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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206250

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206250

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1 ) d'annuler la décision du 9 mai 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil ;

2 ) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 9 mai 2022, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3 ) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros toutes taxes comprises en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la procédure est irrégulière en ce qu'elle est entachée d'un défaut d'évaluation de la vulnérabilité du demandeur et d'un défaut d'entretien ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'est pas compatible avec les dispositions de l'article 20, paragraphes 2 et 5 de la directive 2013/33/UE dès lors qu'elle ne tient pas compte de sa situation de vulnérabilité, qu'elle a pour effet de le priver de la possibilité de faire face à ses besoins les plus élémentaires et que l'OFII ne justifie pas sa décision de refuser totalement et non partiellement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- elle méconnaît l'article L. 511-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il oppose, à titre principal, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête et soutient, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 22 novembre 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur la substitution d'office de la base légale tirée des dispositions du premier alinéa et du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celle fondée, dans la décision attaquée, sur les dispositions de l'article L. 551-16 de ce code.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 24 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Michel, rapporteur,

- et les observations de Me Chebbale, substituant Me Berry, avocate de M. C, non présent.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1.M. C, ressortissant afghan né en 1992, s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le 15 février 2021 par le guichet unique de la préfecture du Bas-Rhin. Par une décision du même jour, le directeur général de l'OFII lui a accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une lettre du 17 mars 2022, l'OFII a proposé à M. C un hébergement situé à Saint-André-les-Vergers (Aube), qu'il a refusé. Par lettre du 4 avril 2022, l'OFII l'a informé de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait refusé une proposition d'hébergement. Par une décision du 9 mai 2022, dont le requérant demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

Sur le droit applicable au litige :

2.D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " L'article L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. " L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. "

3.D'autre part, l'article L. 551-15 du même code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

4.Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

5.Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait le requérant en se fondant sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la situation de M. C, qui a refusé la proposition d'hébergement qui lui a été faite, n'entrait pas dans le champ de ces dispositions.

6.Toutefois, lorsqu'il constate que la décision attaquée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur un autre fondement que le texte dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assorti le fondement sur lequel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lesquelles peuvent être substituées à celles de l'article L. 551-16 du même code, dès lors, d'une part, que l'office pouvait, en application des dispositions du 2° de l'article L. 551-15 dudit code, refuser à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, d'autre part, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, enfin, que l'administration disposait du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, il y a lieu de substituer les dispositions du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celle de l'article L. 551-16 de ce code.

Sur la légalité de la décision attaquée :

7.En premier lieu, par une décision du 30 mars 2022, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme A, directrice territoriale de Strasbourg, à l'effet de signer dans la limite de ses attributions tous actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Strasbourg. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de Mme A, signataire de la décision du 9 mai 2022, doit être écarté.

8.En deuxième lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'elle est entachée d'une insuffisance de motivation.

9.En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel de la situation de M. C avant de prendre la décision contestée. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'évaluation de la vulnérabilité de l'intéressé doit être écarté.

10.En quatrième lieu, il ne résulte pas des dispositions précitées du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision attaquée devait être précédée d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'entretien est inopérant.

11.En cinquième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ".

12.Il ne ressort d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions portant refus des conditions matérielles d'accueil feraient, en toutes circonstances, obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.

13.En dernier lieu, aux termes de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ".

14.Pour soutenir que l'OFII a méconnu ses besoins et son état de vulnérabilité, M. C se prévaut de son état de santé. Toutefois, s'il résulte des éléments qu'il apporte que le requérant est atteint d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette pathologie n'aurait pas pu être prise en charge à proximité de Saint-André-les-Vergers où était situé l'hébergement qu'il a refusé et qui fait partie de l'agglomération de Troyes. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du second alinéa de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité doivent être écartés.

17.Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'OFII, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 mai 2022 du directeur général de l'OFII. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1 :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Berry et au directeur général de l'OFII.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sibileau président,

Mme Fuchs Uhl, conseillère,

M. Michel, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.

Le rapporteur,

C. MICHEL

Le président,

J.-B. SIBILEAU

La greffière,

S. BILGER-MARTINEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffiére,

S. BILGER-MARTINEZ

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