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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206415

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206415

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAMADORI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2022, M. B D, représenté par Me Amadori, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le président de la communauté d'agglomération Portes de France - Thionville l'a radié des cadres de la fonction publique territoriale à compter du 30 août 2022 ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération Portes de France - Thionville de le réintégrer, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Portes de France - Thionville une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite ;

- la collectivité se devait de saisir à nouveau le comité médical départemental afin que ce dernier se prononce sur son aptitude à reprendre son activité professionnelle à compter du 18 juillet 2022 ;

- il bénéficiait d'un arrêt de travail courant du 13 juillet au 13 août 2022, de sorte que son employeur ne pouvait le considérer en absence irrégulière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, la communauté d'agglomération Portes de France - Thionville, représentée par Me Keller, conclut au rejet de la requête et ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022, en présence de

M. Souhait, greffier d'audience :

- le rapport de M. A C ;

- les observations de Me Hassan, substituant Me Keller, représentant la communauté d'agglomération Portes de France - Thionville, qui conclut aux même fins que la requête, par les mêmes moyens.

M. D n'était ni présent, ni représenté.

Le juge des référés a indiqué que l'instruction était close à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

2. Il ressort des pièces du dossier que M. D, adjoint technique territorial titulaire affecté au sein de la communauté d'agglomération Portes de France - Thionville, a bénéficié du 30 août 2019 au 29 août 2020 d'un congé de maladie ordinaire d'un an, à l'issue duquel, par un avis du 2 juin 2020, le comité médical départemental l'a déclaré apte à la reprise de ses fonctions d'adjoint technique, mais sur un autre poste et dans un autre service. L'aptitude à la reprise de M. D dans les conditions susmentionnées a été confirmée par le comité médical départemental par un avis du 16 septembre 2021. Par une expertise médicale du 7 janvier 2022, il a été déclaré apte aux fonctions de ripeur, correspondant à son grade d'adjoint technique territorial et compatibles avec les recommandations du comité médical. Par un premier courrier du 9 mars 2022, le requérant a été mis en demeure de reprendre son service sur ce poste à compter du 1er avril suivant. Puis, par un second courrier du 22 juin 2022, il a été une nouvelle fois mis en demeure de reprendre son service à compter du 18 juillet 2022, sous peine de radiation des cadres pour abandon de poste. M. D n'ayant pas déféré à cette dernière mise en demeure, et n'ayant pas justifié dans le délai imparti de son refus de s'y soumettre, la collectivité territoriale l'a, par l'arrêté du 4 août 2022 en litige, radié des cadres pour abandon de poste.

3. Pour justifier l'urgence qui s'attacherait à la suspension de la décision de radiation des cadres contestée, M. D fait valoir qu'elle le prive de toute rémunération. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui a refusé de reprendre le service à l'issue de son congé de maladie ordinaire en dépit d'avis médicaux favorables à une telle reprise, est placé depuis le mois d'octobre 2021 en disponibilité d'office, position qui n'ouvre plus droit au versement du traitement. Aussi, en l'espèce, la décision en litige est sans effet sur la rémunération du requérant dont le versement était déjà suspendu. Par suite et alors même que M. D est privé de son emploi du fait de sa radiation des cadres, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut pas être regardée comme satisfaite.

4. Au surplus, en l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. D et analysés ci-dessus n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 4 août 2022 par lequel il a été radié des cadres de la fonction publique territoriale.

5. Par suite, les conclusions de M. D tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté précité, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération Portes de France - Thionville.

ORDONNE :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Portes de France - Thionville présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et à la communauté d'agglomération Portes de France - Thionville.

Fait à Strasbourg le 18 octobre 2022.

Le juge des référés,

A. C

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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