jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2206308 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022, la SARL Ilex, représentée par SELARL Cossalter De Zolt et Couronne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le maire de Woippy a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison individuelle sur un terrain situé impasse du Moulin Haut, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Woippy de lui délivrer le permis de construire sollicité à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Woippy une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SARL Ilex soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- c'est à tort que le maire de Woippy a, pour refuser de lui délivrer le permis de construire sollicité, estimé que son projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, celles de l'article UB 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Woippy et celles du 3ème alinéa de l'article UB 6 de ce règlement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, la commune de Woippy conclut au rejet de la requête.
La commune de Woippy soutient que :
- les moyens soulevés par la SARL Ilex ne sont pas fondés ;
- à défaut, elle est fondée à solliciter une substitution de motifs tirée de ce que le projet méconnaît les dispositions du 2ème alinéa de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Woippy.
Par une ordonnance du 6 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Malgras,
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentant la commune de Woippy.
La Sarl Ilex n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée le 24 décembre 2021, la SARL Ilex a sollicité la délivrance d'un permis de construire portant sur l'édification d'une maison individuelle sur un terrain cadastré section 12 parcelle n° 303 situé impasse du Moulin Haut à Woippy. Par un arrêté du 11 avril 2022, le maire de Woippy a refusé la délivrance de ce permis. Le 31 mai 2022, la SARL Ilex a présenté un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été implicitement rejeté. La SARL Ilex demande l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2022 et de la décision rejetant implicitement son recours gracieux.
Sur la légalité des décisions attaquées :
En ce qui concerne le vice d'incompétence :
2. L'article L. 422-1 du code de l'urbanisme dispose que : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". L'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose en outre que : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa version en vigueur à la date à laquelle a été pris l'arrêté de délégation : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage () ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 11 juin 2020, publié au recueil des actes administratifs de la mairie de Woippy et transmis au représentant de l'Etat le 12 juin 2020, le maire de Woippy a délégué ses fonctions et sa signature à M. Pierret, conseiller municipal, pour les affaires relevant de l'urbanisme. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que M. Pierret, signataire de l'arrêté attaqué, ne bénéficiait d'aucune délégation de compétence à cette fin.
En ce qui concerne les motifs de refus du permis de construire :
4. La société requérante conteste la légalité des motifs de refus du permis de construire.
S'agissant de la légalité des motifs initiaux de refus de permis de construire :
5. Pour refuser de délivrer à la SARL Ilex le permis de construire sollicité, le maire de la commune de Woippy s'est fondé sur la circonstance que le projet en litige méconnaissait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, celles de l'article UB 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Woippy et celles du 3ème alinéa de l'article UB 6 de ce règlement.
6. En premier lieu, aux termes de l'article UB 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Woippy relatif aux accès : " Les caractéristiques d'un accès carrossable doivent permettre de satisfaire aux règles de desserte concernant la défense contre l'incendie, la protection civile et la sécurité publique () ".
7. Il est vrai que l'accès au terrain d'assiette du projet, comportant trois places de stationnement dont une extérieure, s'effectue en biais par rapport à la voie de desserte, circonstance imposant une sortie en marche arrière dans une courbe et des manœuvres sur cette voie. Il ressort également des pièces du dossier et en particulier du plan d'arpentage produit par la commune de Woippy matérialisant l'emplacement des bornes de l'accès à la parcelle n° 303, que cet accès ne mesure que 2 ,75 mètres et non 3,10 mètres comme indiqué dans le dossier de demande de permis de construire. Enfin, le pôle application du droit des sols a émis un avis défavorable au projet le 24 janvier 2022. Toutefois, ni cet avis, en raison de son caractère non circonstancié, ni aucune autre pièce du dossier n'établissent que la largeur de l'accès serait insuffisante au regard de l'utilisation envisagée, alors que le plan local d'urbanisme de la commune de Woippy ne réglemente pas la largeur des accès ni leurs caractéristiques. Il n'est pas davantage établi que les véhicules du service départemental d'incendie et de secours ne pourront accéder à la maison projetée. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que le motif de refus retenu par le maire, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Woippy, est entaché d'illégalité.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
9. Il ressort des pièces du dossier que l'Impasse du Moulin Haut ne dessert qu'un nombre limité de constructions et implique un trafic très restreint. En outre, il n'est pas fait état de problèmes de stationnement ou de circulation particuliers dans cette impasse. Il ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier que les manœuvres nécessaires pour accéder aux emplacements projetés ou pour en sortir à partir de l'accès situé Impasse du Moulin Haut seraient de nature à occasionner un danger particulier ou à rendre plus difficiles les conditions de circulation dans cette impasse. Compte tenu de ce qui précède, la société requérante est fondée à soutenir que le motif de refus retenu par le maire, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, est entaché d'illégalité.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Woippy relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques : " () / Les façades des constructions édifiées dans cette zone se situeront soit à l'alignement des voies et emprises publiques, soit avec un recul compris entre 5 et 15 mètres. / Par ailleurs, aucune construction ou partie de construction ne pourra être implantée au-delà de 20 mètres de l'emprise publique. Seules les annexes, les piscines et le stationnement à condition qu'il soit perméable et arboré y sont autorisés () ".
11. D'une part, si le règlement écrit du plan local d'urbanisme de Woippy ne définit pas les notions de voies et emprises publiques, l'Impasse du Moulin Haut correspond à une voie publique, au sens des dispositions en cause ainsi que du lexique national d'urbanisme par exemple, qui précise que " la voie publique s'entend comme l'espace ouvert à la circulation publique, qui comprend la partie de la chaussée ouverte à la circulation des véhicules motorisés, les itinéraires cyclables, l'emprise réservée au passage des piétons, et les fossés et talus la bordant. L'emprise publique correspond aux espaces extérieurs ouverts au public qui ne répondent pas à la notion de voie ni d'équipement public ". D'autre part, la parcelle n° 303 n'est bordée que par cette impasse, à l'exclusion de tout élément constitutif d'une emprise publique. Dans ces conditions, le motif de refus retenu par le maire, tiré de la méconnaissance des dispositions du 3ème alinéa de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Woippy, qui ne s'appliquaient pas au projet en litige, est entaché d'illégalité.
S'agissant de la substitution de motifs demandée :
12. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant
le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est
légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ne font pas, par elles-mêmes, obstacle à ce que l'administration qui a refusé un permis de construire invoque devant le juge un motif autre que ceux qu'elle a opposés dans la décision de refus.
13. La commune de Woippy se prévaut d'un nouveau motif de refus de délivrance du permis de construire, tiré de ce que celui-ci méconnaît les dispositions du deuxième alinéa de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Woippy, citées au point 10.
14. Il ressort des pièces du dossier que la façade de la construction projetée, qui ne s'implante pas à l'alignement d'une voie ou d'une emprise publiques, se situe pour sa partie Sud-Ouest à moins de 5 mètres de la voie publique. Par suite, la commune de Woippy est fondée à se prévaloir du motif tiré de ce que le projet attaqué méconnaît les dispositions précitées du 2ème alinéa de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Woippy.
15. Il résulte de l'instruction que la commune de Woippy aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ce seul motif, substitué aux motifs initiaux, et tiré de ce que le projet méconnaît les dispositions précitées du 2ème alinéa de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Woippy.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la société Ilex doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par la société Ilex, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Woippy qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la SARL Ilex demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la SARL Ilex est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Ilex et à la commune de Woippy. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Malgras, première conseillère,
Mme Perabo-Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 novembre 2024
La rapporteure,
S. MALGRAS
La présidente,
A. DULMET
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026