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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206491

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206491

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 5 octobre 2022, M. F C, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 30 septembre 2022 par lesquels la préfète du Bas-Rhin, d'une part, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pendant une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'ordonner l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, pour la durée de cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions contestées ont été signées par une personne qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de l'illégalité de la décision de refus d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rees, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Berry, pour M. F C assisté de Mme E interprète en langue géorgienne, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. C a déposé une pièce au greffe du tribunal après l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur le moyen commun aux différentes décisions contestées :

1. Par un arrêté du 4 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. D, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas celles en litige. Le même arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, ces actes et décisions peuvent être signés par M. B, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'était pas absent ou empêché lorsque M. B a signé la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

3. M. C soutient qu'il souffre d'une hépatite C et qu'il ne peut pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la Géorgie, car ce traitement y serait à sa charge. Toutefois, aucun des éléments qu'il a produits avant la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience ne permet de vérifier la réalité de la pathologie alléguée. Au demeurant, la simple prescription médicamenteuse qu'il a déposée au greffe du tribunal après l'audience ne le permet pas davantage. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, le requérant soutient que la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, alors qu'il est présent en France depuis près de cinq ans, qu'il y est suivi médicalement, qu'il ne peut pas retourner en Géorgie en raison des risques qu'il y encourt, que sa mère, présente en France, est gravement malade, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, et qu'il est bénévole dans un centre de loisirs de la police nationale. Toutefois, il ne justifie ni d'un suivi médical en France, ni de l'état de santé de sa mère, ni d'ailleurs de la régularité du séjour de cette dernière, ni des risques qu'il allègue en cas de retour dans son pays d'origine. Le reste des éléments dont il se prévaut ne fait pas ressortir l'erreur manifeste d'appréciation alléguée.

Sur la légalité de la décision de refus de délai de départ volontaire :

5. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

7. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

8. M. C n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il pourrait être exposé à des traitements contraires aux stipulations et dispositions précitées en cas de retour en Géorgie. Par suite son moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations et dispositions ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision de refus d'un délai de départ volontaire.

10. En second lieu, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation n'est assorti d'aucune précision. Le tribunal n'étant ainsi pas à même d'en apprécier le bien-fondé, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de l'assignation à résidence :

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

P. A

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Sébastien PILLET

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