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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206137

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206137

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (2)
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2022, Mme C E, représentée par Me Grün, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 7 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Moselle lui a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle, dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou une autorisation provisoire de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

4°) à défaut, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 900 euros au titre des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Mme E soutient que :

Sur le retrait d'attestation de demande d'asile :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la Convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle se fonde sur une erreur de droit ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de la CEDH ;

- elle est disproportionnée notamment quant à sa durée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les conclusions à fin de suspension :

- elle présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

En application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges visés par cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le retrait d'attestation de demande d'asile :

1. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, régulièrement motivée.

2. En deuxième lieu, la circonstance que les voies de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) rejetant sa demande d'asile ne seraient pas épuisées n'est pas de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation.

Le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 2 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Moselle a donné compétence en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à M. D, directeur adjoint, à l'effet de signer les décisions relevant de ce bureau. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, régulièrement motivée.

5. En troisième lieu, il ne résulte d'aucun des termes de la décision contestée que celle-serait entachée d'un défaut d'examen, la requérante ne précisant d'ailleurs pas quels éléments le préfet de la Moselle aurait omis de prendre en compte.

6. En quatrième lieu, la requérante invoque la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, son entrée en France est récente au mois de mars 2022 et elle ne saurait sérieusement soutenir que ses relations seraient " intenses, anciennes, profondes " sans au demeurant apporter aucune preuve. Le moyen ne peut qu'être écarté, de même que pour les mêmes motifs le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

7. En cinquième lieu, il résulte des dispositions combinées du 1° d) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article L. 611-1, de l'article L. 614-1 et suivants et de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un ressortissant étranger issu d'un pays sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée, s'il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué sur son recours, peut contester, auprès du juge administratif, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. En outre, ce recours, faisant au demeurant l'objet du présent jugement, présente un caractère suspensif et le juge saisi a la possibilité, le cas échéant, en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et de permettre, ainsi, au ressortissant étranger de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la CNDA ait statué sur son recours. Ainsi, eu égard notamment à ces garanties procédurales, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige aurait été pris en méconnaissance du droit à un procès équitable tel que garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

Sur le délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

9. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, régulièrement motivée.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet de la Moselle aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en accordant le délai légal de départ volontaire fixé à trente jours par les dispositions précitées.

Sur le pays de renvoi :

11. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, régulièrement motivée, notamment sous l'angle des risques encourus dans le pays d'origine.

12. En deuxième lieu, la requérante invoque la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans apporter le moindre commencement de preuve. Le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, la décision contestée mentionne l'entrée récente de la requérante en France, l'absence de liens stables, le fait qu'elle ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision est régulièrement motivée au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet aurait entachée sa décision d'une erreur de droit.

14. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs qu'au point 4. L'erreur d'appréciation n'est pas davantage établie.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme E à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin de suspension :

16. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".

17. La requérante n'assortit ses conclusions à fin de suspension d'aucun commencement de preuve, se bornant à des propos généraux. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la requérante au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

Sur le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle :

19. La requête de Mme E est dépourvue de tout élément circonstancié et se borne à l'exposé de moyens généraux. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre la requérante au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle,

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Me Grün et au préfet de la Moselle.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 4 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

L. B

Le greffier

N. EL ABBOUDI

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

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