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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206663

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206663

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELAR CEVIZ AVOCATS & CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Ceviz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, sous astreinte, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Ceviz, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- il satisfait à la condition de ressources exigée par les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa situation justifie son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du même code ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il remplit l'ensemble des conditions pour prétendre à un titre de séjour " vie privée et familiale ".

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète du Bas-Rhin sollicite une substitution de base légale afin de fonder sa décision sur les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lieu et place de l'article L. 426-1 de ce code, visé dans l'arrêté ; elle fait valoir également que les moyens de la requête de M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né en 1980, est entré en France le 25 janvier 2017 muni d'un visa de long séjour en qualité de fonctionnaire turc exerçant les fonctions d'imam. Il s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " visiteur ", régulièrement renouvelé jusqu'au 13 janvier 2021. Il a sollicité le 7 février 2022 le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 15 septembre 2022, la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler le titre de séjour de M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, la préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 20 mai 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". L'arrêté contesté mentionne notamment que M. C n'est plus détaché par l'Etat turc en France et que ses ressources ne peuvent plus être assurées, l'intéressé n'étant plus rémunéré. Ainsi, sans qu'il soit besoin en tout état de cause d'examiner la substitution de base légale demandée par la préfète du Bas-Rhin, l'arrêté est suffisamment motivé, nonobstant la circonstance qu'il vise à tort l'article L. 426-1 et non l'article L. 426-20 précité, dès lors qu'il s'agit d'une simple erreur de plume. Enfin, si M. C soutient qu'il continue d'exercer ses fonctions d'imam et qu'il est à même de subvenir aux besoins de sa famille, cette critique se rapporte au bien-fondé de l'arrêté attaqué et non à sa motivation.

4. En troisième lieu, si M. C doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en soutenant qu'il dispose des ressources nécessaires, tel qu'exigé par ces dispositions, il se borne à produire à l'appui de ses allégations une facture d'électricité et un relevé de compte bancaire pour une période d'un mois au 30 septembre 2022 retraçant des opérations de débit et de crédit au cours de ce mois. Par suite, son moyen ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. C et des membres de sa famille. En particulier, l'arrêté mentionne que rien ne s'oppose à ce que les deux enfants de M. C accompagnent leurs parents dans le pays de destination où il n'est ni établi ni allégué qu'ils ne pourront pas s'adapter facilement et poursuivre leur scolarité et, enfin, que la décision de refus de séjour ne méconnaît pas leur intérêt supérieur au sens de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. En cinquième lieu, les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont relatives à la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France. En l'espèce, il est constant que M. C n'est pas père d'un enfant français. Dès lors, il ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il est constant que M. C séjourne en France depuis le 25 janvier 2017 avec son épouse et leurs deux enfants, nés en Turquie en 2008 et en 2011 et que ces derniers sont régulièrement scolarisés en France. Hormis la durée de leur présence en France et la scolarisation des enfants, il n'est fait état d'aucun autre élément relatif au développement de leur vie privée et familiale en France et en particulier à leur intégration à la société française. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté a méconnu les stipulations précitées.

8. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En dernier lieu, en se bornant à soutenir qu'il remplit l'ensemble des conditions exigées pour obtenir un titre de séjour " vie privée et familiale ", M. C n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il en est de même de ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens, ces conclusions étant au surplus dépourvues d'objet.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Ceviz et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

No 2206663

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