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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206620

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206620

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTHALINGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 octobre et 12 octobre 2022, M. H D, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de présentation ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, à son bénéfice en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire n'est pas établie ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- son droit d'être entendu et de présenter des observations préalablement à la décision a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et est disproportionnée au regard de ses liens personnels et familiaux, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné ;

- les observations de Me Thalinger, avocat de M. D, présent à l'audience, assisté de M. G, interprète en langue albanaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour M. D, a été enregistrée le 19 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant kosovar né en 1979, déclare être entré en France le 10 février 2021. Le 18 mars 2021, il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 29 juin 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile le 15 octobre 2021. M. D demande l'annulation des arrêtés des 5 octobre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de présentation.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

3. Par un arrêté du 6 septembre 2022, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation de signature à M. A I, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, dans la limite des attributions dévolues à cette direction, tous actes à l'exception de certaines catégories d'actes dans lesquelles n'entrent pas les décisions contestées, cette délégation étant exercée, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A I, par M. B E, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A I aurait été absent ou empêché. Par conséquent, M. D n'est pas fondé à soutenir que la compétence de M. E pour signer les décisions contestées n'est pas établie.

Sur les autres moyens articulés contre l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, relatif au droit à une bonne administration, s'adresse non aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, pris par une autorité d'un Etat membre, méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D a été auditionné par les services de gendarmerie de Soufflenheim le 5 octobre 2022 et a pu utilement faire valoir ses observations sur l'ensemble de la procédure d'éloignement dont il faisait l'objet, les services l'interrogeant sur son accord pour regagner son pays ou un autre pays. De plus, M. D n'allègue pas qu'il n'a pas été en mesure de formuler d'autres observations que celles qu'il a faites à cette occasion, à savoir qu'il ne quitterait pas la France car il y est intégré avec son épouse et que leurs enfants y sont scolarisés. Ce moyen doit par suite être écarté.

7. En troisième lieu, la décision contestée mentionne notamment que M. D déclare être marié à Mme K D et avoir trois enfants scolarisés en France, qu'il n'établit pas être démuni de liens familiaux dans son pays d'origine, qu'il serait domicilié au 35 rue Gazon à Strasbourg et qu'il déclare être employé par la société F2M Construction et gagnerait 1 500 euros par mois. Compte tenu de ces éléments, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation, alors même qu'elle n'a pas également mentionné le fait que son épouse ne se trouvait plus en procédure " Dublin " depuis le 1er octobre 2022.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". M. D se prévaut de deux certificats établis par son médecin généraliste, le docteur F, les 23 juin 2020 et 11 octobre 2022, ainsi que d'un certificat établi le 10 octobre 2022 par le docteur J, psychiatre, dont il ressort qu'il présente plusieurs blessures sur le corps compatibles avec les agressions qu'il allègue avoir subies dans son pays d'origine et qu'il souffre d'un syndrome anxio-dépressif nécessitant des soins dont l'interruption entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Cependant, lors de son audition par les services de gendarmerie le 5 octobre 2022, M. D a déclaré qu'il n'avait pas de traitement médical en cours. En tout état de cause, il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas poursuivre ses soins dans le pays d'origine, alors par ailleurs que les menaces et agressions qu'il soutient avoir subies de la part d'un groupe mafieux au Kosovo ne sont pas établies.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il ressort des pièces du dossier que M. D réside à Strasbourg avec son épouse et leurs trois enfants, lesquels sont scolarisés en classe de CE2, de quatrième et de seconde générale et technologique. Il ressort cependant également des pièces du dossier que M. D vit en France depuis l'année 2021 seulement, où il a rejoint sa famille qui y séjourne depuis l'année 2020. De plus, son épouse est également démunie d'un titre de séjour. Si la volonté des enfants d'apprendre la langue française et de poursuivre leur scolarité en France ne fait pas de doute, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Dès lors, alors même que M. D est titulaire d'un contrat à durée indéterminée signé le 2 mai 2022 ou encore que son épouse n'est plus en procédure Dublin depuis le 1er octobre 2022, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français contestée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ou encore qu'elle a porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les autres moyens articulés contre la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. D, la préfète du Bas-Rhin a considéré qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il est entré et se maintient irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pu présenter aux services de police un justificatif de domicile, qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente, ainsi, aucune garantie de représentation suffisante. Si M. D soutient qu'il est en mesure de produire un justificatif de domicile et à supposer même qu'aucune précédente mesure d'éloignement n'ait été prise à son encontre, il n'en demeure pas moins que M. D ne peut justifier être entré régulièrement en France et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Pour ce seul motif, la préfète du Bas-Rhin a pu décider, conformément aux dispositions précitées, qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement et décider en conséquence de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou méconnu les dispositions précitées au point précédent.

12. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

Sur les autres moyens articulés contre la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Les éléments produits au dossier par M. D n'établissent pas la réalité des menaces et agressions qu'il soutient avoir subies de la part d'un groupe mafieux au Kosovo. Alors par ailleurs que son recours a été jugé irrecevable par la Cour nationale du droit d'asile en l'absence d'éléments sérieux, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations précitées.

Sur les autres moyens articulés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

16. Il résulte des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, tenir compte des critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Par ailleurs, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

17. En l'espèce, la décision attaquée vise les textes qui la fondent, notamment les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique les éléments de la situation personnelle du requérant qui ont été pris en considération, notamment le fait que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'y maintient de manière irrégulière, qu'il ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France et qu'il n'a pas fait valoir de circonstances humanitaires justifiant que ne soit pas prononcée d'interdiction de retour. Ainsi, la décision est suffisamment motivée.

18. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.

19. En dernier lieu, pour les motifs de fait rappelés au point 17, et alors même que l'épouse du requérant aurait rendez-vous à la préfecture le 18 octobre 2022 pour enregistrer une demande d'asile, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

Sur les autres moyens articulés contre la décision portant assignation à résidence :

20. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, et est suffisamment motivée.

21. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, tiré de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.

22. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ". Si M. D soutient que la décision d'assignation à résidence ne répond pas aux exigences de l'article L. 561-2, devenu depuis l'article L. 731-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est cependant constant qu'il fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant et pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé. Il pouvait donc, conformément à ces dispositions, faire l'objet d'une décision d'assignation à résidence. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence doivent être rejetées. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. D est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H D, à Me Thalinger et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

M. C

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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