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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206616

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206616

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDEMESY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 octobre 2022 et 17 février 2023, l'Union départementale CFTC du Bas-Rhin et la Fédération des syndicats CFTC-CSFV (commerces, services et force de vente), représentées par Me Bertrand, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le maire de Roppenheim a autorisé les commerces de détail de la commune de Roppenheim à ouvrir et à employer du personnel les dimanches 3 et 10 juillet 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les syndicats soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir contre l'arrêté contesté ;

- les circonstances sur lesquelles le maire s'est fondé ne constituent pas des circonstances locales au sens de l'article L. 3134-4 du code du travail et ne permettent pas de déroger au statut départemental du Bas-Rhin du 8 décembre 2016 ;

- le maire a autorisé l'ouverture des commerces pendant une durée supérieure à celle permise par les dispositions du statut départemental du Bas-Rhin du 8 décembre 2016 ;

- le maire n'a pas tenu compte des horaires des cultes, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 3134-4 du code du travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2022, la commune de Roppenheim, représentée par Me Demesy, conclut au rejet de la requête.

La commune soutient que :

- la requête est irrecevable faute pour les syndicats requérants de justifier d'un intérêt à agir et en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la délibération du 8 décembre 2016 par laquelle le conseil départemental du Bas-Rhin a adopté le statut local relatif à l'ouverture des exploitations commerciales les dimanches et jours fériés du Bas-Rhin ;

- le code du travail ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Muller, rapporteur ;

- les conclusions de M. Biget, rapporteur public.

- et les observations de Me Bertrand, pour les syndicats requérants et de Me Demesy pour la commune de Roppenheim.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir :

1. Aux termes de l'article L. 2131-1 du code du travail : " Les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l'étude et la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu'individuels, des personnes mentionnées dans leurs statuts ". Aux termes de l'article L. 2132-3 du même code : " Les syndicats professionnels ont le droit d'agir en justice. / Ils peuvent, devant toutes les juridictions, exercer tous les droits réservés à la partie civile concernant les faits portant un préjudice direct ou indirect à l'intérêt collectif de la profession qu'ils représentent ".

2. Il résulte de ces dispositions que tout syndicat professionnel peut utilement, en vue de justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation d'une décision administrative, se prévaloir de l'intérêt collectif que la loi lui donne pour objet de défendre, dans l'ensemble du champ professionnel et géographique qu'il se donne pour objet statutaire de représenter, sans que cet intérêt collectif ne soit limité à celui de ses adhérents. En application de l'article L. 2133-3 du même code, il en va de même d'une union de syndicats, sauf stipulations contraires de ses statuts. Dans ce cadre, l'intérêt pour agir d'un syndicat ou d'une union de syndicats en vertu de cet intérêt collectif s'apprécie au regard de la portée de la décision contestée.

3. En l'espèce, en vertu de leur objet et de leurs statuts, produits au dossier, l'Union départementale CFTC du Bas-Rhin et la Fédération des syndicats CFTC-CSFV disposent d'un intérêt leur donnant qualité pour agir pour contester la décision du maire de Roppenheim d'autoriser l'ouverture des commerces de détail. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt à agir doit être écartée.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté :

4. Aux termes de l'article L.2131-1 du code général des collectivités territoriales dans sa rédaction applicable à la date de la décision contestée : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () / La publication ou l'affichage des actes mentionnés au premier alinéa sont assurés sous forme papier. La publication peut également être assurée, le même jour, sous forme électronique, dans des conditions, fixées par un décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité. Dans ce dernier cas, la formalité d'affichage des actes a lieu, par extraits, à la mairie et un exemplaire sous forme papier des actes est mis à la disposition du public. La version électronique est mise à la disposition du public de manière permanente et gratuite. " Aux termes de l'article L.421-1 du code de la justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. "

5. En l'espèce, la commune de Roppenheim affirme que la requête dirigée contre l'arrêté du 9 juin 2022 est tardive ayant été présentée seulement le 6 octobre 2022. Les syndicats requérants font toutefois valoir que l'arrêté du 9 juin 2022 n'a pas fait l'objet d'un affichage en mairie et leur a été communiqué, à leur demande, le 16 août 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée a fait l'objet d'une publication au recueil des actes administratifs de la commune, sous forme électronique ou d'un affichage en mairie. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 3134-2 du code du travail : " L'emploi de salariés dans les entreprises industrielles, commerciales ou artisanales est interdit les dimanches et jours fériés, sauf dans les cas prévus par le présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 3134-4 du même code : " Dans les exploitations commerciales, les salariés ne peuvent être employés le premier jour des fêtes de Noël, de Pâques ou de Pentecôte. / Les autres dimanches et jours fériés, leur travail ne peut dépasser cinq heures. / () / Pendant les quatre dernières semaines précédant Noël ou pour certains dimanches et jours fériés pour lesquels les circonstances locales rendent nécessaire une activité accrue, l'autorité administrative peut porter le nombre d'heures travaillées jusqu'à dix. / () ".

7. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour autoriser, les dimanches 3 et 10 juillet 2022, l'ouverture de tous les commerces de vente au détail de la commune de Roppenheim de 10 heures à 18 heures et l'emploi du personnel de 9 heures 30 à 18 heures 30, le maire s'est fondé sur le quatrième alinéa de l'article L. 3134-4 du code du travail. Il a tenu compte de ce qu'il y avait lieu de compenser partiellement la perte de chiffre d'affaires subie par les commerces pendant les périodes de fermeture successives dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire depuis 2020 et de leur permettre d'écouler leurs stocks. Il a également pris en considération les restrictions décidées en Allemagne durant la crise sanitaire et la proximité géographique de la frontière.

8. D'une part, l'impact de la crise sanitaire liée à la Covid-19 notamment sur le chiffre d'affaires des commerces considérés comme non essentiels n'est pas de nature, en tant que tel, à justifier l'ouverture à titre dérogatoire de tous les commerces de détail, y compris ceux qui n'ont pas été tenus de fermer pendant l'état d'urgence sanitaire. Par ailleurs, les conséquences économiques de la crise sanitaire subies par les commerces de la commune de Roppenheim, au même titre que ceux de l'ensemble du territoire national, ne sauraient caractériser des circonstances locales rendant nécessaire une activité accrue certains dimanches. A cet égard, s'il est constant que les commerces considérés comme non-essentiels ont subi diverses périodes de fermeture administrative depuis 2020, ils avaient rouvert depuis plusieurs mois à la date de l'arrêté attaqué. Il n'est pas davantage fait état d'autres circonstances qui constitueraient, compte tenu de leurs conséquences économiques, même cumulées pour certains commerces à celles provoquées par la crise sanitaire, des circonstances locales au sens du quatrième alinéa de l'article L. 3134-4 du code du travail. D'autre part, le maire ne saurait, pour fonder sa décision, ni faire valoir qu'il répondait à une demande d'une société présente sur son territoire, ni que les commerces subissent l'effet du développement de la vente en ligne dans un contexte de modification des habitudes de consommation rendant difficile l'écoulement des stocks. Ainsi, en l'absence de toute circonstance locale rendant nécessaire une activité accrue les deux dimanches concernés, les syndicats requérants sont fondés à soutenir que le maire, en autorisant tous les commerces de détail de la commune à ouvrir et à employer des salariés pendant huit heures, a fait une inexacte application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 3134-4 du code du travail.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, les syndicats requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juin 2022.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune de Roppenheim la somme de 500 euros au titre des frais exposés par chacun des syndicats requérants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 juin 2022 du maire de Roppenheim est annulé.

Article 2 : La commune de Roppenheim versera une somme de 500 (cinq cents) euros d'une part, à l'Union départementale CFTC du Bas-Rhin et, d'autre part, à la Fédération des syndicats CFTC-CSFV au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Union départementale CFTC du Bas-Rhin, à la Fédération des syndicats CFTC-CSFV, à la commune de Roppenheim et à la ministre du travail et de l'emploi. Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère.

M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

O. Muller

Le président,

A. Laubriat

La greffière,

B. Delage

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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