
9. Il ressort du dossier de demande de permis de construire modificatif, en particulier de la notice descriptive, que la voie de circulation interne aura une largeur de 5,50 mètres, que la pétitionnaire a prévu un marquage au sol représentant le passage des cyclistes dans les deux sens de circulation, outre une limitation de la vitesse à 30 km/h, conformément aux préconisations du centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) en matière de protection des cyclistes. Dans ces conditions, à supposer que le permis initial était irrégulier sur ce point, le permis de construire modificatif l'a régularisé et la requérante n'est pas fondée à soutenir que le permis a été accordé en méconnaissance des dispositions de l'article 3 UD du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen articulé en ce sens doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 12 UD du règlement du plan local d'urbanisme : " Au minimum 60 % des besoins en stationnement des constructions destinées à l'habitat doivent être intégrés à la construction et l'accès à cet espace de stationnement doit être unique pour les opérations dont la surface de plancher affectée à l'habitation est égale ou supérieure à 300 m² ". Le règlement précise également que : " Dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur un même terrain, de plusieurs bâtiments dont le terrain doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, l'ensemble des règles édictées par le présent règlement de zone doivent être regardées en fonction des limites produites, lot par lot, par ces opérations et non au regard de l'ensemble du projet ".
11. La requérante fait valoir que les bâtiments B et C, implantés sur le même lot n° 4 et dont la surface de plancher est supérieure à 300 mètres carrés, comportent chacun un accès aux espaces de stationnement, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 12 UD qui imposeraient un accès unique par lot. Toutefois, contrairement à ce que soutient la requérante, ces dispositions s'apprécient par bâtiment, de sorte qu'en prévoyant un seul accès au parking de chaque immeuble, le projet n'a pas été autorisé en méconnaissance des dispositions précitées. Par suite, le moyen articulé en ce sens doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Haguenau, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais liés au litige.
14. En revanche, il y a lieu, sur le fondement de ces dernières dispositions, de mettre à la charge de Mme E le paiement de la somme de 1 000 euros à la commune d'Haguenau et la même somme à la société Altexia Sojuor au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Mme E versera à la SARL Altexia Sojuor une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Mme E versera à la commune d'Haguenau une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à la SARL Altexia Sojuor et à la commune d'Haguenau.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
Mme Kalt, première conseillère,
Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mai 2023.
La rapporteure,
L. B
Le président,
M. D
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026